La place de la chanson francophone sur les différentes scènes a fait couler beaucoup d'encre dans les dernières années. Même si l'organisation jure qu'il n'y a pas eu de cause à effet dans sa dernière programmation, il appert que les récriminations ne soient pas tombées dans l'oreille d'un sourd.
Au premier coup d'oeil, la langue de Molière semblait mieux représentée cette année. Quatre fois les Plaines en 11 jours, c'est toujours bien peu diront certains. N'en déplaise à ces derniers, cela semble constituer un bon équilibre, à condition de le maintenir ou de l'améliorer. Il serait toujours possible de programmer une foule d'artistes de la francophonie sur la grande scène, mais encore faut-il qu'ils arrivent à trouver leur public.
La bonne nouvelle, c'est que l'intérêt démontré pour les Marie-Mai, Jean-Pierre Ferland et Éric Lapointe prouve que les artistes d'ici n'ont pas à rougir devant les stars internationales. Autre bonne nouvelle, Paris-Québec sous les étoiles a mieux fait que l'année d'avant; moins guindé, casting plus relevé. Il ne reste plus qu'à beurrer moins épais sur la plogue et la recette pourrait devenir gagnante.
Le parc de la Francophonie a lui aussi réservé de belles surprises, ne serait-ce qu'avec les Douze hommes rapaillés, transplantés pour la première fois dans un cadre naturel. Grand Corps Malade et DJ Champion ont été d'autres belles prises, et lors des journées plus faibles, on pouvait toujours se tourner vers la valeur sûre qu'est la place D'Youville.
Par ailleurs, le Festival d'été est devenu cette année un brillant exemple de grand événement qui a su prendre le virage numérique. L'organisation avait déjà pris le taureau 2.0 par les cornes dans les deux dernières années, avant que ça ne devienne la norme. C'était élémentaire et maladroit (on se rappelle les tweets futiles qui défilaient sur les écrans de la scène Bell).
Mais cette année, l'audace a été poussée plus loin, en utilisant les réseaux sociaux pour accompagner et conseiller les courageux qui souhaitaient mettre la main sur des laissez-passer ou en présentant différents points de presse sur le site de diffusion live Ustream, ce qui, mine de rien, a attiré plus de 2000 curieux par moments.
Non seulement sa présence régulière sur Facebook et Twitter lui a permis de gérer (et soigner) son image, mais elle est devenue une «tour de contrôle» de ses différents sites. La journée Metallica l'a bien prouvé, alors que les organisateurs ont tout de suite réagi aux rumeurs qui s'emballaient sur les médias sociaux à propos d'un accès au site devancé. La prochaine étape viendra peut-être de l'équipe de sécurité et des policiers, qui pourraient y glaner de précieuses informations. Comme ces brèches relayées sur Twitter, qui permettaient d'entrer sur les Plaines pendant Metallica.
Occupation limite
Les projections vidéos à la place D'Youville remportent la palme de l'irritant devenu running gag sur les réseaux sociaux. Celles qui défilaient pendant la prestation de Wanda Jackson resteront pour moi les plus atroces, alors qu'on croyait parfois se promener dans des intestins phosphorescents...
Puis, il fallait s'y attendre, le festival s'est encore attiré les foudres de spectateurs refoulés dans la zone écran lors des spectacles d'Elton John et de Metallica. Il sera intéressant de voir quelles leçons seront tirées de l'occupation «limite» des Plaines pendant le spectacle du groupe américain. Il le sera tout autant de connaître le nombre de billets journaliers vendus en dehors des deux samedis. L'idée déjà soulevée de racheter les laissez-passer inutilisés par les festivaliers mérite d'être considérée pour régler une partie du casse-tête.
À pareille date l'an dernier, le Festival d'été avait beaucoup à faire pour conserver son titre de grand événement à succès. À la lumière des 11 derniers jours, on est soudainement moins inquiets pour l'avenir.
Coups de coeur
> Douze hommes rapaillés
À eux seuls, les porte-voix du poète Gaston Miron ont mis la barre très haute pour le contenu francophone de l'an prochain. Une oeuvre subtile, complète, sublime, qui repose sur la complicité de douze auteurs-compositeurs d'exception. Unique, aussi, parce qu'il s'agissait de sa première représentation extérieure.
> Champion et ses G-Strings
DJ Champion, alias Maxime Morin, nous a donné l'un de ces rares moments d'émotion qui ne se commandent pas, de retour après avoir vaincu un cancer du sang. De puissants beats électroniques porteurs de bonheur, appuyés par des guitaristes hors pair.
> Marie-Mai
La chanteuse de 27 ans a prouvé que la pop a aussi sa place au festival. Et qu'elle ne doit pas être nécessairement chantée par une Lady Gaga ou une Rihanna. Pour la performance
de haut niveau, le bon divertissement et la sincérité.
Coup de gueule
> Éric Lapointe
Le rockeur (photo) n'a pas été mauvais, mais il a trop voulu en donner. Prestation trop longue (29 chansons), orchestration mal dosée, section de cuivres sous-utilisée. Meilleure chance la prochaine fois.