Visite au pays de Marc Ouellet

Marc Ouellet à gauche portant un chandail des... (Photos fournies par la famille Ouellet)

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Marc Ouellet à gauche portant un chandail des Bruins de Boston en 1962. À ses côtés, son frère Louis, un cousin du Saguenay, et à l'extrémité droite, son père Pierre, décédé en 1988.

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Le choix d'un pape

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Le choix d'un pape

Benoït XVI a démissionné le 11 février. Le choix d'un nouveau pape emballe la machine à rumeurs et ouvre la porte aux jeux de coulisses du Vatican. »

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(LA MOTTE) Pour obtenir que ses élèves «travaillent bien», Olivette Larouche promettait d'arrêter la classe 10 minutes plus tôt et de faire la lecture.

Marc Ouellet, enfant... (Photo fournie par la famille Ouellet) - image 1.0

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Marc Ouellet, enfant

Photo fournie par la famille Ouellet

Roch Ouellet, de cinq ans le cadet de... - image 1.1

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Roch Ouellet, de cinq ans le cadet de Marc, n'avait pas vu que son frère se destinait au sacerdoce. «Il était comme les autres. Une vie normale... pas de signe évident.»

Dans sa classe de huitième, elle a lu cette année-là Aurore l'enfant martyre. Un extrait à la fois, la suite le lendemain.

La jeune professeure était à peine plus âgée que ses 17 élèves garçons et filles d'une quinzaine d'années.

Elle a conservé la photo de chacun et reconnaît encore les visages des plus malcommodes.

Ce n'était jamais Marc Ouellet. «Un élève modèle, toujours poli et serviable.

«Il ne se démarquait pas des autres... n'avait rien de frappant. Il était tellement effacé», dit-elle, comme si elle s'excusait de n'avoir rien remarqué.

Marc Ouellet n'était pas le souffre-douleur de sa classe. Le turbulent Allen Larouche se plaisait cependant à essayer de le faire fâcher.

«Marc et moi, on se haïssait ben gros», se souvient-il. Il lui «jouait des tours, cachait ses affaires, l'envoyait à de faux rendez-vous». Peine perdue. «Ti-Marc ne se choquait pas tellement.»

L'élève modèle défiait par contre le règlement en se laissant glisser derrière les autres sur la rampe d'escalier menant au rez-de-chaussée de l'école.

Fernande Laliberté était dans cette classe. Elle épouserait plus tard Allen Larouche, mais n'était pas encore son amoureuse.

Elle allait ainsi à des partys au chalet des Ouellet, sur le bord du lac La Motte.

Elle a dansé avec Marc. C'était l'époque du rock et d'Elvis. «On n'était pas de grands danseurs, mais on s'essayait», dit-elle.

Ils ont aussi dansé des slows. «On n'a rien fait de mal», s'empresse-t-elle de préciser. Les partys étaient «surtout pour s'asseoir et jaser».

L'aurait-elle souhaité, une liaison avec Marc Ouellet ne serait pas allée très loin. Le cardinal a raconté avoir eu «quelques flammes... rencontré des jeunes filles qu'il a aimées». Sans plus. Il savait qu'il se destinait au sacerdoce. Son grand-père s'en était d'ailleurs aperçu avant lui.

Allen et Fernande avaient aussi noté qu'il était «une personne bien religieuse. Il ne le criait pas partout, mais en parlait».

Roch, de cinq ans le cadet de Marc, n'avait rien vu. «Il était comme les autres. Une vie normale... pas de signe évident.»

À 19 ans, lorsque Marc commence à parler de Grand Séminaire, son père, qui a fait tous les métiers, lui demande de réfléchir.

Il est le troisième de huit enfants vivants.

La famille est modeste, vit sur une ferme avec une vache et quelques moutons. Elle a pu payer les études de l'aîné et le second a été instruit par l'armée.

Pour aider les plus jeunes, il faudrait que Marc travaille. Le jeune homme est déchiré. «Un cas de conscience», racontera-t-il.

