«Ça me fait peur pour lui», confie l'ex-assistant du cardinal Ouellet

Dominic Le Rouzès a été le secrétaire particulier... (François Bourque, collaboration spéciale)

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Dominic Le Rouzès a été le secrétaire particulier du cardinal Marc Ouellet à sa dernière année à Québec et l'a suivi à Rome en 2010 où il a occupé la même fonction.

François Bourque, collaboration spéciale

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Succession de Benoît XVI

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Succession de Benoît XVI

Le pape Benoît XVI a créé la surprise en annonçant qu'il renonçait à ses fonctions, officiellement pour des raisons de santé. Alors que le cardinal québécois Marc Ouellet était l'un des dix «papabili», c'est finalement le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio qui a été élu mercredi 13 mars 2013, à l'issue du deuxième jour du conclave qui avait lieu à Rome. Le nouveau pape porte le nom de François. »

(Rome) Un petit gars de Cap-Rouge et du Séminaire Saint-François, ancien camelot du Soleil. Il a été le secrétaire particulier du cardinal Marc Ouellet à sa dernière année à Québec. L'a suivi à Rome en 2010 où il a occupé la même fonction.

Il a fait pour lui de la recherche, préparé des conférences, fait de la rédaction et de l'informatique. Il a ensuite été employé de la curie romaine.

Le père Dominic Le Rouzès a 39 ans. A l'air d'en avoir 10 ou 15 de moins.

À la suggestion du cardinal, il vient de quitter son travail administratif pour se consacrer à plein temps à ses études de théologie.

Il sait que si son ancien patron devient pape, son téléphone va sonner. «Je crains une autre collaboration», confie-t-il. Pas parce qu'il ne veut plus travailler avec le cardinal, mais parce que cela l'éloignerait de ce qu'il voulait faire en devenant prêtre : «être près des jeunes».

Il sait aussi ce qu'il va répondre : «S'il me le demande, c'est certain que ce sera oui. Ma vie est donnée; je suis prêt à tout; je n'ai pas peur des sacrifices.»

Dominic Le Rouzès est membre de la communauté Marie-Jeunesse implantée à Québec et à Sherbrooke.

Il a d'abord refusé de me rencontrer, craignant de trahir le lien de confiance avec le cardinal Ouellet.

Lorsque je me suis permis de le relancer il y a quelques jours, il est allé à la source et a obtenu la bénédiction du cardinal pour me voir.

Je suis allé l'attendre dans le grand hall de l'Université pontificale grégorienne, près de la fontaine de Trevi.

La salle était écho et appelait les regards vers le haut comme lorsqu'on entre dans une église.

À l'heure de la pause, elle s'est remplie d'étudiants de toutes origines, des hommes surtout, des religieux, mais aussi des femmes et des laïcs.

Des cols romains, des soutanes, des jeans, des robes ma foi un peu décolletées, des souliers fins, des espadrilles, des sandales. Au fil des siècles, 14 papes ont étudié à la grégorienne, dont Pie XII, Paul VI et Jean-Paul I. Je ne présume de rien, mais c'est là aussi que Marc Ouellet a obtenu son doctorat en théologie.

Le père Le Rouzès sortait d'un cours de philo en italien, la langue de l'école.

On ne devait pas parler du cardinal, mais après un moment, il a lui-même abordé le sujet, devenu incontournable. Il ne serait pas à Rome si ce n'était du cardinal Ouellet.

Il raconte avoir côtoyé un homme «bon et affable», qui ne jugeait pas et ne condamnait pas.

Parfois lors de séances de travail - il se souvient d'un jour où il était question de la valeur des handicapés -, il fallait attendre, tant le cardinal était «ému». «Un contraste immense entre ce qu'il est et l'image qu'on en a fait.»

Souhaite-t-il que le cardinal Ouellet devienne pape?

Un long silence a trahi son déchirement.

«Je voudrais lui épargner ça», a-t-il fini par dire. «C'est tellement gros, ça me fait peur pour lui.»

