Le français s'apprend, l'anglais s'attrape

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Le français au Nouveau-Brunswick

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Le français au Nouveau-Brunswick

Le français s'affiche au Nouveau-Brunswick. En mai, Dieppe est devenue la première municipalité à adopter un règlement obligeant les commerçants à s'afficher dans les deux langues officielles. Après cette première victoire, le débat se transporte dans la ville voisine, Moncton, où la bataille risque d'être beaucoup plus ardue pour les francophones. Déjà, le mécontentement se fait entendre. Le Soleil fait le point. »

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Moncton, Nouveau-Brunswick) Carl, 19 ans, a une mère francophone et un père anglophone. Employé dans un commerce d'informatique, le jeune homme au sourire timide peut aujourd'hui servir ses clients autant en français qu'en anglais. Mais il s'en est fallu de peu.

Carl étudie en sciences de l'administration à Halifax. Il ne parle français que lorsqu'il revient dans la région l'été, avec ses amis francophones. «C'est rouillé», laisse-t-il tomber, en parlant de sa maîtrise de la langue de Molière.

À la maison, c'est l'anglais qui domine. Si Carl n'avait pas fréquenté une école secondaire francophone, le portrait aurait été bien différent. «C'est sûr que j'aurais perdu mon français», dit-il.

Aujourd'hui, le jeune homme se compte bien chanceux de pouvoir travailler dans les deux langues. «Ça va m'aider à me trouver un job. Je suis fier d'être bilingue», lance-t-il.

Mais contrairement à Carl, plusieurs jeunes Néo-Brunswickois nés d'unions mixtes ne parlent pas un mot français. Le taux de transmission du français dans les familles où au moins un des deux parents est francophone n'est que de 56 % à Moncton, affirme Rodrigue Landry, directeur de l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. «C'est un des indicateurs les plus significatifs de la vitalité d'une langue», précise M. Landry.

Pourtant, entre 1971 et 2006, la proportion de francophones est restée sensiblement la même au Nouveau-Brunswick et à Moncton (33 %), selon Statistique Canada. Des chiffres qui s'expliquent en partie parce que plusieurs anglophones ont aussi quitté la province, souligne M. Landry.

Verdict? Même si d'importants progrès ont été faits ces dernières années en matière de bilinguisme, le voyant rouge doit rester allumé, dit-il.

«Plusieurs parents francophones craignent que leurs enfants ne soient pas assez forts en anglais et optent pour l'école anglophone avec un programme d'immersion française» qui ne donne pas d'aussi bons résultats que les écoles francophones, explique

M. Landry. Mais en milieu minoritaire, «le français s'apprend et l'anglais s'attrape», ajoute-t-il, citant une militante franco-ontarienne qui s'est battue pour obtenir un réseau d'écoles francophones dans la province voisine.

Même si la menace pèse toujours sur le français au Nouveau-Brunswick, d'importants progrès ont été réalisés au cours des dernières années, ajoute M. Landry. L'époque du maire Leonard Jones, farouchement opposé aux francophones, appartient désormais au passé (voir autre texte).

À Moncton, plus de la moitié des emplois dans l'administration municipale sont occupés par des employés qui s'expriment dans les deux langues. À l'échelle provinciale, la révision de la Loi sur les langues officielles a entraîné en 2002 la création du Commissariat aux langues officielles, dont le mandat est de faire respecter la loi et de promouvoir le bilinguisme.

«Beaucoup de monde parle bilingue ici!» lance Marie-Ève McGraw, une Acadienne de 24 ans. Les anglophones sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à apprendre la langue de Molière, indique-t-on à l'Alliance française de Moncton, sans toutefois être en mesure de fournir de chiffres plus précis. Et les parents anglophones sont montés au front lorsque le gouvernement a voulu faire passer l'enseignement du français de la première à la cinquième année dans les écoles primaires anglophones, en 2008, forçant le ministre de l'Éducation à faire des compromis.

Signe que les clivages entre anglophones et francophones s'atténuent, le nombre de mariages mixtes a considérablement augmenté au cours des dernières années, souligne M. Landry. Et depuis 2008, à Moncton, les conseillers francophones sont majoritaires au conseil municipal, une première dans cette ville où les francophones ne forment que 33 % de la population.

En français svp

Au-delà des services gouvernementaux bilingues et du débat sur l'affichage qui bat son plein

à Moncton, le plus grand défi consiste à convaincre les francophones d'exiger d'être servis dans leur langue par les entreprises, affirme Jean Gaudet, qui était jusqu'à tout récemment président d'un comité de promotion du français à Dieppe.

«On vit dans un milieu où tout le monde comprend l'anglais. C'est tellement plus facile de s'accommoder que d'être revendicateur. Il reste encore du travail à faire», laisse-t-il tomber.

Plusieurs francophones rencontrés par Le Soleil ont affirmé, avec une certaine gêne, ne parler que rarement français. Un homme d'une cinquantaine d'années, qui a refusé de s'identifier, ne parle qu'exclusivement en anglais au quotidien, ou presque.

«C'est plus pratique. Je me sens plus à l'aise de parler anglais parce que tout le monde comprend. Je ne me pose pas de questions.»

Chrono

1969: Adoption de la Loi sur les langues officielles. Le Nouveau-Brunswick devient la seule province officiellement bilingue du Canada.

1982: La loi 88 reconnaît l'égalité des communautés anglophones et francophones

au Nouveau-Brunswick.

1993: Les principes de la loi 88 sont enchâssés dans la Constitution canadienne.

2002: Révision de la Loi sur les langues officielles, qui comprend la création du Commissariat aux langues officielles, dont le mandat est de faire respecter la loi et de faire la promotion du bilinguisme.

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