Dire que Daniel Gélinas raffole du jogging relève de l'euphémisme. Le directeur général du Festival d'été de Québec ne passe pas une seule semaine dans l'année sans lacer ses souliers de course. Pas une. Même pas la semaine démentielle du Festival d'été, où un peu d'indiscipline lui serait bien pardonné. Mais non. Il court. Tout l'été 2008, alors qu'il était à la tête des épuisantes festivités du 400e anniversaire de la capitale, il a enfilé ses souliers sans interruption.
Pour comprendre un peu son attachement méconnu pour la course à pied, Le Soleil a couru quelques kilomètres à ses côtés aux abords de la rivière Saint-Charles, son endroit de prédilection. Ou tenté de courir à ses côtés... Car Daniel Gélinas est un sacré coureur. Ses sorties n'ont rien d'une balade de plaisance.
«Si je fais du jogging, c'est parce que c'est le seul sport qui me permet d'atteindre aussi rapidement une intensité aussi élevée», raconte-t-il entre deux foulées. «J'en ai besoin. Si je ne cours pas une semaine, il me manque quelque chose.»
Un outil de productivité incontournable
Certains ont besoin de leur dose de caféine le matin aux aurores. Daniel Gélinas a besoin de son heure de jogging sur l'heure du midi. «Quand tout le monde du bureau va dîner, Daniel, lui, il prend ses souliers et il va courir», confie d'ailleurs Luci Tremblay, une de ses collaboratrices de longue date au Festival.
Pour ce coureur, la course est devenue un outil de productivité incontournable. Le sort du Festival d'été se joue ainsi un peu chaque jour dans les sentiers en gravier du parc linéaire de la rivière Saint-Charles. «Quand j'arrive le matin, je reçois plein de rapports, j'ai un paquet de problèmes à régler. Et parfois, tout semble énorme. Sur l'heure du midi, je vais courir. Ça libère quelque chose dans le corps, ça fait un bien fou. Quand je reviens en après-midi, j'ai une meilleure perspective sur les choses. Tout semble moins gros.»
Un horaire bien chargé ne vient pas à bout de sa drogue sportive. «Durant le Festival d'été, même si je ne dors que trois ou quatre heures, je vais aller courir le matin», laisse-t-il tomber, ajoutant qu'il a besoin de ce temps mort avant que la frénésie du Festival ne reprenne en mi-journée.
La course est arrivée de façon inexpliquée dans sa vie. Il y a 35 ans, il s'est mis à tourner en boucle autour du Cégep de Trois-Rivières. Sans trop de raison. Assez pour avoir la piqûre. Il n'a jamais arrêté depuis.
Daniel Gélinas affectionne aussi le ski alpin - à haute intensité, en passant le moins de temps possible au chalet. Il joue au tennis, quand il se déniche des partenaires. Il a aussi grimpé quelques hautes montagnes d'Amérique du Sud et d'Afrique. À l'occasion, il sort son vélo et se défoule à plus haute vitesse.
Mais il revient toujours à la course. Plus pratique, plus court, plus intense. «Pour courir, ça prend rien. Juste des souliers. Et pas besoin d'en faire longtemps pour que ça vaille la peine, pour que ça procure l'effet désiré.»
Ses semelles de prédilection se trimballent aussi bien dans une valise qu'un passeport. «Je suis parti en voyage il y a quelques semaines à Dublin. La première chose que j'ai faite en arrivant à l'hôtel, c'est de sortir mes souliers et de courir.» Une façon selon lui de faire du repérage, de saisir l'essence de son environnement avant d'y retourner plus tard comme simple visiteur piéton.
Le jogging lui donne de l'énergie. Lui permet de se rendre au bout de ses journées. Un outil de travail indispensable... qui a ses limites. La course à pied n'a pas l'aura du golf lorsque vient le temps de brasser des affaires. Bien peu de numéros de téléphone s'échangent sur les sentiers de jogging, concède-t-il. «Dans le milieu artistique, ça ne court pas beaucoup!» rigole-t-il. Daniel Gélinas ne peut pas tout le temps courir après les artistes, après tout.