Jamais, pas même aux Black Eyed Peas l'an dernier, le Festival d'été n'a attiré autant de monde qu'hier, à Metallica. A-t-on battu le record de Paul McCartney, en 2008? Faudra comparer les clichés aériens pour tirer des conclusions. Toujours est-il qu'il y avait des fans à perte de vue. Mêmes les collines, rarement remplies, scintillaient de macarons lumineux. Voilà qui donne une idée de l'incroyable file d'attente qu'il y a pu avoir à l'entrée principale avant que les festivaliers puissent accéder au site. On a d'ailleurs décidé de devancer l'ouverture des portes, prévue pour 18h, à 17h15. Sous le soleil de plomb, ils étaient plusieurs à être incommodés et à afficher des malaises et ça s'est poursuivi tout au long de la soirée. Du moins au pied de la tente médias, où nous nous trouvions...
Est-ce que l'attente en valait le coup? Disons que, lorsque le traditionnel The Ectasy of Gold s'est mis à tourner, en introduction, la fatigue a disparu de presque tous les visages pour faire place à des sourires et à des poings levés. Metallica a réservé une place de choix aux titres de Ride The Lightning, ouvrant avec Creeping Death. Devant la mer de monde, le chanteur et guitariste James Hetfield était tout sourire.
«Ça fait longtemps qu'on nous parle de ce festival, a-t-il déclaré. Il n'y a pas beaucoup de mots qui décrivent le sentiment que ça représente d'être ici, devant des gens qui aiment la musique et en ont besoin dans leur vie. Nous sommes heureux d'être là !»
Au-delà de la mer de monde en parfaite communion avec le groupe de trash métal, ce qui frappait d'abord était ce mur sonore. Ça sonnait, mes amis. Fort et bien. Et ça s'est même amélioré au fur et à mesure que le concert progressait. Ride The Lightning, véritable monstre de synchronicité, a été une grande réussite, tout comme Welcome Home (Sanitarium), dont on goûtait les nuances et l'interaction des guitares.
Metallica avait mis toute la gomme pour ravir les fans. Une imposante scène sur deux niveaux, ainsi que des passerelles s'étendant de chaque côté, sous les écrans géants, permettaient aux musiciens de bien occuper l'espace et être près du public. À cela s'ajoutait une spectaculaire pyrotechnie, dont on a eu un avant-goût dans Fuel, mais qu'on a savouré pleinement dans One, assurément l'un des titres les plus réussis de la soirée. Les gars avaient même prévu les désormais incontournables ballons noirs géants pour la fin du show !
«Vous vous sentez bien ? On va vous faire sentir encore mieux», promis Hetfield.
Lui et ses compères ont tenu paroles. À ses côtés, Kirk Hammett était inspiré, servant plusieurs de ses envolées étourdissantes à la six cordes. Robert Trujillo n'était pas en reste sur son instrument, nous servant un solo de basse de son cru au terme de Sad But True. Quant à Lars Ulrich, il était également en bonne forme, quoi qu'en dise ses détracteurs. Les plus exigeants reprocheront à Hetfield son chant un peu imprécis sur Fade To Black, mais ne peuvent se plaindre de quoi que ce soit d'autres : les gars étaient impeccables. Au moment d'aller sous presse entamait une Enter Sandman pour le moins prometteuse. Ça sonnait comme une tonne de briques...
Ainsi, le rêve est donc devenu réalité. Les mordus de Québec, qui souhaitaient tant voir Metallica sur les Plaines, ont eu droit à un happening qu'ils ne sont pas près d'oublier. Désormais, il y aura un «avant» et un «après» Metallica sur les Plaines.
Joe Satriani
Joe Satriani, l'ancien prof de guitare de Kirk Hammett, était sur les planches un peu plus tôt avec son rock instrumental. Entouré du fidèle Jeff Campitelli (batterie), d'Allen Whitman (basse) et de Mike Keneally (batterie), il a dépoussiéré plusieurs de ses classiques, dont Ice 9 pour... briser la glace. Ses prouesses à la six cordes ont aisément fait mouche. Pas sûr, pourtant, qu'il ait donné son meilleur show.
Rien à redire sur sa performance, il reste un technicien hors pair et son groupe était très synchro. C'est davantage au chapitre des pièces choisies qu'on avait des réserves. Pour une éblouissante Satch Boogie, leçon de tapping incluse, on avait droit à une discutable Light Years Away; pour une Super Colossal mordante, on avait une inégale Why... Ceci instaurait de petites baisses de régime. Ça s'est replacé en fin de parcours : son Crowd Chant a tenu ses promesses en faisant chanter les Plaines en choeur, tandis que son incontournable hit Summer Song a fermé cette portion du programme de façon impeccable.
Dance Laury Dance
En début de soirée, c'est la formation de Québec Dance Laury Dance qui s'est présentée avec son rock lourd et décapant. Les gars affichaient un air frondeur et ne paraissait nullement intimidés par l'imposante foule, savourant les applaudissements avant même qu'une note n'ait été jouée. Ils semblaient être déjà en pleine possession de leurs moyens. Et de fait, quand ils se sont lancés dans Death Train, leur musique qui peut évoquer AC/DC ou Motörhead carburait à plein régime. Max Lemire s'est adressé à ses «motherfuckers» - «maman baiseurs» en version française , leur demandant s'il y en avait parmi la foule qui aimaient «fumer du crack en faisant l'amour à des prostituées». Non, on ne faisait pas dans la dentelle. On était pleinement dans le sex, drugs & rock'n'roll, servi avec attitude et énergie. Le tout a culminé avec une apparition de Steve Hill sur Burning Hot. Qu'on aime ou pas la finesse de son matériel, on ne peut le nier, le quintette s'en est vraiment bien tiré. Et à en juger le chaleureux accueil de la foule, il a élargi son bassin de fans...