Marc Bellemare poursuit Jean Charest à son tour

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Marc Bellemare

La Presse Canadienne

Simon Boivin
Le Soleil

(Québec) Marc Bellemare met sa menace à exécution et poursuit à son tour le premier ministre «John James Charest» pour 900 000 $.

«Ce n'est pas juste M. Charest, au Québec, qui a des recours», disait M. Bellemare au Soleil en avril. Jeudi, il a joint le geste à la parole.

En après-midi, un représentant de l'ex-ministre a déposé au palais de justice de Québec une «demande reconventionnelle». Il s'agit d'une réplique à la poursuite en diffamation de 700 000 $ intentée par Jean Charest. M. Bellemare y voit une tentative de le «bâillonner» et de «l'intimider».

L'an dernier, le Québec a été la première province canadienne à adopter une loi anti-SLAPP (strategic lawsuit against public participation). Un juge peut refuser une requête s'il lui apparaît qu'elle a été déposée pour «intimider» un tiers.

Jean ou John James?

D'ailleurs, cette poursuite de M. Charest devrait peut-être être invalidée, fait valoir la demande. Elle a été déposée au nom de «Jean Charest». Or, M. Charest est inscrit au Barreau du Québec sous le nom de «John James Charest». M. Bellemare demande donc l'annulation de la poursuite de M. Charest, «s'il s'avère que son acte de naissance stipule qu'il s'appelle John James Charest, et non Jean Charest».

Depuis ses toutes premières déclarations, en mars, l'ex-député de Vanier estime avoir simplement «exercé son droit à la liberté d'expression relativement à des questions d'intérêt public». Ses propos étaient «pertinents» et «jamais tenus dans l'intention de nuire» à M. Charest, assure-t-il.

Au surplus, soutient-il, ses révélations ont été faites à l'invitation du premier ministre et du ministre Jacques Dupuis. Il dit avoir été «constamment mis au défi de se mettre à table». En ce sens, il croit que M. Charest est «l'artisan de son propre malheur», puisque ses appels «l'ont forcé à défendre son intégrité et la véracité de ses propos».

«[M. Bellemare] n'a fait que répondre au fur et à mesure aux attaques, invitations et propos mensongers à son égard tenus par [M. Charest] et ses alliés du Parti libéral du Québec», indique le document.

Au demeurant, les propos de M. Bellemare n'ont été ni les premiers ni les plus dommageables pour la réputation du premier ministre, peut-on lire. Un sondage publié dans Le Devoir a démontré «une baisse majeure de crédibilité dans l'opinion publique» avant la première sortie de l'ex-ministre, note la demande. Le refus du gouvernement de déclencher une enquête publique sur l'industrie de la construction aurait donc plombé la crédibilité du premier ministre avant les déclarations de M. Bellemare.

Le document fait aussi état de certaines attaques publiques particulièrement virulentes des partis de l'opposition. «Au moment où [M. Bellemare] a tenu ses premiers propos, la crédibilité [de M. Charest] et de son parti était déjà lourdement affectée, pour ne pas dire réduite à néant.»

La décision d'instaurer la commission Bastarache pour enquêter sur ses propos représente un «abus de pouvoir» de la part du premier ministre, plaide M. Bellemare. Étant au coeur des allégations, M. Charest «n'aurait pas dû participer à la rédaction du mandat de la commission, ni au choix de son président».

Aussi, le premier ministre s'est «procuré un avantage indéniable» à la commission, puisqu'il «a été et sera assisté» pendant les audiences par son propre avocat, celui du PLQ et l'avocate du gouvernement.

M. Bellemare se plaint d'avoir été, en direct à la télévision, «mitraillé de questions et d'insinuations sur sa vie personnelle et professionnelle [...], et ce, dans le seul et unique objectif de porter atteinte à sa réputation, à son intégrité et à sa crédibilité».

Il réclame ainsi 400 000 $ pour dommages moraux et atteinte à sa réputation, 300 000 $ pour dommages punitifs et 200 000 $ pour les frais judiciaires.

Dans sa demande, Me Bellemare ne manque pas de rappeler qu'en 1990, M. Charest a dû démissionner de son poste de ministre fédéral pour avoir passé un appel au juge Yvan Macerola, qui s'apprêtait à rendre un jugement.

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