Dans The Impossible, présentée lundi en première mondiale au Festival du film de Toronto, le réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona (L'orphelinat) raconte cette incroyable et véridique histoire de survie. C'est assez efficace, parfois troublant, mais ça donne pas mal dans la guimauve lacrymale.
Débarqués à Khao Lak, en Thaïlande, pour la période des Fête, Maria (Naomi Watts), Henry (Ewan McGregor) et leurs trois gamins n'auraient jamais cru que leur séjour dans ce décor enchanteur s'apprêtait à basculer dans l'horreur. Au lendemain de Noël, une vague d'une dizaine de mètres que personne n'a vu venir balaye leur village vacances et tout le littoral.
La mère, grièvement blessée, et l'aîné (excellent Tom Holland) réussissent à s'accrocher à un arbre, dans les eaux boueuses et tourbillonnantes. Les autres membres de la famille, on ne sait trop par quel miracle, s'en sortent également. Sauf que les deux premiers ne connaissent pas le sort des trois autres, tout cela dans une ambiance de fin du monde où chacun cherche ses proches, dans les décombres et les corridors surpeuplés des hôpitaux.
Cette histoire de retrouvailles familiales, ponctuée de beaux élans de solidarité, aurait gagné à se faire moins hollywoodien. La dernière demi-heure verse carrément dans le tire-larmes, avec d'interminables lamentations de violons. En matière de consommation d'alcool et au cinéma, on ne le répétera jamais assez, la modération a bien meilleur goût.
Un mot sur la reconstitution du tsunami. On sait qu'il s'en vient. On l'attend. On l'appréhende. Et on le vit par procuration, merci mon dieu, bien calé dans son fauteuil. La séquence dépasse en intensité celle vécue par Cécile de France dans Hereafter (Au-delà), de Clint Eastwood. Encore plus impressionnant de découvrir que Bayona a reproduit ce moment ultrapercutant sans presque aucun effet numérique. Chapeau.
La sortie nord-américaine de The Impossible est prévue pour le 21 décembre.
La double vie d'un tueur
Autre histoire vécue dans The Iceman - décidément, on se demande ce que le cinéma ferait sans la triste réalité -, du réalisateur israélien Ariel Vromen qui s'amuse à aller jouer dans les platebandes de Scorsese, façon Les affranchis.
De la violence au programme, donc. Beaucoup de violence. Un peu normal, The Iceman raconte l'histoire d'un tueur à gages à la feuille de route bien garnie, Richard Kuklinski (Michael Shannon).
Avant sa mort, en prison, en 2006, ce spécialiste de la sale besogne avait estimé à une centaine le nombre de ses victimes, sur une période de 40 ans. La police parle plutôt du double. Cent morts de plus ou de moins, peu importe, retenons seulement que le type tuait du prochain aussi machinalement que le jardinier plante des fleurs.
Déjà que la vie de Kuklinski n'était pas banale, elle l'est davantage quand on apprend que sa femme (Winona Ryder) et ses deux filles ne savaient rien de ses activités. Le tueur menait une vie exemplaire, dans son bungalow de banlieue du New Jersey, était un père aimant, un bon mari, envoyait sa progéniture à l'école privée catholique. À ranger dans la grande filière «C'est fou comme on ne connaît jamais vraiment quelqu'un».
Celui qui tue du matin au soir doit s'attendre, c'est bien évident, à voir d'autres filous vouloir lui faire la peau. En l'occurrence, un chef de la pègre new-yorkaise, habitué lui aussi à voir couler le sang, et qui veut se venger d'une sale affaire. Un personnage incarné par Ray Liotta, qui semble né pour jouer le truand, encore et toujours.
Vromen ne pouvait trouver meilleur acteur que Michael Shannon pour incarner ce «Iceman» au sang plus que froid. Depuis quelques années, on s'arrache ce grand gaillard, révélé en 2008 dans Revolutionary Road, de Sam Mendes, rôle qui lui avait permis de décrocher une nomination à l'Oscar du meilleur acteur de soutien.
Vu son talent, ce n'est qu'une question de temps avant qu'il en gagne un.