Il choisit tout de même le Séminaire. Se dit que si Dieu le veut comme prêtre, il pourvoira à la famille. Les enfants Ouellet feront tous des études.

Une «famille spéciale», commente Léopold Larouche, conseiller municipal à La Motte depuis 35 ans. Tous instruits et cultivés.

Ils ont aussi du «charisme», constate Margot Lemire, écrivaine. Des «hommes et femmes de pouvoir», perçoit-elle. Une sorte de «grandeur d'âme» qui appelle le «respect».

Plusieurs sont engagés dans la communauté de La Motte. Roch a présidé le comité de transformation de l'église en centre communautaire et culturel, devenu un modèle à travers le Québec.

Le choeur de l'église est intact derrière les grands rideaux et sert toujours aux cérémonies religieuses.

Les bancs ont été vendus et les confessionnaux démantelés pour faire place à un vestiaire et à un bar. Ce n'est désormais plus le curé, mais la barmaid qui confesse.

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Lorsque Marc revient au village au jour de l'An et aux vacances d'été, il tient à dire la messe à La Motte, à Saint-Mathieu ou à la cathédrale d'Amos.

Sa mère Graziella, 90 ans, que tout le monde appelle Grazie, bat alors le rappel pour remplir l'église des infidèles qui la boudent le reste de l'année.

Grazie, c'est de la «dynamite», note son fils Roch. Énergique, elle a pris sa «retraite» à 80 ans. Elle entretenait jusque-là un jardin de fleurs rares qu'elle ouvrait au public plusieurs jours par semaine.

La vie de la famille Ouellet gravite toujours autour de Grazie. Le chemin qui descend au lac mène aux résidences du clan Ouellet regroupées autour de celle de la maman.

Marc y passe encore ses vacances, ce qui est l'occasion de grands partys et de feux sur la plage où on chante.

Plus jeune, Marc pouvait traverser le lac jusqu'à l'île en face. À 68 ans, il plonge encore dans l'eau froide du matin; peut y nager 45 minutes à une heure. Ou alors, il marche des heures, seul en forêt, médite.

Les Ouellet ne sont pas tous très pratiquants. Mais aux repas en famille, il se trouve toujours quelqu'un pour demander à Marc de bénir le repas. Pour le reste, on parle peu de religion. Chacun a sa vie et ses convictions. Marc ne cherche pas à imposer à sa famille les règles de l'Église.

«On a toujours senti qu'il avait un très grand respect. Il nous aime comme on est et nous aussi.»

Le lien familial est fort et a résisté à ce qui fut un drame pour les Ouellet et pour le village, lorsqu'un des frères, Paul, a reconnu sa culpabilité à deux accusations de nature sexuelle sur des mineures.

Il flotte encore un malaise sur cette histoire restée un peu nébuleuse.

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Olivette Larouche n'aura enseigné qu'un an à Marc Ouellet. Elle s'étonnera donc de le voir débarquer chez elle une douzaine d'années plus tard.

Elle venait de perdre un fils de cinq ans. Le corps était exposé à la maison. Le vicaire Ouellet, nouvellement nommé à Val-d'Or, fut un des premiers à cogner à sa porte.

Elle revoit chaque année son ancien élève sur les perrons d'église. Il s'amuse parfois à ses dépens en présentant son ancienne professeure. «Elle était maligne.»

Devenir cardinal n'a rien changé. Pour La Motte, il est resté Marc. Il n'a oublié aucun nom et aucun visage, prend des nouvelles et s'inquiète pour chacun, est à tu et à toi avec tout le monde.

Devenir pape changerait tout. Il continuerait sans doute à communiquer avec sa mère et sa famille sur Skype.

Mais il ne remettrait jamais plus les pieds sur la plage du lac Motte. À moins de devenir pape émérite.

L'enseignante Olivette Larouche, qui a conservé la photo... - image 2.0

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L'enseignante Olivette Larouche, qui a conservé la photo de tous ses élèves, se souvient de Marc Ouellet comme d'un enfant sage et effacé.

