Une esquisse à l'origine d'une révolution

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Une fois élu en 1960, René Lévesque griffonne un brouillon de ce qui sera, en 1977, la Loi sur le financement des partis politiques.

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Il y a 25 ans, René Lévesque

Politique

Il y a 25 ans, René Lévesque

Il y a 25 ans le 1er novembre, le Québec perdait l'un des premiers ministres le plus marquant de son histoire, René Lévesque. Retour sur son parcours. »

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Au lendemain de sa première élection sous la bannière des libéraux de Jean Lesage, en 1960, René Lévesque est profondément indigné par ce qu'il constate au sujet de l'influence de l'argent en politique. Dès lors, la question l'obsède. Ministre des Travaux publics et des Richesses naturelles, il griffonne une esquisse de ce qui deviendra, en 1977, la Loi sur le financement des partis politiques.

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Notes de René Lévesque sur le financement des partis politiques.

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Notes de René Lévesque sur le financement des partis politiques.

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«C'est la clé de voûte de toutes les préoccupations de M. Lévesque concernant le changement de moeurs au Québec dans ce domaine-là», témoigne le chef de cabinet de René Lévesque entre 1961 et 1966, Pierre F. Côté, au sujet des notes manuscrites de son ancien patron qu'il avait soigneusement conservées.

La campagne électorale avait donné un premier son de cloche au journaliste qui se présentait pour la toute première fois dans la circonscription de Laurier, à Montréal. Ce dernier apprend qu'un autre René Lévesque, celui-là artiste, se présente contre lui. Si le personnage est inventé de toutes pièces, le «vrai» candidat libéral devra tout de même rappeler aux électeurs de voter pour le Lévesque «journaliste» puisque les noms des partis n'apparaissent pas aux côtés de ceux des candidats sur les bulletins de vote. Il sera élu de justesse.

Ce type de magouilles est monnaie courante à l'époque, fortement marquée par le règne de 15 ans de Maurice Duplessis et de l'Union nationale. Le jour des élections, le 22 juin 1960, René Lévesque raconte dans son autobiographie qu'il est témoin d'«horreurs», comme la visite de «fiers-à-bras» dans des bureaux de vote pour «bourrer» les boîtes de scrutin de faux bulletins. Il reconnaît également que l'organisation de sa circonscription, dirigée par l'ex-ministre fédéral libéral Azellus Denis, avait usé de «trucs les moins catholiques du métier».

Peu après, la rumeur court que le nouveau député a été élu grâce à des méthodes électorales douteuses. Selon son biographe Pierre Godin, René Lévesque demandera lui-même à la Sûreté du Québec d'enquêter sur ces allégations de malversations.

Une cote de 10%

Le premier ministre Jean Lesage nommera rapidement le député de Laurier ministre des Ressources hydrauliques - qui deviendra celui des Richesses naturelles - et des Travaux publics. En tant que titulaire de ces deux portefeuilles, il se frotte aussitôt aux pratiques duplessistes; pour obtenir des contrats et des permis, les entrepreneurs ont l'habitude de verser 10 % à la caisse électorale du parti, raconte Pierre Godin.

«Le financement se faisait par des enveloppes brunes, des dessous de table et des "essayes" pour avoir les bonnes faveurs des ministres», raconte Pierre F. Côté.

René Lévesque s'aperçoit par exemple qu'au Québec, la construction d'un pont coûte deux fois plus cher qu'aux États-Unis. Il s'empresse alors de scruter à la loupe les contrats et d'y faire le ménage. Selon M. Côté, plusieurs entrepreneurs de toutes sortes ont tenté, sans succès, leur chance auprès du ministre, qui a mis sur pied la règle des soumissions pour l'attribution des contrats gouvernementaux.

C'est notamment le cas d'un homme qui a cogné à la porte de René Lévesque avec une enveloppe remplie de liasses de billets de banque totalisant près de 2000 $, soit une petite fortune à l'époque. «Pourquoi me donnez-vous ça?» a demandé l'élu, surpris. L'individu lui explique qu'il souhaite obtenir son permis de taverne. Selon Pierre F. Côté, son patron, bouillant de colère, a aussitôt conduit le demandeur au patronage Saint-Vincent-de-Paul pour remettre le pot-de-vin à l'organisme dévoué aux enfants pauvres. «Vous n'êtes pas sérieux», a alors lancé l'individu, qui a tourné les talons en furie.

D'autres ont également essayé de placer leurs pions lors de la construction des barrages hydroélectriques dans le Nord québécois, mais se sont toujours heurtés à une porte verrouillée à double tour. «Pour René Lévesque, c'était une révélation quand il a pris connaissance de la situation épouvantable devant laquelle était placée la province quant au financement des partis politiques», témoigne son ancien chef de cabinet.

L'ancêtre de la loi

C'est pourquoi le ministre n'a pas tardé à prendre sa plume et à rédiger l'ébauche d'une loi. Sous la pression de René Lévesque, le gouvernement Lesage adopte en 1963 certaines de ses idées et réintroduit l'obligation de nommer un agent officiel chargé d'encourir les dépenses électorales. Pour la première fois, celles-ci sont limitées et l'État en rembourse une partie aux candidats ayant obtenu 20 % du vote dans leur circonscription.

Mais ce n'est qu'en 1977, après que le Parti québécois eut pris le pouvoir sous la gouverne de René Lévesque, qu'un véritable coup de barre est donné avec l'adoption de la Loi régissant le financement des partis politiques, où les contributions des entreprises sont proscrites. Celles des individus sont alors limitées à 3000 $ et ce plafond sera par la suite abaissé à 1000 $ sous le règne des libéraux de Jean Charest.

Grande fierté

«C'était la loi dont il était le plus fier», soutient Pierre Godin, qui souligne que celle-ci devait s'appeler la loi 1. L'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, qui a été conseiller technique de René Lévesque au début des années 60, renchérit. «Il était obsessionnellement honnête. Il n'a jamais cru que le 3000 $ pouvait être remboursé par la compagnie, il n'a pas vu venir le coup des prête-noms», soutient-il, au sujet des révélations répétées au cours des dernières années selon lesquelles des entreprises remboursent les employés qui effectuent des dons aux partis politiques.

Si René Lévesque était encore en vie aujourd'hui, il serait atterré de voir que des gens contournent la loi, estime son biographe. Pierre F. Côté se dit quant à lui certain que l'ancien premier ministre reprendrait son bâton de pèlerin pour poursuivre son travail d'assainissement des moeurs.

«Il brasserait mer et monde pour que l'on soit plus sévère, que l'on relève nos exigences et qu'on fasse payer ceux qui ne font pas les choses correctement», conclut, convaincu, celui qui a occupé le poste de directeur général des élections (DGE) pendant près de 20 ans.

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