Au diable l'humidité et le ciel menaçant, c'est la dernière chance de s'éclater. C'est que semblait se dire le public de Fersen, dimanche. L'auteur-compositeur-interprète préparait un feu roulant de chansons valsant habilement entre le folk, le rock, la pop et la chanson française, avec ce parfum de légèreté qui tranche avec sa bouille plutôt stoïque. Le remède idéal pour une soirée au ciel chargé, quoi.
En faisant fi de quelques retours de son, Fersen a présenté son plus récent matériel, de l'album Je suis au paradis, mais a aussi pigé allégrement dans ses anciennes galettes, notamment Trois petits tours, Pièce montée des grands jours ou Qu4tre.
C'était un public clairement heureux, gonflé à bloc comme il le répète dans sa chanson Punaise, qui l'a acclamé généreusement. Du lot de chansons proposées, ce sont les plus festives comme la nouvelle La chauve-souris et Saint Jean du Doigt qui lui ont valu le plus de réactions dans la foule, hyper attentive cela dit.
Diane de Poitiers a donné un moment unique, pendant lequel la foule a pris la relève de Fersen pour chanter pendant tout près d'une minute. La suite était tout aussi réussie, lorsque reprise par le chanteur et ses quatre musiciens - dont une violoniste mystique dans sa longue robe noire et un énergique accordéoniste.
Autant les plus rythmées étaient prétexte à danser, autant les plus graves et théâtrales comme J'suis mort ont été l'occasion d'entendre l'enthousiasme du public.
Orage
Alors que des éclairs lézardaient le ciel et que le vent se levait, Fersen continuait à balancer ses chansons, dont les partitions avaient même prévu une place pour le tonnerre. Quelle scène surréaliste et agréable que de voir les courageux spectateurs (à moitié moins qu'au début) se déhancher et lever les bras sous les «Je jouis, je jouis, je jouis» de la chanson Félix.
«Et si on allait se coucher maintenant?» a proposé Fersen. Que non, ont rétorqué les festivaliers tout trempés. Ils étaient au paradis, après tout.
Une scène toute aussi belle s'était déroulée un peu plus tôt, au parc de la Francophonie. Un tas de trentenaires, avec leur enfant sur les épaules, vibraient au son d'un des groupes rock les plus accomplis au Québec : Galaxie.
Olivier Langevin, Martin Léon et le reste de la bande ont bien montré pourquoi ils sont en lice pour le prochain prix Polaris. Les valeureux rockeurs ont distillé chacune de leurs chansons avec une énergie à tout rompre, un doigté inspiré.
On aurait aimé que l'endroit pourtant bien rempli devienne un «dancefloor maléfique» comme le suggère leur efficace Piste 01. On s'est contenté d'hochements de tête bien francs.
La fièvre (mélangée à la latine Mambo No. 5), Big Bang et Bateau, ont rappelé qu'il n'y avait pas que leur dernier qui baigne dans la rock attitude.
Et que dire de la nouvelle Camouflar, avec sa touche électro qui venait s'ajouter aux guitares bien envoyées de Langevin et l'attitude des deux choristes.