«La programmation, ce n'est pas un power trip, lance M. Bellavance. Je n'arrive pas en disant : "Je tripe sur cet artiste-là." Il y a des contraintes, des engagements d'entreprise, une vision qu'on me communique et que je vais m'appliquer à mettre en oeuvre. Mais c'est sûr que sur 200 spectacles, il va y avoir une couleur qui va venir de moi.»
Voilà un mois que Louis Bellavance est en poste. Il s'est déniché un appartement à Québec et, s'il n'y vit pas à temps plein, il s'attend à l'occuper de plus en plus. Lorsqu'il n'est pas en ville, il est du côté de la métropole, où il peut tout autant brasser des affaires.
Gestionnaire et programmateur
Originaire du Bas-du-Fleuve, M. Bellavance s'est chargé de la programmation du Festi jazz de Rimouski pendant trois ans, puis a oeuvré à Nuits d'Afrique, au Festival de jazz de Montréal, aux FrancoFolies, de même qu'à evenko. Outre cette expérience, ce qui intéressait le directeur général du FEQ, Daniel Gélinas, c'est que l'homme de 39 ans est titulaire d'un bac en administration.
«Notre défi, à nous, c'était de trouver quelqu'un qui a des capacités en gestion et des capacités en programmation, souligne-t-il. [...] Louis a ce bagage génétique là.»
Malgré l'arrivée de son protégé, Daniel Gélinas conservera le titre de directeur de la programmation par intérim durant un an. Les deux parties se donnent une année d'essai, après quoi, si ça fonctionne bien, Bellavance aura droit au titre officiel.
Comme tout bon programmateur, le nouveau venu a des artistes favoris. Wilco, Bob Dylan, Vincent Vallières, Kings of Leon et Malajube en font partie. Il souligne toutefois qu'il n'a aucun problème à mettre à l'affiche des musiciens qu'il aime peu ou pas. Il a développé une approche particulière dont le but ultime est de proposer aux festivaliers quelque chose d'équilibré. «Je commence par travailler une grille où l'on ne met pas de noms, mais des fonctions à chacune des soirées. Donc, j'essaie de mettre une déclinaison artistique pour m'assurer de couvrir tout ce que l'on veut couvrir.»
M. Bellavance dit avoir aisément refait les ponts avec les agences de spectacles internationales. Depuis son arrivée, il a noté que ce sont les grands patrons de ces sociétés, plutôt que les employés, qui lui passent des coups de fil, tellement le nom du Festival d'été serait désormais bien connu dans le circuit...
Deux alliés
Pour mener à bien ses tâches, Louis Bellavance compte sur deux alliés. Serge Grimaux, de la firme Intellitix, responsable du système de bracelet à puce du Festival, agit à titre de conseiller sur le plan international. Arnaud Cordier, qui travaille au Petit Champlain, se charge pour sa part de mettre des artistes à l'affiche à l'Impérial, mais peut également le faire du côté de place D'Youville et du parc de la Francophonie.
En joignant le Festival d'été, Louis Bellavance n'a pas laissé de côté certains boulots qui lui sont chers. Il demeure programmateur pour la chaîne de musique continue Galaxie, ce lui permet de voir de près les nouveautés musicales, et il continue d'agir à titre de gérant des Respectables. À ceux qui craignent un conflit d'intérêts, il répond que le groupe ne sera pas à l'affiche du prochain Festival. Cette fonction, il la remplit par amitié, car la formation est dans une phase de transition...
En succédant à Dominique Goulet, limogée au lendemain du plus récent Festival d'été, ainsi qu'à Jean Beauchesne, qui a perdu son emploi en 2009, Louis Bellavance devient le troisième directeur de la programmation de l'événement en trois ans. Se sent-il sur un siège éjectable?
«J'ai une bonne tolérance à l'insécurité dans le sens que si ça ne fonctionne pas, je ne veux pas rester ici cinq minutes. Je me suis promené beaucoup dans ma vie, et c'est peut-être la seule faiblesse dans mon C.V. : je suis un gars d'opportunité. [...] Si tout le monde est content, on est là pour la vie. Et si ça ne fonctionne pas, être éjecté, c'est la meilleure affaire qui peut m'arriver!»