Devenir René Lévesque au petit écran

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Denis Bouchard, qui a personnifié René Lévesque au petit écran, se souvient très bien du jour de sa mort. «J'étais en Abitibi pour le Festival de cinéma. À mon retour, dans le taxi, le chauffeur m'avait dit, les yeux pleins d'eau: "On en a perdu un grand aujourd'hui. Moi, j'ai jamais voté pour lui, mais c'est lui qui m'a appris comment le monde marchait." Ça résumait tellement l'histoire de notre peuple: tu votes pas pour lui, mais tu pleures quand il meurt.»

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Il y a 25 ans, René Lévesque

Politique

Il y a 25 ans, René Lévesque

Il y a 25 ans le 1er novembre, le Québec perdait l'un des premiers ministres le plus marquant de son histoire, René Lévesque. Retour sur son parcours. »

(Montréal) Denis Bouchard l'a joué en 1994, Emmanuel Bilodeau, en 2006. Tous les deux en parlent encore avec admiration. «Sans René Lévesque, il n'y a pas de Cirque du Soleil, il n'y a pas de Céline Dion. Il nous a convaincus qu'on pouvait être meilleurs que n'importe qui», croit Denis Bouchard.

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Emmanuel Bilodeau, qui a joué René Lévesque dasns une série bilingue, croit qu'il nous aura donné confiance en tant que peuple. «C'est un bel enseignement qu'il a donné aux Québécois. On est fier d'à peu près juste lui quand on pense à tous les chefs d'État qui nous ont dirigés, c'est le premier nom qui nous vient en tête.»

Le Soleil a voulu savoir comment les deux acteurs se sont approprié le personnage, et ce qu'ils ont retenu de son passage en politique. Emmanuel Bilodeau a été l'un des derniers à interviewer l'ancien premier ministre du Québec, quelques semaines avant sa mort. «J'étais jeune stagiaire à La Presse. Il m'avait donné rendez-vous dans le hall d'entrée de TVA, où il animait une émission sur le Sommet de la francophonie. Il n'aimait pas beaucoup les entrevues mais il m'a accordé à peu près 40 minutes.»

Le futur comédien ne se serait jamais douté que Lévesque allait mourir quelques semaines plus tard. «Il donnait l'image d'un homme serein, plein de projets, extrêmement dynamique, libéré de la pression politique. Il retournait à ses anciennes amours, le journalisme.»

Denis Bouchard se souvient très bien du jour de sa mort, le 1er novembre 1987. «J'étais en Abitibi pour le Festival de cinéma. À mon retour, dans le taxi, le chauffeur m'avait dit, les yeux pleins d'eau: "On en a perdu un grand aujourd'hui. Moi, j'ai jamais voté pour lui, mais c'est lui qui m'a appris comment le monde marchait." Ça résumait tellement l'histoire de notre peuple: tu votes pas pour lui, mais tu pleures quand il meurt.»

Il est loin de se douter à ce moment-là qu'il fera revivre l'homme dans une série diffusée à TVA, réalisée par Roger Cardinal. L'échec de René Lévesque sera cuisant, et les lendemains, amers. «Après quelques jours de tournage, j'ai vu que ça n'avait pas de bon sens. J'aurais dû me retirer du projet, mais j'étais jeune. Si ça se produisait aujourd'hui, ça marcherait à ma manière.»

Aussi douloureuse soit-elle, l'expérience a changé sa vision de l'homme et n'a altéré en rien l'admiration qu'il voue encore à cet être si charismatique et si tourmenté en même temps. «Claude Charron m'avait dit : "Lévesque était plus intime devant 500 personnes que devant une seule." Et ça, pour un acteur, c'est extraordinaire à jouer», raconte Denis Bouchard.

Un pari risqué

Les choses se sont mieux passées pour Emmanuel Bilodeau, qui a quand même réfléchi avant de jouer Lévesque dans une nouvelle série, un pari risqué. «C'était un projet bilingue, le réalisateur était anglophone, ce n'était pas le dream team dont je rêvais», admet-il. Étrangement, le rôle avait d'abord été offert à Roy Dupuis, qui l'avait refusé. Bilodeau, qui admirait Lévesque, a consenti à passer deux auditions, certain de ne pas être retenu.

«Ce n'était pas une audition comme les autres, j'étais vraiment impliqué émotivement. À l'audition, le réalisateur [Giles Walker] ne me posait aucune question sur mes allégeances politiques et sur mon rapport à René Lévesque. J'étais vraiment fâché de son peu d'intérêt.»

L'oeuvre a finalement été diffusée en deux volets, René et René: le destin d'un chef, à Radio-Canada et à CBC. «J'en rêvais la nuit, je ne me suis jamais pris pour lui, je ne suis pas fou à ce point-là, mais j'ai vraiment aimé ça être lui, c'était un rêve d'acteur. Si j'avais été politicien, c'est comme ça que j'aurais aimé être, en étant totalement moi-même et en ne pensant pas à l'image que ça allait donner, à l'impact de chaque déclaration.»

Bien qu'on ait tendance à idéaliser l'homme qu'il était, Bilodeau lui reconnaissait des défauts. «Dans la deuxième série, il y avait trop d'émotivité pour ce personnage qui était très prude, qui n'allait pas s'épancher devant quiconque. J'ai eu l'impression d'un homme très tourmenté, passionné, pas juste des femmes mais de tout.»

Comme Denis Bouchard, Emmanuel Bilodeau croit que Lévesque nous aura donné confiance en nous en tant que peuple. «C'est un bel enseignement qu'il a donné aux Québécois. On est fier d'à peu près juste lui quand on pense à tous les chefs d'État qui nous ont dirigés, c'est le premier nom qui nous vient en tête.»

L'idée de Claude Morin

Denis Bouchard se dit convaincu aujourd'hui que Lévesque n'a véritablement jamais cru pouvoir réaliser la souveraineté du Québec. «C'était une idée de Claude Morin, pas la sienne. Il savait que ça ne marcherait pas. Il a retardé ça le plus longtemps qu'il a pu. Sa volonté première, c'était d'être le meilleur premier ministre qu'on n'a jamais eu, ce qu'il a probablement été.»

À quand un nouveau René Lévesque? Denis Bouchard ne croit pas que l'homme parviendrait aux mêmes accomplissements en 2012. «Les premiers ministres peuvent changer, mais la situation ne change pas. Ce sont les hauts fonctionnaires qui gouvernent, le premier ministre n'a plus de marge de manoeuvre.»

Il prend pour exemple cette équipe de rêve formée par Lévesque en 1976. «Quand on regarde les deux premières années du PQ, c'est hallucinant le nombre de lois qui ont passé et le ménage qui a été fait. Je reconnais chez Pauline Marois d'agir aussi rapidement que René Lévesque.»

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