Il y avait beaucoup, beaucoup de festivaliers qui voulaient voir Patrick Watson à l'oeuvre, mardi. Quand le chanteur s'est informé pour savoir si les fans qui n'avaient pu entrer au Pigeonnier étaient toujours présents dans les rues attenantes, il était impressionnant de voir à quel point ça criait fort... C'est dans la noirceur quasi complète que le chanteur et sa troupe ont amorcé le concert avec Lighthouse. Oeuvrant d'abord de façon feutrée, la troupe y est allée d'un de ces crescendos dont elle a le secret. En quelques minutes, le ton était donné, les festivaliers, gagnés. Watson a choisi de faire la part belle au récent Adventures in Your Own Backyard, insérant néanmoins quelques compositions plus anciennes. Sa Quiet Crowd, pour laquelle le quatuor à cordes l'a accompagné, était magnifique, mais que dire d'Into Giants, amorcée de la manière la plus folk possible, à six autour d'un micro, où le vaste public était tout ouïe, pour ensuite prendre de l'ampleur? C'était une véritable communion.
La connexion était si forte que même si Watson cabotinait entre les titres ou se retrouvait avec des temps morts, rien ne minait la soirée. Morning sheets? Superbe. Adventures in Your Own Backyard? Autre réussite, où l'on savourait les guitares de Simon Angell et les cuivres à saveur sud-américaine. Noisy Sunday? Transcendante à en tirer les larmes, avec sa finale cordes-choeurs. Tout ça servi par une excellente qualité sonore. Et si on ajoute à cela que la voix de fausset unique de Watson errait en apesanteur au parc de la Francophonie - sa scène extérieure favorite -, on comprendra qu'on a vécu des moments magiques, mardi. Premier véritable coup de coeur de ce Festival d'été. Et de loin.
De la moto en première partie
On avait donné carte blanche à Watson pour qu'il sélectionne les artistes qui le précédaient. Avec pas d'casque a eu pour mission d'ouvrir la soirée. La troupe montréalaise, dont l'album Astronomie a été salué par la critique, a fait du bon travail, mais après trois chansons intéressantes, la Randonnée du courage Pat Burns s'est invitée : le défilé de motos sur la Grande Allée est venu miner la folk nuancée de la troupe. Le leader, Stéphane Lafleur, en a visiblement été déconcentré, son chant s'en ressentant. «J'ai l'impression qu'ils tournent en rond», a-t-il lancé, avec raison, devant le bruit incessant... Déplorable.
La formation québéco-suédoise Thus:Owls a pris le relais adroitement. Le démarrage s'est fait avec des titres un peu elliptiques, mais peu à peu les musiciens ont tissé des atmosphères envoûtantes où la chanteuse Erika Angell naviguait avec aisance et où le claviériste François Lafontaine (Karkwa) brillait. Le quatuor à cordes de Patrick Watson les a joints à mi-parcours, le temps d'un moment de grâce.
La troupe Loney, Dear a aussi plu, en particulier en raison du timbre singulier du chanteur Emil Svanängen. La folk des Suédois a été propice à de bons segments, mais comme elle tend à être minimaliste, il suffisait que de petits éléments ne soient pas à leur place - choeurs faux, rythmique brouillonne - pour que les interprétations perdent de leur charme, ce qui s'est produit à quelques reprises.
Mon itinéraire
Direction les Plaines, pour la grande soirée électro qui s'amorce à 17h30, où l'on pourra entendre plusieurs D.J., dont Diplo avec Major Lazer (20h45), et qui culminera avec la performance de Skrillex (22h30). Hâte de voir la faune qui courra ce grand happening, même si je risque d'avoir la tête en bouillie après ce marathon...
Mes suggestions
Il y a deux autres très belles soirées, l'une world à la place D'Youville, avec Sierra Leone's Refugee All Stars (19h30) et Oliver Mtukudzi (21h30), l'autre folk à l'Impérial avec, entre autres, Great Lake Swimmers (21h10) et Dan Mangan (22h30). Enfin, il y a aussi le Tedeschi Trucks Band au parc de la Francophonie (21h30).