Quand Mme LeBel et M. Taillon ont lu Le Soleil, jeudi, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Théo Coude, qu'ils croisaient sur une base quotidienne en s'arrêtant à leur petite épicerie de quartier de Kinshasa, en République démocratique du Congo, était à la une de la section des arts. Ce Théo qui s'était installé dans le stationnement du commerce et qui confectionnait de petits objets à partir de matières recyclées, comme la moto miniature que Mme LeBel a offerte à son fils, se produisait sur une scène du Festival d'été!
«En voyant sa photo dans le journal, le coeur m'a fait quatre tours, raconte Mme LeBel. Nous avons côtoyé cette personne pendant deux ans et si quelqu'un m'avait dit que je la reverrais, je ne l'aurais jamais cru!»
Entre 2003 et 2005, M. Taillon était représentant d'Oxfam-Québec à Kinshasa, tandis que Mme LeBel était coordonnatrice du projet des enfants des rues, dans la même ville. Le couple, qui travaille désormais au ministère du Revenu, a fait appel au Soleil ainsi qu'à un autre contact dans l'espoir de renouer avec Théo, de même qu'avec Coco, qu'il avait aussi croisé à l'époque. Les Africains se sont souvenus de ces Québécois, et tout le monde a pu échanger à l'arrière de la scène, place D'Youville. Moment touchant, s'il en est.
«Nous n'avions pas nécessairement de longues conversations, mais c'était toujours très cordial. Je savais que Théo avait une épouse et qu'il y avait eu de la maladie dans sa famille. Quand on sait qu'ils passent leurs journées dans les rues, on sait qu'ils ne vivent pas riches...»
Mme LeBel raconte qu'en s'installant dans le stationnement de l'épicerie, Théo pouvait espérer que les clients lui laissent un peu de nourriture, de l'argent ou achètent les objets qu'il confectionnait. Elle ignorait, cependant, qu'il était un musicien et qu'il était en train de vivre un véritable conte de fées depuis la parution de l'album Très très fort et du documentaire Benda Bilili, qui ont fait de Staff Benda Bilili un groupe très prisé autour du globe. Ce conte de fées a connu un autre chapitre, hier, à Québec...
«C'est un petit bonheur de voir ça, car c'est la minorité de ces gens qui s'en sortent. C'est encore l'anarchie là-bas : environ 80 % de la population ne travaille pas...»