Sur la route des Oscars

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La comédie dramatique Silver Linings Playbook pourrait valoir à ses deux interprètes principaux, Bradley Cooper et la jeune vedette de Hunger Games, Jennifer Lawrence, une nomination à un Oscar.

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Le Festival international du film de Toronto a l'habitude de la démesure. Comme si la chose était possible, il trouve le moyen de prendre de l'ampleur cette année. Pour sa 37e présentation, il propose du 6 au 16 septembre 289 films en provenance de 72 pays, un record. Notre journaliste Normand Provencher est sur place. »

(Toronto) Le Festival international du film de Toronto (FIFT) a l'habitude de la démesure. Comme si la chose était possible, il trouve le moyen de prendre de l'ampleur cette année. Pour sa 37e présentation, qui s'ouvre aujourd'hui, le FIFT propose 289 films en provenance de 72 pays, un record. Cent quarante-six premières mondiales, excusez du peu, encore là, du jamais-vu.

Dans les circonstances, pas étonnant que le festival torontois soit devenu la deuxième manifestation cinématographique mondiale derrière Cannes, dépassant désormais Berlin et Venise. Or, acteurs, réalisateurs et membres de l'industrie, hollywoodienne surtout, ne débarquent pas dans la Ville reine pour décrocher des prix, Toronto n'étant pas un festival compétitif. On se déplace plutôt en délégation pour profiter à plein de la réputation de tête chercheuse du FIFT dans la course aux Oscars.

On ne compte plus les productions américaines qui ont amorcé leur carrière triomphale sur les bords du lac Ontario (Slumdog Millionaire, Le discours du roi...). Depuis 11 ans, parmi les lauréats de l'Oscar du meilleur film, seuls Le seigneur des anneaux, Chicago et Agents troubles (The Departed) n'y ont pas été projetés. Un score impressionnant.

Encore cette année, les candidats se bousculent au portillon. À commencer par Terrence Malick, qui, avec To the Wonder, signe son deuxième film en deux ans (après L'arbre de la vie), récit d'un triangle amoureux sur fond de crise existentielle, mettant en vedette Ben Affleck, Rachel McAdams, Olga Kurylenko et Javier Bardem.

Le rarement mauvais Paul Thomas Anderson (Il y aura du sang, Magnolia) tentera lui aussi de profiter de la caisse de résonance torontoise avec The Master. Dans son premier film depuis son canular sur sa supposée retraite, il y a deux ans, Joaquin Phoenix incarne un soldat de la Seconde Guerre mondiale qui fait la rencontre d'un charismatique gourou d'une secte (Philip Seymour Hoffman).

Autre film prometteur, la comédie dramatique Silver Linings Playbook, de David O. Russell (The Fighter), qui pourrait valoir à ses deux interprètes principaux, Bradley Cooper et la jeune vedette de Hunger Games, Jennifer Lawrence, une nomination à un Oscar. Pour l'avoir vu en projection privée, mercredi après-midi (mais tenu à un embargo critique jusqu'à samedi), votre humble serviteur n'a que de bonnes choses à en dire.

À surveiller

Il faudra aussi surveiller de près Argo, de et avec Ben Affleck (Gone Baby Gone), thriller sur les dessous de la prise d'otages de l'ambassade américaine en Iran, en 1979; Hyde Park on Hudson, de Roger Michell, avec un Bill Murray jouant le président Roosevelt; Anna Karenina, avec Keira Knightley, où Joe Wright revisite le classique de Tolstoï; et The Sessions, révélé au Festival de Sundance, avec Helen Hunt et John Hawkes.

À moins que le sleeper se cache derrière The Place Beyond the Pines, avec Ryan Gosling; Emperor, dans lequel Tommy Lee Jones revêt les habits du général Douglas MacArthur; Quartet, première réalisation de Dustin Hoffman; The Company You Keep, de et avec Robert Redford; ou Great Expectations, où le réalisateur Mike Newell marche dans les pas de Dickens.

Le cinéma français n'est pas en reste au FIFT. Nos cousins ont depuis longtemps délaissé le Festival des films du monde de Montréal pour lancer leur meilleur cru. On est fébrile à l'idée de découvrir le dernier Stéphane Brizé, Quelques heures de printemps, avec Vincent Lindon; Le capital, de Costa-Gavras, avec Gad Elmaleh; Après moi, d'Olivier Assayas; et Dans la maison, de François Ozon (Potiche), avec Fabrice Luchini et Kristin Scott-Thomas.

Les productions québécoises seront aussi présentes. Aux films déjà célébrés dans d'autres festivals internationaux (Laurence Anyways, Rebelle, Camion...) s'ajoutent cette année deux primeurs, Inch'Allah, d'Anaïs Barbeau-Lavalette, avec Évelyne Brochu, et Tout ce que tu possèdes, de Bernard Émond, avec Patrick Drolet, tourné presque entièrement à Québec.

Défilé de stars

Chose certaine, d'une année à l'autre, le FIFT ne fait rien pour faciliter la tâche du journaliste festivalier. Entre projections, conférences de presse et entrevues, la fabrication d'une grille horaire relève de l'exploit. Les choix sont déchirants. Le dernier Susanne Bier, Love Is All You Need, ou Passion, le remake de Crime d'amour d'Alain Corneau, signé Brian de Palma? Le documentaire 9,79 sur le sprinteur déchu Ben Johnson ou La chasse, avec Mads Mikkelsen, raté à Cannes, justement pour incompatibilité d'horaire? Le magasin des suicides de Patrice Leconte ou le dernier Chen Kaige, Caught in the Web?

Tout cela pendant que défilera sur le tapis rouge, tous les soirs, le gratin du cinéma américain. Inutile de les énumérer, on en aurait jusqu'à demain matin. Retenez seulement, fait rare, que Brad Pitt et George Clooney brillent par leur absence cette année...

Ça commence ce matin, avec la première du thriller futuriste Looper, de Rian Johnson, avec Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis. On ira ensuite se pointer à la conférence de presse pour voir ce que les deux ont de bon à dire, avant de filer à la projection de Ne pas déranger, avec Yvan Attal et François Cluzet. On file ensuite dans un chic hôtel du centre-ville pour un brin de jasette avec le réalisateur Jacques Audiard (De rouille et d'os). Retour dans le noir, en fin d'après-midi, pour Children of Sarajevo, récompensé d'un prix, hors compétition, à Cannes.

Il en sera ainsi, grand galop et peu de petit trop, pendant huit jours. Disons que ça ne laisse pas beaucoup de temps pour tomber dans la lune ou méditer sur ses vieux péchés...

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