«On est une année record; 2008 peut quasiment aller se rhabiller au niveau du Festival d'été», lance sans hésiter François Knitzer, directeur du Voodoo Grill. Le restaurant de la Grande Allée dépasse les ventes et les achalandages qu'il avait enregistrés pendant le Festival d'été de 2008, le plus couru jusqu'à maintenant (373 000 festivaliers uniques). «On est en train de tuer notre personnel, rigole-t-il. Le personnel est très sollicité présentement.»
M. Knitzer explique d'une part cette plus grande affluence par le beau temps qui perdure depuis le début du Festival, une rareté en soi. «Veut, veut pas, on double notre superficie à cause des terrasses», dit-il. D'autre part, il estime que le FEQ a donné un coup de pouce aux restaurateurs en programmant Bon Jovi un lundi ou Jean Leloup un dimanche. «On a eu des très gros spectacles sur des petits soirs, ce qui fait qu'un lundi devenait achalandé comme un samedi. Ça, c'est bien qu'ils aient compris. Faire un gros show un samedi soir, c'est correct, mais on l'a déjà, la clientèle», souligne-t-il.
Le propriétaire du Grand Café, Christopher Chouinard, croit également que la «constance» des spectacles du Festival leur a été bénéfique. «Jusqu'à maintenant, on aurait de l'avance sur les années antérieures. D'après moi, c'est mieux que 2008», prévoit-il. Et ce, même s'il ne s'attend pas à ce que la journée de samedi soit aussi importante que le samedi de Metallica, en 2011. «Mais ça ne devrait pas être si loin que ça quand même avec The Offspring et Metric», précise-t-il.
«Record par-dessus record.» C'est ce qu'observe James Monti, du Savini, depuis le début du Festival d'été. Bien que M. Monti ne soit pas en mesure de comparer avec l'année charnière de 2008, puisque son resto-bar a ouvert un an plus tard, une journée du Festival représente pour lui «le double d'une grosse, grosse journée, toutes périodes confondues». «Ce qui est exceptionnel, c'est que ces journées-là se répètent une après l'autre. [...] Cette année, c'est vraiment extrême», illustre-t-il.
James Monti considère que le Festival d'été a réussi le pari des soirées «équivalentes». «C'est au-delà de tout espoir. L'achalandage a été tout le temps au maximum, autant ici que sur toute la Grande Allée à partir de 18h», s'enthousiasme-t-il.
Manne sur plusieurs rues
Évidemment, il n'y a pas que la Grande Allée qui en profite. La rue Saint-Jean est aussi populaire avant les spectacles, selon des restaurateurs consultés par Le Soleil, tandis que plusieurs festivaliers échouent sur l'avenue Cartier en fin de soirée.
Du côté des hôteliers, on semble noter un achalandage «plus équilibré», sans plus. «On a un peu moins de réservations la fin de semaine, mais toute la semaine, ç'a été excellent, alors qu'il y avait un petit creux avant, pendant la semaine, remarque le directeur général du Château Laurier, Alain Girard. Quand tu fais le bilan total, c'est sensiblement identique à l'année passée.» M. Girard souhaiterait voir davantage de touristes de l'extérieur afin d'augmenter la durée des séjours des visiteurs dans la région. Mais pour y arriver, il faudrait plus de promotion de l'Office du tourisme, pense-t-il.
Les touristes questionnés vendredi par Le Soleil près des plaines d'Abraham étaient tous de passage, qu'ils soient du Danemark, des Pays-Bas ou de l'Ontario. Aucun n'était venu pour le Festival d'été, mais une jeune famille ontarienne a dit apprécier la «vibe» qu'il donnait à la ville.
«Uniformité dans la participation»
Sans vouloir dévoiler le bilan de sa 45e présentation, le Festival d'été constate que ses efforts de programmation portent leurs fruits. Le coordonnateur à la programmation, Louis Bellavance, se réjouit «de voir que la diversité marche, que soir après soir, on a une continuité, une uniformité dans la participation». «On a essayé de balancer ça pour donner un souffle aux festivaliers et essayer d'intéresser plus de gens, parce qu'on vend 150 000 laissez-passer et plus. On veut que ces gens-là viennent plusieurs fois et pas une seule fois», rappelle-t-il.
Le directeur général du FEQ, Daniel Gélinas, estime pour sa part que la météo plus que clémente n'est pas le seul facteur à considérer. «J'ai beaucoup de difficulté à atténuer le travail d'un festival à la météo», dit-il. Celui qui est à la tête du Festival depuis 2002 ne veut pas crier victoire trop rapidement, mais admet que la fidélité du soleil est un «souci de moins» qui rend l'organisation plus «relaxe» et souriante. M. Gélinas garde ses autres impressions pour le bilan préliminaire qui sera présenté lundi.
À la défense de la nostalgie
Lionel Richie, Johnny Hallyday, Bon Jovi, Aerosmith, Jean Leloup, The Offspring. L'affiche des plaines d'Abraham a fait l'objet de railleries cette année, plusieurs se demandant si le Festival d'été était bien en 2012.
Le coordonnateur à la programmation du FEQ, Louis Bellavance, défend cette «présence nostalgique». «Si ça ne marchait pas, si la demande n'était pas là pour ces bands, on en ferait moins. Mais c'est sûr qu'on essaie d'avoir un équilibre là-dedans», indique-t-il.
Il ajoute que les têtes d'affiche actuelles sont plus difficiles à signer en raison de la compétition «extrêmement féroce». «Combien il y a de festivals en juin, juillet, août, de la Scandinavie jusqu'à la Grèce avec l'Amérique du Nord? On court tous après les mêmes 10 artistes here and now, trippants, qui vont nous donner des gros succès de foule», poursuit M. Bellavance.
Il existe une panoplie d'artistes qui mériteraient d'être attirés à Québec, mais tous ne sont pas prêts à monter sur la scène des Plaines, explique-t-il. «On a besoin des valeurs sûres comme Bon Jovi ou The Offspring pour arriver à faire un équilibre», justifie-t-il, en assurant que le Festival n'a pas de «ligne directrice "Restons nostalgiques"».