«Les trois que j'ai vus ce matin, je leur en ai parlé, j'ai dit: "Vous savez, je vous écoute, car je suis toujours en curiosité de savoir comment vit le Québec et j'aime connaître tous les points de vue. Mais je n'aimerais pas que vous utilisiez cette rencontre comme un soutien ou comme une prise de position"», a expliqué le maire de Paris, de passage à l'hôtel de ville de Québec, hier.
À sa demande, M. Delanoë a rencontré hier matin la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Éliane Laberge, et le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger.
Pas d'ingérence
Une rencontre informative que le maire de Paris a dit avoir souhaitée par «appétit de connaissances de la vie du peuple québécois», a assuré M. Delanoë, conscient qu'une prise de position pourrait être perçue comme de l'ingérence, voire flirter avec l'incident diplomatique.
«On peut tout à fait s'intéresser à ce qui arrive à des amis sans faire d'ingérence, je n'en ferai pas quoi qu'il arrive», a tranché le maire socialiste à la tête de la Ville lumière depuis 2001.
«Chaque fois que je viens à Québec, par affection pour le peuple, j'essaie de suivre l'actualité. Dans d'autres circonstances, j'ai vu les partis d'opposition, c'est normal. Là, il y a une actualité liée au monde étudiant.»
Les images du conflit étudiant et des manifestations ont été beaucoup vues en France et ont fait l'objet d'une importante couverture dans les médias nationaux.
Rencontrer les étudiants pourrait-il être perçu comme une pointe à Jean Charest? Pas du tout, assure Bertrand Delanoë, qui a informé le premier ministre, un ami personnel, dit-il, de sa volonté de rencontrer les chefs d'associations étudiantes. «J'ai dit à Jean Charest hier que voilà, comme dans d'autres circonstances, j'ai vu le Parti québécois. Lorsque des amis québécois sont en France, ils vont écouter tout le monde, c'est normal, la droite, la gauche, les mouvements de la société.»
L'autre côté de la médaille
Peu avant que Bertrand Delanoë s'adresse aux journalistes, vers midi, les étudiants ont commenté la rencontre pendant laquelle le maire de Paris s'est montré «très intéressé» à obtenir leur version sur le conflit.
«Il avait déjà eu à quelques reprises l'occasion de discuter avec M. Charest et il voulait vraiment avoir l'autre côté de la médaille», a dit la présidente de la FECQ, Éliane Laberge.
«Il a beaucoup posé de questions à savoir c'était quoi les impacts, qui on était, comment ça s'était développé et le contexte dans lequel ça s'inscrivait», a ajouté la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.
La fédération qui regroupe 125 000 universitaires a aussi plaidé auprès de M. Delanoë que la hausse des droits de scolarité pourrait faire chuter le nombre d'étudiants français au Québec.
Au terme de la rencontre, les leaders étudiants ont offert un carré rouge au maire de Paris.
«Je pense qu'il l'a mis dans sa poche, mais il nous a dit clairement qu'il ne le porterait pas quand il allait recevoir le prix», a conclu Éliane Laberge, en faisant référence à l'insigne d'Officier de l'Ordre national du Québec que le premier ministre Jean Charest a remis à Bertrand Delanoë en après-midi.