En cette période où maints festivals peinent à sécuriser les vedettes qui feront courir les foules, le FEQ s'en sort avec brio. Jamais, au grand jamais, on n'a vu les plaines d'Abraham remplies de façon aussi constante que cette année. On ne se fera pas de cachette, le beau temps a joué un rôle primordial de ce côté. Lionel Richie et Sarah McLachlan auraient-ils attiré autant d'amateurs sous la pluie? Bien sûr que non. N'empêche, le FEQ a visé dans le mille avec les artistes qu'il a programmés sur sa grande scène. Et si les Johnny Hallyday et Lionel Richie ont fait quelques sceptiques au départ, leurs passages respectifs à l'émission Star Académie leur ont donné suffisamment d'attention pour éveiller l'intérêt d'un important public. Quant aux locomotives Aerosmith et Bon Jovi, elles étaient programmées en semaine et sont venues maintenir le degré de fréquentation des fins de semaine, où c'était traditionnellement plus élevé.
Profondeur
Pour le nouveau venu à la programmation, Louis Bellavance, qui a dû ficeler cette cuvée 45e anniversaire un peu à la hâte, cette réussite lui permettra de souffler et sans doute d'arriver avec davantage de profondeur l'an prochain. De fait, le Festival, qui aime se comparer aux Bonnaroo et autres Coachella, a opté pour une proposition prudente, qui manquait de surprises : maints artistes avaient déjà transité par Québec au cours des derniers mois, qu'il s'agisse de Skrillex, LMFAO, City and Colour, Marie-Pierre Arthur, The Barr Brothers, Pascale Picard, Adam Cohen ou encore Ariane Moffatt.
À cela, il faut ajouter qu'il y avait beaucoup d'habitués de retour, tels Metric, Patrick Watson, Great Lake Swimmers ou Beirut. Qu'on se comprenne, il est agréable de renouer avec des artistes et certains d'entre eux nous ont donné des moments mémorables. Or, cette mouture 2012 comptait des lacunes au chapitre des découvertes et des nouveaux visages. La seule soirée véritablement étonnante en haute ville aura été celle à saveur électronique - qui a bien marché et a démontré qu'on sous-estimait parfois les festivaliers.
Le parc de la Francophonie, qui a repris un peu de galon par rapport aux dernières années, était aussi conservateur. Il aura fallu traîner à l'Impérial, à la place D'Youville et au Cercle pour passer du temps avec des Piers Faccini, Walk Off The Earth ou Rich Aucoin. Le FEQ devra donc se demander si sa priorité réside dans les scores de foule ou dans le raffinement de son contenu musical - un juste équilibre étant évidemment possible.
Qualité d'écoute
La place de la Famille est demeurée fort appréciée, tout comme les arts de la rue, qui ont le don d'émerveiller au moment où on ne s'y attend pas - je songe à ces superbes gros bonshommes blancs qui faisaient leur apparition sur Saint-Jean. Les arts de la rue m'ont toutefois semblé moins visibles qu'à une certaine époque. Peut-être qu'on serait mûr pour un nouveau coup d'éclat, comme lors du passage de la funambule, il y a quelques années...
Preuve que le beau temps a fait sortir bien des curieux passifs, plutôt qu'attentifs, on ne compte plus le nombre de représentations où ça jasait au lieu d'écouter. Dommage, d'autant que le FEQ offre des conditions d'écoute encore améliorées, avec d'impressionnants écrans HD. Il faut d'ailleurs saluer le travail des artisans de l'ombre, qui ont aménagé l'imposante scène des Plaines, on ne peut plus professionnelle, avec divers dispositifs correspondant aux demandes des vedettes.
Même s'il s'agit d'une démarche commanditée, l'idée de permettre au public de choisir les chansons qui tournent entre les performances, au parc de la Francophonie, mériterait d'être répétée - c'était nettement plus intéressant que les pubs à répétition sur les Plaines...
Nul doute que le FEQ continue de grossir en peaufinant son savoir-faire, y compris sur le Web, où le virage 2.0 demeure dynamique. Voilà qui laisse espérer le meilleur pour l'an prochain.