«J'ose» à la plage

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Notre critique de cinéma Normand Provencher est à Cannes à l'occasion du 64e festival dont l'enjeu est l'obtention de la prestigieuse Palme d'or. »

Les attentes étaient élevées pour The Paperboy, du... (AP)

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Les attentes étaient élevées pour The Paperboy, du réalisateur Lee Daniels (photo). Le synopsis laissait croire à une version de Dead Man Walking (La dernière marche) dans la Floride de 1969. Un détenu condamné à mort (John Cusack). Deux journalistes d'enquête (Matthew McConaughey et David Oyelowo) et le p'tit frère du premier (Zac Efron) cherchant à prouver son innocence. Une femme (Nicole Kidman) amoureuse de lui. On avait tout faux...

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Normand Provencher
Le Soleil

(Cannes) Patrice Leconte a exprimé une idée très profonde hier, à l'Agence France-Presse: «Cannes, c'est 10 jours idéaux pour ratatiner le plus vaillant des journalistes.» Histoire de ne pas ratatiner davantage, votre humble serviteur a décidé de se changer les idées et d'aller au cinéma de la Plage, une tradition cannoise où l'on présente, chaque soir de festival, un film en plein air, avec l'océan en toile de fond, comme dans Cinema Paradiso.

Hier soir, on présentait Jaws - que le présentateur français a prononcé «J'ose»... -, le classique de Spielberg, projeté pour l'occasion dans une copie restaurée, à la qualité d'image incroyable. Un soir d'une douceur infinie, des yachts de millionnaires ancrés dans une mer d'huile, un petit quartier de lune, une chaise confortable. Comme a si bien dit mon voisin américain: «Pretty cool!»

Dès les premières notes de la musique culte de John Williams, la foule s'est mise à applaudir. Ratatinage oblige, j'ai dû partir après la première heure, ratant la célèbre réplique du regretté Roy Schneider: «You're gonna need a bigger boat...» Et cette autre, au moment où il fait la peau au requin Bruce: «Smile you son of a bitch!» Mémorable.

C'est d'un pas alerte, malgré la fatigue qui commence à poindre chez le festivalier «ratatiné», que je m'étais rendu, le matin, à la projection de The Paperboy, de Lee Daniels, cinéaste américain révélé il y a deux ans par le touchant Precious.

Les attentes étaient élevées. Le synopsis laissait croire à une version de Dead Man Walking (La dernière marche) dans la Floride de 1969. Un détenu condamné à mort (John Cusack). Deux journalistes d'enquête (Matthew McConaughey et David Oyelowo) et le p'tit frère du premier (Zac Efron) cherchant à prouver son innocence. Une femme (Nicole Kidman) amoureuse de lui.

On avait tout faux. The Paperboy, tiré du roman de Pete Dexter, a bien peu à voir avec le touchant et lacrymal film de Tim Robbins. Bien du style, le monsieur Daniels, mais il lui aurait fallu travailler davantage son scénario auquel on a bien du mal à adhérer.

Nicole Kidman, dans la peau - et je cite - «d'une poupée Barbie avec le feu au cul», en beurre épais dans son portrait de femme givrée, éperdument amoureuse du prisonnier, un chasseur d'alligators. L'ex-madame Cruise ressuscite même la Sharon Stone de Basic Instinct, lors d'une scène assez chaude merci, dans le parloir carcéral, l'actrice prenant toutefois soin de garder sa petite culotte...

À la conférence de presse postprojection, Nicole Kidman, vêtue d'une élégante robe rouge, a expliqué n'avoir éprouvé aucune réticence à jouer cette fameuse scène. «Je me suis sentie très à l'aise. C'est mon travail de me laisser aller. Je ne suis alors plus Nicole, je me fonds dans mon personnage. Un réalisateur comme Lee Daniels t'apprend à repousser tes limites.»

Le réalisateur noir a expliqué de son côté que la question raciale, exposée en toile de fond de son drame, lui a servi à exprimer une réalité personnelle. «Je viens d'une famille comme on voit dans The Help [La couleur des sentiments]. Mes parents travaillaient pour de riches Américains blancs. J'ai voulu montrer cette vérité.»

Le vite oublié The Paperboy. Le soporifique Post Tenebras Lux. Le décevant On the Road. Le déconcertant Holy Motors. Le bien peu drôle Le grand soir. Après deux jours, votre festivalier était mûr pour voir une bonne vue. Son souhait a été exaucé en après-midi, hier, à la projection de Trois mondes de Catherine Corsini, récit d'un dilemme moral sur fond de délit de fuite.

Le soir de son enterrement de vie de garçon, Alan (Raphaël Personnaz) heurte un piéton avec son véhicule, un sans-papiers moldave, avant de s'enfuir. Du haut de son balcon, une étudiante de médecine (Clotilde Hesme) a tout vu. Lorsqu'elle croisera à l'hôpital le coupable, venu prendre des nouvelles du blessé, elle hésitera à dénoncer cet homme rongé par la culpabilité. Tout cela alors que la femme de la victime est tenue dans l'ignorance.

Le choc de ces trois univers va donner lieu à d'intéressantes questions morales et existentielles. Corsini propose un film certes conventionnel, mais porté par un scénario qui tient fort bien la route.

Au fond, c'est tout ce qu'on demande au cinéma: raconter une bonne histoire. Comme celle de «J'ose».

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