On doit certainement remercier Dame Nature, qui a offert au FEQ ses plus belles soirées du dernier quart de siècle. Le coordonnateur Louis Bellavance nous avait dit compter sur les curieux pour faire un succès du spectacle du rockeur Hallyday. Il a été exaucé. Ceux-ci auraient probablement été moins nombreux à chanter Ma gueule avec le «Taulier» s'il avait plu des cordes. Quoiqu'il ne faut pas non plus négliger la mise en marché et l'effet Star Académie, qui a certainement augmenté le pouvoir d'attraction de la vedette française.
On peut dire sensiblement la même chose de Jean Leloup, dont les prestations inégales des dernières années auraient pu en rebuter plusieurs si la météo n'avait pas coopéré. Ça aurait été dommage : John the Wolf a offert une prestation mémorable.
Qu'à cela ne tienne, pour Jean comme pour Johnny, les Plaines étaient bondées, ce qui ne peut être qu'une bonne nouvelle pour les amoureux de la chanson francophone. On l'avait déjà vu par le passé, l'expérience de cette année le confirme : oui, c'est possible de remplir l'immense site avec du franco. Et pas qu'avec des spectacles de variétés qui ratissent large comme Le français d'abord. Les efforts de l'équipe de programmation ont été récompensés et doivent se renouveler à l'avenir.
Parc de la Francophonie, vraiment?
Quand, sur Twitter, un lecteur m'a suggéré de rebaptiser le parc de la Francophonie pendant le Festival d'été, je n'ai pu que sourire. Vrai que la langue française n'a pas été représentée très souvent en tête d'affiche dans l'enceinte nommée en son honneur : Mononc' Serge lors de la soirée d'ouverture 100 % franco, Pierre Lapointe (chapeau d'avoir programmé Salomé Leclerc et Monogrenade avant lui) et Renée Martel. Pour le reste, c'est Dallas Green de City and Colour, Patrick Watson et Metric qui ont fait déborder l'ex-Pigeonnier.
On peut aussi s'interroger sur la place réservée dans la grille à certains artistes francophones en pleine ascension. Doit-on voir un manque de confiance (ou d'audace?) dans le fait de reléguer au milieu de journée les Tire le Coyote, Canailles, Chinatown, Patrice Michaud, Amylie ou Les Revenants? Pas de doute que tout ce beau monde a ce qu'il faut pour intéresser un grand nombre de festivaliers et qu'ils auraient été mis davantage en valeur en soirée. Qu'ils se consolent, ils ne sont pas les premiers : alors qu'il voguait sur le succès de l'album Le serpent sous les fleurs et qu'il aurait mérité une tête d'affiche, en 2010, Yann Perreau s'était exécuté à la place D'Youville sous le soleil, à 18h30.
Coups de coeur
- Jean Leloup
Juste de le voir si en forme et l'air si heureux, ça valait le détour. Avec son «récital classique», Jean Leloup nous a fait un grand cadeau en nous offrant avec énergie certaines de ses plus belles chansons : Isabelle, Nathalie, Cookie, Johnny Go (avec l'ami James Di Salvio), Edgar, La vie est laide, etc. Une Nuit des confettis magique et du Leloup à son meilleur.
- Sarah McLachlan
La Canadienne Sarah McLachlan nous a offert une soirée de grands frissons sur les Plaines : une voix magnifique, un charisme magnétique et un sourire ravageur. De quoi retomber amoureux de ses grands classiques, qu'elle a livrés avec autant d'aplomb que de grâce, entourée d'un groupe du tonnerre et d'une choriste talentueuse. Une musique qui va droit au coeur.
- Pierre Lapointe
Pendant que Bon Jovi résonnait sur les Plaines, Pierre Lapointe nous a fait vibrer au parc de la Francophonie avec son spectacle plus rock. Après la tournée Seul au piano, le chanteur a retrouvé ses musiciens et a servi tout un électrochoc à ses chansons, dont les arrangements ont reçu un traitement plus pesant. En prime, il avait l'air content d'être là, M. Lapointe, et il nous a bien fait rigoler avec ses exubérantes interventions.
Coup de gueule
- Festivaliers bavards
Quand on les entend placoter à tue-tête, en se tenant parfois dos à la scène, on se demande ce que certains festivaliers font là. Je reconnais qu'on ne peut s'attendre à la même qualité d'écoute dans un concert extérieur. Je comprends aussi que plusieurs se déplacent pour la tête d'affiche. Mais quand même! Je suis toujours étonnée de voir des spectateurs ne consacrer aucun intérêt aux premières parties. La foule était particulièrement dissipée pendant la prestation de Ron Sexsmith avant City and Colour! Et que dire de Diane Tell, qui avait un rappel au programme, mais qui ne se l'est pas fait réclamer...