Sous la pluie, l'ennui à Cannes

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Notre critique de cinéma Normand Provencher est à Cannes à l'occasion du 64e festival dont l'enjeu est l'obtention de la prestigieuse Palme d'or. »

Alain Resnais, 90 ans dans quelques jours, a eu... (Photo AFP)

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Alain Resnais, 90 ans dans quelques jours, a eu droit à une chaleureuse ovation pour son septième film présenté en compétition officielle. Il n'a jamais remporté la Palme d'or. Tout indique que ce ne sera pas pour cette année encore.

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Normand Provencher
Le Soleil

(Cannes) Des nouvelles de la météo d'un Provencher, et non, ce n'est pas Colette. Toujours très important, la météo : quand il fait chaud, quand il fait froid, quand il pleut, quand il neige, pas mal tout le temps finalement. Tout cela pour dire que pour une fois, mes cocos, vous êtes mieux à Québec que sur la Croisette.

Dimanche soir, on vous dit pas le déluge. Avec un vent à faire envoler les parasols sur la plage. En revanche, le temps idéal «pour mater les filles dans les robes mouillées», comme on a pu l'entendre.

Privé de parapluie, le quidam se transformait dans le temps de le dire en Clint Eastwood dans Sur la route de Madison, vous savez la scène où il apparaît piteux pitou, sous la pluie, implorant du regard Meryl Streep de sortir de la camionnette conjugale pour partir avec lui.

Devant la salle Debussy, c'était la pagaille. Les deux types chargés de scanner les accréditations étaient submergés par un tsunami de parapluies et de spectateurs transis. Ça jouait dur pour aller au sec. «On ferme les parapluies, tout le monde, OK, on ne pousse pas, sinon c'est moi qui vais pousser.»

Toute cette humide frénésie pour voir finalement un film d'un ennui mortel, Like Someone in Love, d'Abbas Kiarostami. L'histoire de l'impossible rencontre entre un vieux Japonais et une étudiante qui vend ses charmes. Ensemble, ils se promènent en auto, vont au garage où travaille le mec jaloux de la belle, tout cela en temps réel. À un certain moment, le vieux s'endort au volant, à un feu rouge, pendant une trentaine de secondes. Un vrai thriller.

Il a plu et le film ne m'a pas plu une goutte. Si j'aurais su, j'aurais pas venu.

Pour notre petit lundi matin, lui aussi pluvieux, après les vénérables Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva de la veille, on a eu droit à un autre vétéran, Alain Resnais, qui débarquait en ville avec un film au titre rigolo, Vous n'avez encore rien vu. Aucun lien, est-il utile de préciser, avec le You Ain't Seen Nothing Yet de Bachman Turner Overdrive.

Resnais, 90 ans dans quelques jours, est arrivé à la salle de conférence, en complet noir et chemise rouge, se déplaçant avec difficulté avec une canne. Le monsieur a eu droit à une chaleureuse ovation pour son septième film présenté en compétition officielle. Jamais n'a-t-il remporté la Palme d'or. Tout indique que ce ne sera pas pour cette année encore.

Dans cet hommage au théâtre et au cinéma, l'auteur de Hiroshima mon amour adapte de façon inventive, mais parfois un peu lourde, une pièce de Jean Anouilh.

Après la mort d'un dramaturge, ses fidèles comédiens et amis (Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson, Anne Consigny...) sont conviés à sa résidence pour porter un jugement sur la captation de la pièce Eurycide, adaptée par une jeune troupe. La séance a pour effet de ramener tout ce beau monde dans l'esprit de leur personnage respectif.

Au sujet de son titre, clin d'oeil d'un nonagénaire qui a encore des choses à dire, Resnais a indiqué qu'il n'a pas été le fruit d'une longue réflexion. «Il s'est imposé dans la salle de montage, d'abord en blaguant. C'est devenu une sorte de mascotte qu'on a fini par adopter.»

