«Party de carrés rouges au #FEQ, honteux.» C'est ce qu'a noté l'attaché politique Maxime Sauvageau sur son compte Twitter, en y joignant une photo de Luck Mervil en action sur les Plaines.
M. Sauvageau a indiqué vendredi, au Soleil, qu'il s'agissait d'un «commentaire personnel», qui ne représente «pas du tout» l'opinion du cabinet du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs pour lequel il travaille.
«Luck Mervil portait le carré rouge [jeudi] au spectacle d'ouverture du Festival d'été. Et j'ai indiqué sur Twitter que c'était honteux. Mais j'irai pas plus loin dans mes commentaires», a-t-il indiqué. «Mais il faudrait, peut-être, que j'ajoute une ligne indiquant que ce compte Twitter là n'engage que moi seul, et que c'est mon compte personnel», a-t-il ajouté.
«Il y avait un party de carrés rouges? Je ne l'ai pas su, j'y aurais été», a lancé Luck Mervil, avec une pointe de sarcasme, lorsque mis au courant du commentaire.
«Je trouve ça triste pour la démocratie que ça puisse déranger un conseiller politique qu'un citoyen dans une société dite "démocratique" puisse s'exprimer», poursuit le chanteur et animateur.
Pour Luck Mervil, la démocratie commence par «respecter l'autre dans son opinion». C'est pourquoi il dit avoir refusé de chanter un couplet qu'avait modifié le chanteur Cali dans sa pièce 1000 coeurs debout. Le Français lui faisait maintenant dire : «Tu te souviendras de l'enfant québécois qui est sorti dans les rues avec son carré rouge», en plus de s'adresser directement à Jean Charest.
Luck Mervil a jugé que le spectacle Le français d'abord!, célébrant la francophonie, n'était pas le cadre approprié pour traiter du conflit étudiant et que le port du carré rouge, «c'est déjà assez». «J'ai dit à Cali : "Je m'excuse, on ne chantera pas ce bout-là. On va chanter le texte tel qu'il était au départ. Je ne nommerai pas le nom de M. Charest, même si je suis pas d'accord avec lui, je n'irai pas le confronter là. Si je veux le confronter, ce sera sur la place publique, ce sera dans d'autres lieux, mais pas là"», explique M. Mervil.
Ironique
Après avoir discuté avec le metteur en scène du spectacle, Cali aurait convenu d'interpréter la version originale de sa chanson. Il disait comprendre la position de Luck Mervil, à qui il a ensuite demandé un carré rouge pour le porter lui aussi sur la scène.
Luck Mervil trouve tout de même ironique d'essuyer les critiques pour son carré rouge quand «on essaie de faire justement quelque chose par respect».
Il voit dans le commentaire du conseiller politique libéral un lien avec la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, qui avait associé le carré rouge à la violence et à l'intimidation avant de s'excuser, le mois dernier. Les propos de la ministre St-Pierre faisaient suite à la décision du conteur Fred Pellerin de ne pas assister à la cérémonie de l'Ordre national du Québec à laquelle il devait être honoré, disant ressentir un malaise à l'idée de fêter alors que le Québec était plongé dans une «crise sociale d'ampleur».
«La démocratie, ça ne vient pas excuser la violence, les prises de position qui sont irrespectueuses. C'est justement une des raisons pour lesquelles j'ai dit non à Cali, parce qu'au nom de la démocratie, on n'a pas le droit de faire tout et n'importe quoi», conclut Luck Mervil.
Pas d'ingérence, dit le FEQ
L'organisation du Festival d'été de Québec (FEQ) dit n'avoir adopté aucune position particulière sur le port du carré rouge par les artistes invités. «Nous, on est là pour faire un show et on fait notre show. Les gens font ce qu'ils veulent», a indiqué vendredi le directeur général du FEQ, Daniel Gélinas.
«L'expression artistique sur une scène, il y a-tu quelque chose de plus précieux que ça?» soulève-t-il. Par ailleurs, Daniel Gélinas considère que Luck Mervil a pris la bonne décision en disant au chanteur français Cali que les références au conflit étudiant ne se prêtaient pas au contexte du spectacle Le français d'abord! «On faisait un hommage à la francophonie. Si chaque pays avait exprimé une opinion politique sur son pays, on n'aurait pas sorti de l'auberge de bonne heure», estime M. Gélinas.