Enfant unique, Dominic Le Rouzès a rêvé de se marier et d'avoir 12 enfants. Il y a cru jusque dans la jeune vingtaine.

Il a eu des blondes. A laissé la dernière, une «fille bonne et douce» avec qui il aurait pu faire sa vie, lorsqu'il a constaté que «l'amour humain» n'arrivait pas à combler son «désir d'absolu».

En bas âge, il est allé à l'église lorsque ses parents se sont mis à pratiquer. Il a vécu une «vie catholique active», même s'il n'osait pas trop le dire à l'école.

À l'adolescence, il s'est mis à fréquenter un groupe de jeunes gravitant autour de Famille Marie-Jeunesse, une nouvelle communauté regroupant des laïcs et des religieux.

Il se souvient de quelques moments décisifs qui l'ont mené vers les ordres.

Le «vide» ressenti en rentrant de la Volks Brahaus à 3h du matin, les oreilles qui sillaient et les vêtements sentant la cigarette. «Est-ce que c'est juste ça, la vie?» s'est-il demandé.

Puis la même année après le bal des finissants, il devait avoir 16 ans. Il ne buvait pas, mais a vu une «telle décadence», la «perte de dignité humaine». «Je fais n'importe quoi qui ne me rend pas heureux», se dit-il.

Il consacre dès lors plus de temps à la communauté. Y passera bientôt une première année entière. A l'impression de trouver enfin ce qu'il cherche.

À 22 ans, il assiste à l'animation d'un prêtre de la Beauce auprès de jeunes. En allant lui dire qu'il a fait une «bonne job», il se met à pleurer.

Le prêtre décèle quelque chose. «T'aurais pas un appel à devenir prêtre?»

Son père en fut heureux. Sa mère Ginette un peu moins. Elle n'aurait pas de petits-enfants. Il m'a demandé de la saluer. Buongiorno, Signora.

En ces jours où l'Église s'interroge sur son avenir, Dominic Le Rouzès ne sent pas l'utilité d'un grand virage. Il pense simplement que l'Église doit mieux s'expliquer et mieux communiquer.

Elle doit «pointer l'idéal» et rappeler le «droit au cheminement». «Proposer sans imposer». «Un des plus grands aspects de l'Église est la miséricorde, la seconde chance, en tout temps.»

Il croit ainsi possible d'éviter la collision entre les positions de l'Église et celles d'une société qui ne s'y reconnaît plus. C'est ce que le cardinal Ouellet n'a pas réussi à faire à Québec.

Le père Le Rouzès ne parle pas de compromis ou de renoncer aux valeurs de l'Église pour mieux répondre au goût du jour.

«Être catholique, c'est aussi se poser comme différent. C'est un défi.»

Si l'Église se mettait à dire oui au mariage gai, à l'ordination des femmes, à l'avortement ou à l'euthanasie, «le sel perdrait de sa saveur», croit-il.

Parlant de saveur, je préfère celle du cappucino servi au Cafe Dolce Vita, près de la place Saint-Pierre. J'y retourne ce matin. Les cardinaux peuvent prendre tout le temps qu'ils veulent pour se choisir un pape.

Dans le métro vers l'Université, une dame me rejoint en courant dans les marches : «Signor! Signor!» Elle me tend le billet que j'ai oublié de récupérer dans le lecteur électronique. Dieu est partout, et ma reconnaissance éternelle.

Il m'est passé par la tête que c'est le pays de la comedia dell'arte. Dans la rue et sur les ponts, les mendiants ne se contentent pas de tendre distraitement un gobelet de carton comme les jeunes dans la rue Saint-Jean.

Peut-être aussi leur faim est-elle plus grande.

Ils vont, agenouillés, le corps immobile et le dos plié, le visage contre terre. Ils tendent leurs mains jointes au-dessus de leur tête, implorantes.

Comme un jouer de soccer italien blessé essayant d'attendrir le coeur sec d'un arbitre.

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