Lors de la table ronde matinale du Forum, l'éminent linguiste français Claude Hagège a déclaré que «les grèves étudiantes du Québec sont une affirmation politique digne du plus grand respect», suscitant les applaudissements de la foule.
En sortant du Centre des congrès, vers midi, ce professeur honoraire au Collège de France - où ont enseigné certains des plus grands intellectuels français, dont Michel Foucault, Pierre Bourdieu et Claude Lévi-Strauss - est allé rejoindre une douzaine de manifestants.
Il a écouté la mascotte Banane rebelle lire un pastiche du célèbre J'accuse d'Émile Zola, remodelé pour dénoncer l'attitude du gouvernement Charest envers les étudiants et l'éducation. Puis, il s'est adressé aux étudiants, dénonçant le gouvernement Charest qui est incapable, selon lui, de défendre la loi 101.
«Cette loi 101 n'arrête pas d'être contournée - sans que personne n'ose l'abroger, bien sûr, parce que c'est un monument, a-t-il dit. Mais elle est comme un manteau d'Arlequin, constamment contredite, violée par les commerçants [...]», a-t-il dit.
M. Hagège a remercié les organismes comme la Société Saint-Jean-Baptiste, le Mouvement Québec français, Impératif français ainsi que les étudiants pour avoir «heureusement» crevé le consensus du Forum qui, selon lui, est à la limite «du petit ronron consensuel servant le gouvernement actuel».
Appel au dialogue
L'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti et ancienne gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a également commenté le conflit étudiant en marge du Forum où elle a été invitée à titre de Grand Témoin de la Francophonie pour les Jeux olympiques et paralympiques de Londres 2012.
Elle a notamment formulé le souhait de voir une reprise du dialogue alors que celui-ci est rompu entre les étudiants et le gouvernement. «Je pense que si volonté il y a de part et d'autre, le dialogue va se poursuivre [...], c'est ce que j'appelle de tous mes voeux, comme beaucoup de monde l'appelle de tous ses voeux», a commenté Mme Jean.
Puis, en fin de journée, une vingtaine de participants au Forum ont participé à une rencontre organisée à l'Assemblée nationale avec la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Martine Desjardins.
Des représentants d'Europe, d'Amérique latine et d'Afrique ont échangé pendant plus d'une heure avec la leader étudiante, qui a eu accès à une salle du parlement par le biais du député péquiste de Drummond, Yves-François Blanchet.
Des délégués ont entre autres formulé des craintes quant à la récupération politique du conflit. D'autres ont évoqué la situation de l'éducation dans leur pays. «Au Portugual, le mouvement étudiant a perdu la lutte et depuis 20 ans, on en ressent les effets», a témoigné Sandra Monteiro, représentante du Monde diplomatique dans son pays.
Martine Desjardins s'est dite heureuse de la visibilité des étudiants au Forum, soulignant par ailleurs qu'il s'agissait d'une preuve que ceux-ci pouvaient se manifester sans incident malheureux.
Un député libéral d'accord avec les étudiants
Selon la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, un député libéral a témoigné son appui aux associations étudiantes dans leur lutte contre la hausse des droits de scolarité.
C'est lors de la rencontre avec des délégués du Forum mondial de la langue française que Martine Desjardins a évoqué l'existence de ce soi-disant dissident au sein du gouvernement de Jean Charest.
C'est un étudiant béninois âgé de 21 ans, Chembessi De Rocher, qui a demandé à la présidente de la FEUQ s'il existait des députés membres du parti au pouvoir qui soutenaient les étudiants. «On en a trouvé un!» s'est exclamée Mme Desjardins.
Elle a ensuite expliqué que lors de la tournée des associations étudiantes dans les circonscriptions où les députés libéraux ont été élus avec une mince majorité, un d'entre eux leur a fait part de son appui.
Questionnée par Le Soleil pour connaître l'identité de cet élu, Martine Desjardins n'a pas voulu en dire plus, si ce n'est que le député avait la mine basse lors de l'adoption de la loi 78 qui restreint le droit de manifester.