N'empêche, les deux films projetés hier valaient le détour. D'abord Mud, de l'Américain Jeff Nichols, récit d'un adolescent fleur bleue qui aide un criminel (Matthew McConaughey) à fuir l'île du Mississippi où il a trouvé refuge, après un crime passionnel.
Ensuite, le film de clôture, Thérèse Desqueyroux, du regretté Claude Miller, adapté de l'oeuvre, féministe avant l'heure, de François Mauriac. Audrey Tautou livre une belle performance dans la peau d'une femme avide d'indépendance, mais coincée pour son plus grand malheur dans un mariage de raison. Là-haut, sur son nuage, Claude Miller peut se réjouir, son film est excellent.
Qui dit dernière journée à Cannes dit jeu des prédictions. C'est à qui sera capable de lire dans les pensées du jury, retranché dans un endroit tenu aussi secret que celui de la Caramilk.
Le jeu des prédictions, entre vous et moi, ça ne sert pas à grand-chose, sinon à confirmer ce que chantonne le vieux Jean Gabin, «je sais qu'on ne sait jamais». C'est toute la beauté de la vie, de l'amour, de l'argent, des amis et des roses, mais aussi du cinéma.
Aujourd'hui, à Cannes, les conversations des gérants d'estrade risquent de ressembler à ceci: «Le film ukrainien va gagner, c'est incontournable. Tu l'as vu?
- Non.
- As-tu vu celui de l'Autrichien...
- Euh?
- Mais le Audiard, me dis pas que tu l'as pas vu? Tu l'as vu?
- Oui je l'ai vu, c'est fort, mais pas comme le Haneke. Tu l'as vu? Dis-moi que tu l'as vu?
- Bien sûr je l'ai vu, c'est fort. Dis, tu as vu le Kiarostami?
- L'ai pas vu et je m'en tape.»
Histoire de bêler avec le troupeau, je me livre aussi à ce petit exercice futile mais distrayant. On va faire ça court et pas trop lourd.
Palme d'or: Amour de Michael Haneke. Parce que ça parle d'une chose qui attend tout le monde, le déclin du grand âge et sa grande soeur, la mort. Et que c'est filmé avec une délicatesse et une sobriété qui confinent à l'admiration.
Grand Prix: De rouille et d'os, de Jacques Audiard. Parce que c'est Jacques Audiard et que ça lui permettrait d'arrimer la récompense à ce qui s'annonce déjà comme son plus grand succès commercial, du moins en France.
Prix de la mise en scène: Holy Motors de Leos Carax. Parce qu'il y a dans cet objet cinématographique non identifié des scènes que vous ne verrez pas de sitôt, vous qui n'avez encore rien vu selon Resnais.
Prix du scénario: Dans la brume de Sergei Loznitsa. Parce qu'on en dit beaucoup de bien et que je l'ai raté.
Prix du jury: Cosmopolis de David Cronenberg. Parce qu'une controverse par année à Cannes, ce n'est pas suffisant.
Prix d'interprétation masculine: on l'aurait donné à Jean-Louis Trintignant, phénoménal dans Amour, mais puisque le même film ne peut recevoir plus d'un prix, Matthew McConaughey dans Mud. Parce que les Américains ont quatre films en compétition officielle et que s'ils ne gagnent rien, ils ne seront pas contents.
Prix d'interprétation féminine: l'Autrichienne Margarethe Tiesel dans Paradis : amour. Parce que ça ne doit pas être évident de jouer la sugar mommy en surpoids qui se paye des Noirs au Kenya.
Le plus beau de l'affaire, c'est que je n'aurai pas à vous expliquer pourquoi je suis complètement dans le champ gauche. Jean Gabin s'en est déjà chargé pour moi.
Le 65e Festival n'est pas encore terminé qu'on parle déjà de celui de l'an prochain. Dans le magazine Le film français, on suppute des chances de voir les films des Malick, Almodóvar, Gondry, Coppola, Allen, Dumont, Farhadi et Cie être prêts à temps.
Hé, les mecs! On peut-tu finir celui-là?