Fernande Laliberté et Allen Larouche (aujourd'hui mariés) étaient... - image 2.1

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Fernande Laliberté et Allen Larouche (aujourd'hui mariés) étaient dans la même classe que Marc Ouellet. M. Larouche se souvient de lui avoir joué des tours. Mais «Ti-Marc ne se choquait pas tellement».

Un accident de hockey a tout changé

Un accident de hockey survenu à l'adolescence a marqué le parcours religieux de Marc Ouellet.

Son l'équipe (Amos) affrontait ce jour-là celle de Cadillac. C'était le début de la saison. La glace était peut-être mauvaise. La lame de son patin se coince dans une fissure. Il s'écroule. Jambe fracturée. Saison terminée.

Marc Ouellet a 17 ans. Il a tout à coup plus de temps pour lire et prier. Il découvre L'imitation de Jésus-Christ et La vie dévote de saint François de Sales.

Ces lectures, moments de réflexion et de recherche, l'ont aidé à faire un «choix plus définitif», croit-il. Il entrera au grand séminaire quelques années plus tard.

Ordonné prêtre en 1968, il revient au hockey dans une équipe de Val-d'Or où il vient d'être nommé vicaire.

Nommé évêque, puis cardinal à Québec, il lui arrive d'aller patiner à place D'Youville, se souvient Geneviève Lebel, qui fut son attachée de presse.

Il lui arrive aussi de soupirer dans les moments de pression. «Ce soir, il me semble que je regarderais un match de hockey à la télé.»

La légende a fait de Marc Ouellet un excellent joueur de hockey. Parmi les meilleurs de ses équipes.

«Il était ni meilleur ni pire que les autres», tempère Claude Laliberté, qui joué avec lui à La Motte.

Les familles du rang 4 jouaient alors sur la patinoire des Laliberté. Quelques fois par hiver, elle affrontait d'autres familles à la patinoire du village, près de l'église.

Rien de très organisé. ll n'y avait ni lignes sur la glace, ni chandails, ni véritable équipement. Les enfants se bricolaient des pads avec des catalogues de Simpson Sears qu'ils entouraient de tape, se souvient M. Laliberté.

C'était le début des années 50. Personne ne rêvait de la Ligue nationale. Comment cela aurait-il pu être?

«Nous n'avions pas de télé ni même d'électricité. Seulement une radio à batterie et il fallait que la batterie dure un an. On n'écoutait pas grand-chose.»

Lorsque j'ai demandé à Roch Ouellet, le frère de Marc, de me dénicher une photo de hockey, il m'est arrivé avec celle de son frère dans un chandail des Bruins de Boston. «Quand on trouvait un chandail de hockey, pas question de regarder la couleur, on le mettait», dit-il.

N'empêche. Un cardinal, peut-être bientôt un pape, dans le chandail du diable incarné plutôt que dans celui de la Sainte-Flanelle, cela donne à réfléchir.

****

Sous la pression touristique et médiatique

À la croisée des chemins, au centre du village, l'ancienne église, le bureau municipal, l'école et le magasin général, seul commerce à des kilomètres à la ronde.

Si Marc Ouellet devient pape, La Motte devra s'ajuster à la pression touristique. Les villages de Jean-Paul II et de Benoît XVI reçoivent 100 000 à 200 000 visiteurs par an.

À 600 km de Montréal, La Motte n'est pas sur le chemin passant. Il n'y aura pas autant de visiteurs.

Mais il faudra penser à quelques gîtes touristiques, à un resto ou à un bistro, à un accueil dans des cuisines de résidants, imagine le maire René Martineau.

Penser à un circuit, même si la maison et l'école de son enfance n'existent plus.

En attendant, La Motte se prépare à recevoir jusqu'à 150 journalistes pour le conclave. Une salle de presse avec service de traiteur sera aménagée au sous-sol du centre communautaire.

La famille Ouellet ne parlera plus d'ici la fin du conclave, mais a convenu avec la municipalité d'une conférence de presse conjointe cinq heures après la décision. La suite dépendra du résultat.

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