«J'ai eu beaucoup de chance parce que ma musique a été accueillie à bras ouverts, lance-t-elle. Et ça, ça fait du bien. Ça fait chaud au coeur. J'espère que le public sera au rendez-vous parce que c'est là qu'on rencontre vraiment les gens et qu'on partage avec eux.»
Dans la dernière année, cette Malienne d'origine a fait beaucoup parler d'elle. Son tube French cancan l'a menée jusqu'aux Victoires de la musique. En annonçant sa présence au Festival d'été, le coordonnateur à la programmation, Louis Bellavance, l'a d'ailleurs citée parmi les artistes à découvrir. «Sur scène, c'est super intéressant, c'est du bonbon!» a-t-il décrit.
«C'est vrai qu'on s'éclate vraiment», a confirmé la principale intéressée, jointe en France il y a quelques semaines. «On donne tout ce qu'on a et on essaie vraiment d'amener les gens avec nous, de les faire voyager entre des émotions différentes en fonction des chansons, ajoute-t-elle. C'est un spectacle qui est très vivant. Dans mon groupe, chaque personne a une bonne place et s'exprime vraiment.»
En 2011, la belle chanteuse - elle est aussi mannequin - a lancé un deuxième album, Love Revolution, sur lequel elle a laissé aller sa plume en français et en anglais. Une dualité qui s'impose tout naturellement pour cette fille de diplomate. «J'ai grandi en parlant anglais et français. Et c'est même l'anglais qui s'est imposé d'abord. Mon père est malien et ma mère vient de la Guinée. Mes parents nous parlaient français à la maison. Du coup, dans mes conversations avec mes frères et mes soeurs, on peut mélanger l'anglais, le français et le bambara dans une même phrase!»
«Une belle histoire»
Les débuts musicaux d'Inna Modja (qui signifie «mauvaise fille» en peul) ne sont pas banals. Adolescente, elle était voisine de Salif Keïta et elle a pris son courage à deux mains pour solliciter l'aide du célèbre musicien.
«Je me suis motivée pendant plusieurs semaines en me disant : "Il faut que j'y aille, il faut que j'y aille." J'y suis allée au culot. J'ai préparé une cassette, j'ai écrit un texte et je suis allée frapper à sa porte. Il m'a accueillie et m'a fait entrer au Rail Band de Bamako», raconte l'auteure-compositrice-interprète, qui s'est installée à Paris à
18 ans. Elle a toutefois revu son mentor au moment de lancer son premier album. «Il était très fier de mon parcours, entre la petite fille de Bamako et l'artiste que je suis devenue et qui n'a jamais rien lâché, relate-t-elle. Pour moi, ç'a été un accomplissement en quelque part. Je pense que j'ai encore beaucoup de choses à faire, mais c'est le début d'une belle histoire.»
Engagée
Si c'est davantage le côté pétillant d'Inna Modja qui transparaît dans ses extraits radio et ses vidéoclips, l'auteure-compositrice-interprète sait aussi se faire introspective et engagée. Celle qui chante I Am Smiling est la marraine française de l'organisme Tostan, qui travaille à l'amélioration de la condition de femmes en Afrique. Une cause particulièrement chère au coeur d'Inna Modja : excisée lorsqu'elle était enfant, la jeune femme a pu bénéficier d'une chirurgie réparatrice.
Elle dit avoir été touchée par l'implication de son médecin, qui offre gratuitement ses services en Afrique et qui s'est battu pour que la sécurité sociale en France couvre ce type d'intervention. «Si un homme qui n'est même pas Africain s'investit comme ça pour nous aider, je me suis demandé ce que je pouvais faire à mon échelle», explique-t-elle.
L'artiste se fait aussi plus grave lorsqu'elle aborde la situation qui règne actuellement au Mali, où vivent toujours ses parents. D'un côté, elle savoure ses retours à la terre qui l'a vue grandir. «J'y retourne une ou deux fois par an. Ça me fait beaucoup de bien d'aller au Mali et de vivre ma vie de Bamakoise. Ça me ressource, ça me garde les pieds sur terre», confie-t-elle, ajoutant être inquiète de la crise qui secoue le pays.
«Ça ne se passe pas bien, observe-t-elle. Pendant plusieurs semaines, ma famille devait rester à la maison parce qu'il y avait des tirs dans la rue. Il y a eu un coup d'État. C'est assez traumatisant pour un pays.»
Ces tensions ajoutent une touchante perspective au titre For My Land, déclaration d'amour qu'elle fait au Mali sur l'album Love Revolution. «En concert, c'est beaucoup d'émotions», résume-t-elle.
Vous voulez y aller?
Qui : Inna Modja
Quand : mardi à 21h30
Où : place D'Youville
Accès : gratuit, laissez-passer suggéré
Info : www.infofestival.com