L'étoile montante hollywoodienne, Joseph Gordon-Levitt (méconnaissable sous son maquillage et ses prothèses), semble nourrir une prédilection pour les films au scénario alambiqué mais intelligent. Souvenez-vous d'Inception, de Christopher Nolan, qui demandait un visionnement et un autre, histoire d'être sûr d'avoir tout compris. Looper (à l'affiche le 28 septembre) ne donne pas non plus dans la facilité, grand bien nous fasse à notre époque de cinéma prémâché.
Gordon-Levitt incarne Joe Simmons, un tueur à gages (un looper), le meilleur de sa profession, qui abat sa sale besogne dans le Kansas de 2044. À une heure précise, dans un champ, un témoin gênant envoyé du passé par le crime organisé apparaît devant lui comme par magie. Il doit l'abattre sur-le-champ, avant de faire disparaître le cadavre. Ni vu ni connu.
La business roule rondement pour l'ami Joe. Les lingots d'argent s'accumulent dans sa cachette. Jusqu'au jour où - c'est ici que ça devient intéressant et aussi diablement mêlant pour l'habitué de Virginie - se pointe devant son fusil himself en personne, mais le Joe de 2077 (Bruce Willis). Qui lui filera entre les doigts. Le Joe de 2044 devra retrouver son clone du futur avant que celui-ci ne chamboule le créneau espace-temps, ce qui n'est jamais une bonne nouvelle pour la suite du monde, parlez-en à Doc dans Retour vers le futur.
Car ce Joe venu de l'avenir a un plan en tête : tuer le vilain encore petit (un Rainmaker) avant qu'il abatte sa femme adorée. On résume : le Joe du passé doit empêcher son clone du futur de tuer un gamin qui n'a encore rien fait de mal, mais qui va le faire, c'est écrit, destinée oblige, tout cela alors qu'un autre vilain lui court après dans un présent qui est en fait le futur. Vous êtes toujours là?
Toute ressemblance avec Retour vers le futur, version criminelle bien sûr, mais aussi Douze singes et Terminator, est pure coïncidence, n'empêche, impossible de ne pas y penser pendant deux heures.
Tout cela est raconté d'une manière fort stylisée - on pense aussi à Blade Runner pour l'ambiance futuriste nocturne, sans la pluie continuelle toutefois - par un Rian Johnson qui prend un malin plaisir à se jouer d'un thème frivole, avec toutes les incongruités qui viennent avec. Dommage que la dernière demi-heure s'étire, avec un Bruce Willis se transformant en émule de Jason Statham, avec fusillades et piles de cadavres à la clé.
Au lit avec mon pote
Règle générale, c'est le cinéma américain qui donne dans le remake de films français. Avec Do Not Disturb, cette fois c'est l'inverse. Yvan Attal reprend les prémisses de la comédie de Lynn Shelton, Humpday, sortie en 2009, pour s'offrir une (douteuse) virée dans la psyché sexuelle masculine.
Ben (Attal) mène une vie sans histoire, essayant de faire un enfant à sa femme (Laetitia Casta) en mal de maternité, lorsque débarque son ex-pote des Beaux-Arts, Jeff (François Cluzet), un aventurier bohème et sans attache.
Un soir de party, dans une résidence d'amis baptisée prosaïquement Sodome et Gomorrhe, les deux amis se lanceront le défi de faire ensemble un film porno, au nom de l'art qu'il faut savoir pousser dans ses derniers retranchements, et de l'homosexualité latente qui dormirait en chaque homme.
Intéressante au départ, la proposition vire à l'eau de vaisselle, les deux hommes s'enfermant dans une chambre d'hôtel (avec, à la poignée porte, le carton «Do Not Disturb», voilà tout s'explique) pour vivre leur fantasme artistico-sexuel. Un peu simpliste, disons, et un peu décevant à l'arrivée. N'empêche, le film offre une réplique qui ira enrichir notre collection : «Je ne suis pas en train de me défiler, ce que je veux, c'est t'enfiler...»
Rescapés de l'horreur
Immersion, en fin de journée, dans un thème plus sérieux, avec Enfants de Sarajevo, de la cinéaste Aida Begic, honorée d'une mention spéciale du jury, dans la section Un certain regard, au dernier Festival de Cannes.
Comment reprendre une vie normale après la guerre? Begic pose la question à travers l'histoire de Rahima (excellente Marija Pikic), 23 ans, qui s'occupe du mieux qu'elle peut de son frère de 14 ans, après la mort de leurs parents, dans le conflit des Balkans. L'adolescent, un tantinet délinquant, lui en fait baver. Rahima, qui a trouvé le réconfort dans l'islam, se débat pour éviter qu'il soit envoyé à l'orphelinat.
Dans un style naturaliste qui rappelle celui des frères Dardenne (avec une prédilection pour filmer la protagoniste de dos, lorsqu'elle marche), Aida Begic porte un regard touchant sur le quotidien chaotique de ces deux survivants qui cherchent leur place dans un monde qui ne leur fait pas de cadeau. C'est parfois lent, on a l'impression qu'il ne se passe rien, mais c'est en fait la vie qui se déroule devant nous, cette vie que les rescapés de l'enfer tentent de réapprivoiser en essayant d'oublier. Comme si la chose était possible.
On a vu au Festival
Looper
Rian Johnson
États-Unis
*** 1/2
Enfants de Sarajevo (Djeca)
Aida Begic
Bosnie-Herzégovine-Allemagne-France-Turquie
***
Do Not Disturb
Yvan Attal
France
** 1/2