Il avait de la compétition, le grand Pierre. Et il en était conscient. «Merci d'avoir boudé Jon Bon Jovi afin d'écouter de la musique francophone», a-t-il lancé devant un parc bien rempli, quoique moins bondé que pour City and Colour, samedi. Il était bien préparé, ce M. Lapointe, «toujours un peu moins saoul que mon presque cousin Éric et moins fou que Jean Leloup», comme il s'est présenté au début du spectacle. Il a juré que lui aussi savait rocker.
Il ne nous a pas menti. Ç'a effectivement rocké, lundi. Après la tournée Seul au piano, les classiques de Lapointe ont reçu un véritable électrochoc. Ici, des bidouillages électros, là des arrangements résolument plus pesants ou des accents qu'on aurait pu entendre dans un western-spaghetti. Diablement efficace, le nouvel habillage offert au Colombarium, à Tous les visages et à Tel un seul homme, notamment.
D'autres pièces favorites du public se sont présentées sous un visage plus familier, n'ayant pas besoin de retouches pour faire concurrence à Jon et sa bande : la grisante Deux par deux rassemblés, la magistrale L'endomètre rebelle ou la toujours efficace Au nom des cieux galvanisés, livrée en rappel. «Elle a été inspirée d'un garçon qui m'a fait découvrir la rue Cartier, juste à côté. C'est donc une chanson qui parle un peu de Québec», a expliqué le musicien.
Bon Jovi s'invite
Entier et créatif, Pierre Lapointe n'a pas l'habitude de faire les choses à moitié. Il l'a encore une fois montré lundi.
Si le chanteur et ses musiciens (Steve Caron, Joseph Marchand, Philippe B, Guido Del Frabbro, Josiane Hébert et Philippe Brault) n'ont eu aucun mal à remplir l'espace sonore quand ils jouaient ensemble, c'était une autre histoire dans les moments plus intimistes. Ainsi, la présentation d'une reprise de Brel a permis d'apprécier un extrait du succès de Bon Jovi I'll Be There For You, qui résonnait juste à côté. L'interprétation piano-voix de la toujours magnifique Pointant le Nord aussi aurait pu bénéficier d'un environnement moins bruyant. Quoi qu'il en soit, l'émotion n'en a pas souffert. «Je peux déjà vous dire que ce moment-là, je l'ai mis dans une petite bulle et quand ça n'ira pas bien dans ma vie, je vais penser à ça», a lancé l'auteur-compositeur-interprète en la terminant.