Détendu, rieur, celui qui passe sa vie à analyser et à mettre en valeur le talent artistique des autres était visiblement emballé de parler de la photographie, son talent (presque) caché qu'il cultive depuis plus de 40 ans.
Ce jour-là, John R. Porter était aussi au beau milieu d'une «crise» de photos, comme il qualifie ces «moments d'intensité», des périodes pendant lesquelles il mitraille tout. «Vous ne me verrez pas me promener avec ma caméra à l'affût de quelque chose de spécial. Mais si je pars en voyage et que j'apporte ma caméra, là, le danger arrive!» lance-t-il dans un éclat de rire.
Il fallait le voir montrer sur son appareil numérique ses photos de Charlevoix, où il était la veille de l'entrevue. Plus de 1300 clichés en quelques jours. «Un vrai obsédé!» rigole-t-il.
Les images défilent, des sujets fétiches émergent : nature, nuages, lumière sur l'eau ou dans le ciel. Des gros plans à rendre le sujet méconnaissable.
Image abstraite
Dans l'oeil de John R. Porter, la photo se fait abstraite. Certains clichés, pourtant jamais retouchés, ressemblent à s'y méprendre à des aquarelles ou à des pastels. «La photo permet de révéler de l'inexistant», dit-il joliment.
«J'aime beaucoup abstraire de mon environnement quelque chose que trop souvent les gens ne voient pas parce qu'ils ne s'arrêtent pas», dit-il. Mais pour capter le tout, il faut être «disponible», avoir le regard ouvert, prendre le temps. La photo comme parenthèse dans la vie de ce «brasseux» autoproclamé, verbomoteur à la vie assez bien remplie merci.
C'est dans cet esprit d'ouverture que John R. Porter a photographié les paysages du Natashquan de Gilles Vigneault, les reflets dans le canal latéral à la Garonne, la Chaussée des Géants en Irlande. L'Europe, l'Asie, le Québec et la ville de Québec aussi.
Québec, cette ville à l'origine de son intérêt pour tout ce qui est visuel. «La raison est simple, je suis Lévisien, explique John R. Porter. Jeune, je prenais ma "bécane" pour aller voir les panoramas extraordinaires de Québec. Le ciel, la terre et l'eau. Je les ai vus à toutes les saisons, dans toutes les lumières.»
La passion pour cette «culture du regard» était née. «Je mangeais des images, je dévorais tout ce que je voyais.»
En 1970, à 20 ans, alors étudiant en histoire de l'art à l'Université Laval - il deviendra en 1972 la toute première personne à y décrocher une maîtrise -, John R. Porter s'inscrit à un programme fédéral, Perspective jeunesse. Le mandat : constituer une banque visuelle de l'architecture religieuse. Il sillonne la province et croque tous les signes du Bon Dieu. «J'ai pris 6400 photos en un été!» lance-t-il. C'est le déclic.
Depuis, il n'a jamais rangé son appareil, passant des gros rouleaux de pellicule au numérique. Autre technologie, même démarche. Car même en numérique, il imprime toutes ses photos, les classe soigneusement. «Je suis un dinosaure», dit-il.
Autres médiums
Maniaque de photo depuis plus de 40 ans, donc. Mais jamais au point d'en faire une carrière. Pas plus que pour les autres médiums : aquarelles, pastels, dessins que le jeune Porter a beaucoup produit dans les années 60 et 70.
«J'aime ça créer, mais j'ai pu mesurer assez vite que je m'intéressais plus à ce que les autres faisaient.»
Après des décennies à exposer les autres, le muséologue a toutefois fait une petite exception récemment. Il a sélectionné quelques photos qui font écho aux toiles de son ami, le collectionneur et peintre Raymond Brousseau, pour l'exposition Lumières et reflets présentée jusqu'au 29 juillet à la Galerie A du 39, rue Saint-Louis. «L'exposeur» exposé, donc. Qui partage ainsi avec le public cet «inexistant», ces lumières et reflets immortalisés dans ce qu'il appelle «le temps long».
«En photographie, on capte quelque chose d'unique, de très fugace. On l'attrape et on le fait durer.»