Après deux années costaudes, qui ont vu les Metallica, Elton John, Black Eyed Peas et autres Rammstein défiler sur les plaines d'Abraham, le Festival d'été de Québec (FEQ) a acquis un rayonnement international qui lui permet de consolider sa réputation auprès des grandes agences de spectacles avec lesquelles il traite.
«Je ne suis pas le genre à dire : "Nous, on peut faire n'importe qui", déclare M. Gélinas. Je ne veux pas qu'on soit comme ça. [...] Mais sans se vanter, on sait que le Festival, maintenant, fait partie du circuit des grands événements musicaux. Et s'il y a un band qui décide que cette année, il fait 10 grands festivals en Amérique du Nord, on va certainement être parmi ceux-là.»
Alors qu'à une certaine période les programmateurs nous disaient d'oublier des noms comme Bruce Springsteen, jugé inaccessible, on se fait aujourd'hui nuancé, précisant que les artistes doivent cadrer avec les installations du Festival. Autrement dit, une scène à 360 degrés, à la manière de celle de U2, est impensable.
M. Gélinas et son équipe dressent un bilan très positif de la cuvée 2011. Il faut dire que les chiffres parlent avec éloquence. Pour la foule de Metallica, on parle de 120 000 personnes, assurément le meilleur score de l'événement - rappelons que Paul McCartney était un spectacle à part, à l'occasion des Fêtes du 400e. Quant aux laissez-passer, les 150 000 unités ont trouvé preneurs en huit jours. En dépit de la grande popularité des macarons et des bracelets, le FEQ n'a pas encore pris de décision à savoir si une quantité supplémentaire serait mise en vente ou non pour 2012.
Le dg s'est par ailleurs réjoui de la popularité des spectacles sur les Plaines, en particulier du côté du contenu francophone. Selon lui, le fait que les chanteurs d'ici se retrouvent sur les mêmes planches que des vedettes internationales les mène à se dépasser.
«Il n'y a pas eu de désaffection par rapport au contenu francophone. Ce que je trouve intéressant, c'est que les artistes québécois, quand on les a invités, savaient qu'ils avaient à livrer une performance pas nécessairement plus importante qu'ils font ailleurs, mais bonifiée.»
Autre constat : The Black Keys, un groupe de l'heure, a été une découverte pour plusieurs. M. Gélinas et la directrice de la programmation, Dominique Goulet, s'entendent tous les deux pour dire que la présence du duo place le FEQ dans le coup des grands événements internationaux qui suivent les tendances. Mme Goulet souligne toutefois que le créneau de l'indie rock n'est pas évident à programmer, surtout que les ventes de disques ne sont pas un baromètre précis de la popularité des artistes, téléchargements illégaux obligent. Un promoteur lui avait même dit qu'elle allait se «péter la gueule» en mettant les Keys sur les Plaines.
«Est-ce qu'un groupe comme My Morning Jacket pourrait se faire [sur les Plaines], je ne suis pas sûre encore. Peut-être qu'un jumelage de deux noms pourrait être bien, mais encore là, tu ne multiplies pas nécessairement ton public par deux. Mais c'est sûr que c'est un créneau à exploiter.»
Au terme de la conférence de presse-bilan de lundi, on comprenait que, même s'il y a des améliorations à faire ici et là, le Festival d'été tient une formule gagnante, qu'on veut peaufiner, plutôt que transformer.
Pas question de différents prix de laissez-passer, ni d'ajouter de salles supplémentaires, à moins qu'elles n'aient des missions bien définies. Même les spectacles concepts, sur lesquels avait misé le FEQ à une certaine époque, sont plus ou moins tentants pour Daniel Gélinas : il préfère quelque chose de bien rodé ou orchestré, à la base, par les artistes.
«Il va toujours y avoir des améliorations, conclut le dg. On fait toujours des analyses à chaque année. On se penche sur ce qu'on a fait, on regarde ce qui s'est passé, alors c'est un work in progress.»
Le cas U2
Un éventuel passage de U2 à Québec en fait rêver plus d'un. Or contrairement à l'information qui a circulé ces derniers jours, aucune personne de l'entourage du groupe ne serait venue en ville, le soir du concert d'Elton John, afin de faire du repérage, selon le Festival d'été.
«Je n'ai jamais entendu parler de ça, assure le directeur général, Daniel Gélinas. Je n'ai rencontré personne; personne n'est venu me voir, Patrick [Martin, le directeur de production] non plus. Ce n'est pas vrai, je pense, cette affaire-là.»
La porte-parole du Festival d'été, Luci Tremblay, se fait encore plus tranchante : «Ce n'est absolument pas vrai. Je ne sais pas d'où ça sort.»
Mais la question qui demeure sur les lèvres de tous est : est-ce que le Festival d'été pourrait se payer Bono et sa bande? Daniel Gélinas répond : «Probablement pas. Pas dans cette forme-là, en tout cas, avec la scène en forme de pieuvre».
Matière à nuits blanches
La fournée 2011 du Festival d'été a donné des sueurs froides à la directrice de la programmation, Dominique Goulet. Deux des trois spectacles les plus courus ne se sont décidés qu'à la dernière minute. Le concert d'Avenged Sevenfold, le 14 juillet, n'a été programmé qu'au début juin.
«J'ai dit : "Enfin tabarnouche!" Parce que plus tu attends, plus tu te demandes s'il va rester autre chose, car tous les festivals sont en train de programmer leurs artistes et les artistes ont leur agenda bien rempli.»
La confirmation pour Metallica est arrivée assez tardivement aussi. Après une visite à l'agence de booking, à l'automne, celui qui s'occupe du quatuor a invité Mme Goulet à lui faire une offre. Puis, le temps a passé. Longuement, notamment parce qu'on espérait pouvoir programmer dans d'autres villes, semble-t-il.
«Finalement, ils m'ont rappelée juste à la mi-mars!»