Course à la mairie de 2005: un prête-nom chez Bellemarre

Pierre Bibeau lors de la campagne municipale de... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Pierre Bibeau lors de la campagne municipale de 2005

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

(Québec) Au moment où Marc Bellemare met en question les pratiques de financement du PLQ, un ancien organisateur de Vision Québec reconnaît avoir servi de prête-nom pour le parti fondé par l'ex-ministre afin de briguer la mairie de Québec en 2005. Membre de la première heure de cette aventure électorale, Pierre Bibeau révèle également que des fonds ont été amassés avant l'enregistrement officiel de la formation politique, ce qu'interdit la loi.

Le rapport financier 2005 de Vision Québec mentionne que Pierre Bibeau, alors adjoint à Marc Bellemare, a prêté 10 030 $ au parti, à quelques dollars près du prêt maximum prévu par la loi. Surpris d'apprendre par Le Soleil que son nom apparaissait dans la liste des prêteurs, celui-ci assure n'avoir avancé aucune somme. Cet argent provenait plutôt d'un tiers dont il dit ignorer l'identité.

«C'est un peu l'ancien système. Un gars donne 20 000 $ et on se répartit la tâche. Il y a un maximum à donner, alors j'étais un prête-nom, comme plusieurs. Ça se fait depuis les années 50. On n'inventait rien là», dit l'homme joint cette semaine à son domicile.

Pierre Bibeau estime d'ailleurs n'avoir rien fait d'illégal et assure qu'il souhaitait simplement aider à la création du parti. S'il n'a pas prêté 10 000 $, il dit avoir donné 500 $ de son argent personnel. Son nom apparaît d'ailleurs dans la liste des donateurs 2005 de Vision Québec, pour 250 $. Les 250 $ manquants auraient été versés avant la formation officielle du parti. D'où leur absence des livres de comptes.

Pierre Bibeau, qui a travaillé à la visite du pape en 1984 et au comité olympique 2002, est l'un des membres de la première heure de Vision Québec. Pendant les huit mois qu'a duré la campagne, l'homme a accompagné l'avocat en tant que son adjoint. Il dit d'ailleurs avoir lui-même rempli le formulaire pour enregistrer le parti auprès du Directeur général des élections, inscription faite officiellement le 22 février 2005.

Mais voilà, l'équipe Bellemare avait officieusement lancé ses activités depuis quatre mois déjà. Pierre Bibeau se rappelle très bien de cette rencontre de novembre 2004 où Marc Bellemare s'est engagé dans l'aventure. Financièrement. «Il a donné de l'argent, un 10 000 $ de sa poche. J'ai été témoin de ça. Quand il a commencé, Marc a voulu montrer l'exemple. Il a demandé l'aide de certains amis et mis 10 000 $ sur la table.»

En argent comptant? «Non, il a été déposer 10 000 $ dans le compte. On a ramassé, je pense, 30 000 $», dit-il. Cet argent aurait servi à financer les activités du comité d'appui à la candidature de Marc Bellemare, qui faisait alors campagne pour mousser la candidature de l'avocat avant la création de Vision Québec. L'une des rencontres du groupe a d'ailleurs eu lieu le 27 décembre 2004 dans les locaux de Norbourg, rencontre à laquelle l'aspirant maire a d'ailleurs reconnu avoir assisté quand a éclaté le scandale financier entourant la firme de Vincent Lacroix.

Collecte interdite

Vérifications faites auprès du Directeur général des élections, Vision Québec ne pouvait pas récolter de l'argent avant d'être enregistré en vertu de la loi électorale. «On peut tolérer un petit fonds pour organiser une soirée de lancement», expose une porte-parole, Cynthia Gagnon. Mais voilà, le DGE pourrait difficilement sévir dans le cas de Vision Québec, puisqu'il existe une prescription de cinq ans.

«Il fallait de l'argent de base pour partir, justifie M. Bibeau. Mais quand on est arrivés dans la campagne comme tel, on a suivi les règles de façon stricte. Mais avant ça, c'est ça, le truc», expose-t-il.

Ce dernier affirme que le représentant officiel de Vision Québec, Michel Noreau, avait téléphoné au DGE pour s'assurer de la légalité des dépenses avant l'enregistrement du parti. «Il s'est fait répondre : «Monsieur, vous pouvez ramasser l'argent que vous voulez, vous n'êtes pas un parti encore», rapporte M. Bibeau.

Inexact, rétorque le principal intéressé, lorsque joint par Le Soleil. Vérificateur à la retraite de l'Autorité des marchés financiers, Michel Noreau se rappelle très bien de son appel au DGE et des conseils donnés ensuite au parti politique naissant. Il dit plutôt avoir insisté sur le plafond de dépenses à respecter en campagne.

Quant à l'argent amassé avant l'enregistrement du parti, comme le prétend M. Bibeau, M. Noreau ne peut le confirmer ou l'infirmer. Il se rappelle toutefois que 60 000 $ ont été rendus disponibles dès que l'enregistrement a été officialisé.

Rappelons que moins d'un mois après sa création, Vision Québec avait lancé une offensive publicitaire grâce à une vingtaine de panneaux-réclames en bordure des principales artères de Québec. De nombreuses questions avaient alors été soulevées sur la provenance du financement de l'équipe Bellemare. «J'ai aucune idée du coût de cette campagne de visibilité. Les finances, ça ne relève pas de moi», avait clamé à l'époque M. Bellemare.

Impossible de vérifier

Responsable d'encaisser l'argent donné à Vision Québec de février à août 2005, Michel Noreau se dit extrêmement surpris par les révélations de son ami Pierre Bibeau quant à l'utilisation de prête-noms. L'homme qui a quitté ses fonctions de représentant peu avant le début officiel de la campagne électorale affirme ignorer si une telle pratique avait cours à l'époque. «C'est pas le représentant officiel qui recueille les fonds. Lui, il dit [au collecteur] : "Tu m'amènes un chèque, une adresse, un nom." Le reste, le représentant ne veut rien savoir.» Et d'ajouter que «le collecteur de fonds est supposé connaître la loi et amener des choses qui sont correctes. Mais il n'y a personne qui fait enquête».

Toujours au service de l'AMF à l'époque, il n'avait tout simplement pas le temps de faire les vérifications. Et aucun agent ou représentant officiel ne pourrait faire seul cette tâche titanesque de vérifier si l'argent versé provient bel et bien du signataire du chèque. «Il n'y a pas un agent officiel qui va être capable de garantir à 100 % que c'est correct. Il faut se fier à la bonne foi des gens ou sinon changer le système au complet.»

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