Débarqué mercredi à Paris, où il termine une mission de sept jours en France, le maire Labeaume a exposé son plan au Soleil et au Journal de Québec, présents sur place. «L'idée, c'est d'avoir les meilleurs spectacles avec des artistes renommés. Comment on peut se permettre ça? C'est en faisant des coproductions», a-t-il commencé, enthousiaste.
Le déclic a eu lieu quand il a négocié avec le directeur du Metropolitan Opera de New York la création mondiale de La tempête de Thomas Adès dans une nouvelle mise en scène de Robert Lepage. La première mondiale aura lieu dans la capitale, le 26 juillet, à l'occasion du Festival d'opéra de Québec. Le Staatsoper de Vienne est aussi partenaire. «C'est un super bel exemple!» dit le maire.
Et il en a d'autres. À l'expiration du contrat de cinq ans du Moulin à images, qui sera programmé une dernière fois en 2013, la Ville de Québec reste propriétaire du matériel technologique. M. Labeaume entend le réutiliser pour d'autres projections.
Il reluque notamment les créations du Festival de la BD de Bruxelles, qui développe chaque année un spectacle son et lumière mettant en vedette l'esprit et les personnages des bandes dessinées. Diffusé quelques soirs seulement sur la place Royale de la capitale européenne, il pourrait connaître une seconde vie à Québec. Lucky Luke, les Schtroumpfs et le Marsupilami n'évolueraient pas nécessairement sur les silos de la Bunge, mais peut-être sur un autre bâtiment emblématique à déterminer.
Il y a aussi le nouveau festival littéraire Québec en toutes lettres, qui pourrait faire équipe avec les Étonnants Voyageurs, le festival international du film et du livre de Saint-Malo. C'est loin d'être une binerie, plutôt le deuxième plus gros événement littéraire du genre en France. Le maire René Couanau a lui-même proposé une collaboration. Des jumelages ponctuels sont également envisagés pour le Festival de cinéma de la Ville de Québec.
Priorité à l'Europe
Ce n'est pas seulement parce qu'il s'y trouve que Régis Labeaume pense particulièrement à l'Europe pour ces coproductions. Il y a d'abord ce qu'il appelle «les goûts culturels communs». Et puis aux États-Unis, les villes s'impliquent moins dans les grands événements et les centres de décision sont décentralisés.
«En Europe, il faut que tu connaisses le politicien. Le politicien ouvre la porte», souligne le maire. Ces derniers jours, ses homologues de Nantes et de Rennes ont d'ailleurs ouvert la porte pour une Folle journée (événement de musique classique) et pour Royal Deluxe (troupe de théâtre de rue).
«On peut avoir des exclusivités dans notre pays [...] avec de la qualité qu'on n'aura pas à payer tout seul», a résumé mercredi le grand patron de la Ville de Québec, qui espère multiplier les rendez-vous culturels. Car en plus de compter sur l'argent de ses partenaires municipaux et privés, le politicien pense pouvoir aller puiser dans le nouveau Fonds capital culture Québec, qui a 100 millions $ à investir pour le développement de projets culturels d'envergure.
Retombées
Si la production prend vie en tout ou en partie à Québec, comme c'est le cas pour La tempête de Lepage, des retombées sont prévues pour l'emploi. «Il y a du monde qui peut avoir de l'ouvrage pour un an, deux ans», prédit le maire. Et quand ça se fera ailleurs, des créateurs québécois pourront se déplacer pour y participer. Il restera toujours à adapter le produit à la capitale.
M. Labeaume se sent appuyé dans sa démarche par des sondages qui indiquent que «90 % des gens en veulent», des grands événements. «On va répondre au monde avant tous les gérants d'estrade. [...] C'est ce qui fait la fierté de Québec et c'est ce qui a participé à changer l'image de Québec», dit-il, convaincu.
Environ 15 millions $ sont injectés et dépensés annuellement par le biais du Fonds des grands événements de la Ville de Québec.
Avis aux employeurs
Un maire qui suggère à un autre maire de recruter les travailleurs qualifiés de sa ville, c'est pratiquement de la science-fiction au Québec puisqu'on y prédit et on y vit déjà des pénuries de main-d'oeuvre. Mais pour les Français, qui composent avec un taux de chômage de 10 %, c'est une bouée de secours. Les maires de Nantes et de Rennes ont donc demandé au maire de Québec d'organiser une mission de recrutement chez eux afin de permettre à de jeunes diplômés ou aux travailleurs intéressés d'acquérir une expérience de travail en «Amérique». Régis Labeaume a dit oui - avis aux employeurs - mais il a prévenu que «s'ils tombent en amour, on n'est pas responsables».