Comprendre la douleur en scrutant le cerveau

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La Faculté de médecine de l'Université Laval génère de nombreuses percées scientifiques par ses activités de recherche biomédicale et en santé des populations. Dans cette série d'articles, Le Soleil présente des chercheurs et leurs travaux dont les activités s'arriment aux enjeux majeurs de notre société »

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Catherine Mercier s'intéresse à la douleur. Elle est... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Catherine Mercier s'intéresse à la douleur. Elle est professeure au Département de réadaptation à la faculté de médecine de l'Université Laval et chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS).

Le Soleil, Pascal Ratthé

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) La douleur est un stimulus très désagréable, mais extrêmement puissant. Un enfant qui pose sa main sur une surface bouillante ne recommencera pas son geste une deuxième fois, il aura appris que cette action provoque une sensation très pénible. La douleur induit donc un apprentissage.

Catherine Mercier s'intéresse beaucoup à la douleur. En plus d'être professeure au Département de réadaptation à la faculté de médecine de l'Université Laval, elle est chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). Ses travaux visent à comprendre l'effet de la douleur sur la capacité d'apprendre des tâches motrices lors de la réadaptation physique.

Rôle de protection

La perception douloureuse ne vient pas de la main que l'on pose sur une surface bouillante, mais plutôt du cerveau qui détecte le message nerveux de la main et qui génère cette perception. On retire rapidement la main. Dans ce cas, la douleur joue très bien son rôle de protection de l'intégrité du corps.

On se rend davantage compte que la douleur vient du cerveau dans le cas des douleurs fantômes. Les personnes amputées ont mal au membre pourtant absent. Le cerveau peut générer la perception de douleur en l'absence de signal de douleur provenant du membre.

Le cortex somato-sensoriel et le cortex moteur constituent la région du cerveau dans laquelle sont traités les signaux sensoriels (de douleur dans le cas qui nous intéresse) et le contrôle des mouvements. Chaque partie du corps a sa zone. «Lors d'amputations ou de douleurs chroniques, il y a un débalancement dans ces zones», explique la chercheuse de 36 ans. Le cerveau est plastique, il a la capacité de se modeler en fonction de la condition du corps. En cas de paralysie ou d'amputation de la jambe, la «zone jambe» dans le cerveau réagit. Les zones adjacentes deviennent hyperactives et tendent à envahir la «zone jambe», ce qui génère des messages incohérents. Par exemple, le cerveau commande à la jambe de bouger, mais les sens indiquent en retour que le mouvement n'a pas eu lieu. C'est cette réponse qui «contredit» le cerveau qui créerait la douleur. Ces douleurs sont appelées neuropathiques parce qu'elles sont résistantes aux traitements pharmacologiques.

«Actuellement, on tente de traiter la douleur d'un côté et on fait de la réadaptation physique de l'autre, mentionne Catherine Mercier. Mais ce n'est pas l'idéal parce que ces deux phénomènes interagissent.» En effet, la douleur empêche l'activation optimale des régions motrices du cerveau, or on a besoin de solliciter ces régions motrices lors de la réadaptation. La douleur a donc un effet sur le mouvement. Et c'est en comprenant la douleur et ses effets qu'il sera possible d'envisager une meilleure réadaptation physique des patients ainsi qu'une diminution de leurs souffrances.

Leurrer le cerveau

Dans les cas d'amputations, il suffit de «faire croire» au cerveau que le membre absent est encore là pour que les douleurs diminuent. «C'est la thérapie miroir», relate la professeure Mercier. Le patient place son membre existant, par exemple la main, devant un miroir, donnant l'impression que le reflet est le membre manquant. Des mouvements de préhension sont alors effectués. «Avoir un retour visuel donne au cerveau une fausse rétroaction», précise-t-elle. Le cerveau leurré «réactive» alors la zone «main». L'illusion que le mouvement a été effectué restaure la cohérence entre les zones du cerveau qui contrôlent le mouvement et celles qui traitent les informations sensorielles du corps.

D'autres expérimentations démontrent clairement la plasticité du cerveau devant la douleur. Catherine Mercier mène actuellement des expériences pour les douleurs chroniques dans des parties existantes du corps. «La stimulation magnétique transcrânienne appliquée au niveau des régions motrices affectées par la douleur excite les neurones qui contrôlent le mouvement. La douleur sera réduite et les mouvements, améliorés.» Cette méthode en est encore au stade de la recherche.

«Mon but est d'utiliser conjointement des approches de stimulation cérébrale et de réadaptation ayant des impacts à la fois sur le plan de la douleur et du mouvement. Ça permettra de mieux comprendre l'interaction entre les deux phénomènes et d'identifier de meilleurs moyens d'intervention en réadaptation», conclut la chercheure.

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