Les personnes dépendantes à différentes substances et qui désirent changer, mais qui n'y parviennent pas, connaissent un déficit dans la prise de décisions relatives à leur santé. L'équilibre entre les systèmes réflexif et réflectif est altéré, laissant plus de place à l'impulsion et moins à l'inhibition. Ainsi, les décisions prises par les personnes dépendantes combleront d'abord une envie irrépressible (de cocaïne, de nicotine, de nourriture), plutôt que de répondre à un impératif de santé.
«Quand le cerveau est en difficulté, un réseau cérébral peut-être sur ou sous activé. Il faut alors rebalancer l'activité cérébrale de ce réseau», explique Shirley Fecteau. Mme Fecteau est professeure au Département de réadaptation et chercheure au Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec (CRIUSMQ) et au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). Elle est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la neuroplasticité cognitive.
«L'objectif de mes recherches est d'améliorer les fonctions cognitives [le comportement] des patients en modulant la plasticité cérébrale de façon non invasive», poursuit la chercheure. Autrement dit, à partir du cuir chevelu, on stimule les zones affectées (dans ce cas-ci, le cortex préfrontal) avec de très faibles courants électriques ou électromagnétiques.
«Chez les personnes dépendantes, l'impulsivité est plus fréquente et le cortex préfrontal présente une activité différente de la normale», mentionne Shirley Fecteau. «L'idée est de moduler l'activité de ce réseau [réseau entre les systèmes réflexif et réflectif]. On sait déjà qu'en stimulant le cortex préfrontal, on obtient une réduction de la consommation de nicotine, d'alcool ou de marijuana», ajoute-t-elle.
La stimulation électrique ou électromagnétique de ces zones précises augmente donc l'inhibition chez les patients, qui parviennent alors à prendre des décisions bonnes pour leur santé (ne pas fumer cette cigarette, ne pas manger cette sucrerie).
Il est d'autant plus important de stimuler le cortex préfrontal que certaines de ces substances attaquent ce même cortex.
Décisions meilleures pour la santé
«Mon hypothèse est que la personne qui veut diminuer sa dépendance et qui n'y arrive pas, qui succombe trop à la phrase "c'est juste une dernière", a un processus d'inhibition à améliorer», suppose la chercheure de 38 ans. La stimulation cérébrale non-invasive agit alors comme «un boost», et permet au patient de prendre la décision qui est la meilleure pour sa santé, parce que «l'agent ou la substance de dépendance perd de sa valeur». Le patient sera moins impulsif vis-à-vis de «la dernière».
Associée à l'exercice physique qui a des bienfaits sur le cortex préfrontal, la stimulation semble être une formule gagnante.
Pour la recherche, Shirley Fecteau traite des cas lourds de dépendance. «L'objectif, c'est que ça devienne un traitement, comme c'est déjà le cas pour la dépression. Ça pourrait alors s'appliquer à différents cas.» Pour assurer la meilleure transition possible entre recherche en laboratoire et situations réelles, la chercheure travaille aussi avec la technologie de réalité virtuelle. C'est une petite pièce sur les murs de laquelle on peut projeter un scénario et des avatars qui imitent le quotidien, en 3D. On peut donc mettre le patient en situation «quasi réelle» et évaluer son comportement et ses décisions.
La stimulation du cortex préfrontal pourrait être utilisée à plusieurs fins thérapeutiques touchant les émotions chez des individus avec syndrome post-traumatique ou autisme, ainsi que la rééducation de la communication chez les patients ayant été victimes d'AVC.