Tous les acteurs présents sur l'estrade, sept au total, ont rendu hommage au «plus jeune des grands auteurs du cinéma français».

«Avec Resnais, il n'y a pas d'habitudes [sur un plateau], il y a des rites», a joliment résumé Pierre Arditi.

Deux ans après le très sérieux Route Irish (inédit à Québec), Ken Loach a fait souffler, en début de soirée, pour notre plus grand bonheur, une brise bienfaitrice sur une compétition officielle qui en avait bien besoin.

Avec La part des anges (The Angel's Share), le défenseur de la veuve, de l'opprimé et des petites gens, un adroit gauchiste, propose une histoire d'espoir, d'amitié et de deuxième chance comme lui seul sait le faire, en collaboration avec son fidèle scénariste Paul Laverty.

Délinquant en liberté surveillée, un jeune père de famille de Glasgow, fin connaisseur en whisky, décide de tenter le tout pour le tout pour se faire un peu de pognon et recommencer à zéro. Avec trois copains un peu croches mais inoffensifs, il monte une combine afin de dérober quelques bouteilles dans un fût d'une valeur inestimable, bientôt mis à l'encan.

Le cinéma social de Loach, mâtiné d'une touche d'humour, c'est toujours le pied. On en redemande. Une fois et une autre.

Au fait, question piège, qu'est-ce que la part des anges? Réponse : la proportion de whisky, autour de 2 %, perdue lors de sa fermentation. Vous pourrez dire que c'est ici, pas à la SAQ, que vous l'aurez appris. Cheers!

La poubelle planète

Notre planète est malade de ses déchets. Notre incapacité à en assurer la gestion laisse entrevoir le pire. Le documentaire Trashed (Saccagée) en fait la preuve dramatique. L'acteur anglais Jeremy Irons, également producteur exécutif, et la réalisatrice Candida Brady se sont promenés aux quatre coins du monde pour étayer leur thèse pour le moins apocalyptique.

Le plastique est au banc des accusés. Celui qui sert à fabriquer des bouteilles (200 milliards par année), à suremballer à peu près tout, à fabriquer une infinie variété de produits dont le tiers va à la poubelle en moins d'un an.

La plupart du temps, tout ce plastique se retrouve à la mer, contribuant à l'empoisonnement des espèces marines et, par la bande, de l'homme, tout en haut de la chaîne alimentaire. On a retrouvé dans l'estomac de plusieurs baleines et orques une panoplie de détritus : sacs de plastique, gants chirurgicaux, même une balle de golf.

Le fameux «septième continent», cet immense amas de détritus de plastiques et de déchets qui flotte dans le Pacifique, grand comme deux fois le Québec, est en réalité une «soupe diluée» composée de milliards de fragments de plastique, qui se mélangent au plancton, une substance vitale de la faune aquatique.

Irons et Brady sont aussi allés à la rencontre de gens, en France et en Angleterre, qui vivent à proximité de dépotoirs toxiques, avec toutes les conséquences tragiques sur leur santé. Malgré toutes les précautions, il arrive que le lixiviat, ce liquide issu de la décomposition des déchets, se retrouve dans la nappe phréatique.

Brûler les déchets est loin d'être la meilleure solution. Un coin de pays en France (jamais nommé) a vu son agriculture ravagée par les retombées de l'incinérateur local. Le niveau de dioxine, un produit hautement cancérigène, dans le lait des vaches dépassait 13 000 fois la norme acceptable. Impossible de ne pas penser à l'incinérateur de Québec, construit en plein Limoilou...

Irons et Brady exposent le problème, mais aussi des pistes de solutions. Ne plus utiliser de sacs de plastique. Boycotter les produits suremballés. Recycler davantage. Composter. La recette est connue, mais comme Thierry L'Hermitte le dit pour Jacques Villeret dans Le dîner de cons, il faut répéter, répéter, beaucoup répéter. Ainsi, ça va peut-être finir par rentrer avant qu'il ne soit trop tard. Et entre nous, il commence sérieusement à l'être.

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