Le cinéaste espagnol est un habitué de la Croisette, mais souffre de ne pas avoir remporté de prix digne de son talent. En 2006, il n'avait pas caché sa déception que Volver décroche seulement le Prix du scénario. La piel que habito (La peau que j'habite) lui permettra-t-il de mettre la main sur cette Palme d'or souvent convoitée mais jamais obtenue?
Pour la première fois en carrière, le cinéaste espagnol se risque dans le thriller, s'appuyant sur le roman du Français Thierry Jonquet, Mygale, et la collaboration d'Antonio Banderas, qu'il retrouve plus de 20 ans après Attache-moi.
L'acteur espagnol incarne un riche chirurgien esthétique, inventeur d'une peau artificielle, qui décide de faire payer l'auteur de l'agression sexuelle commise contre sa fille. Oubliez Claude Legault dans Les sept jours du talion, le plan imaginé par Almodóvar est moins dur à supporter, mais diablement plus tordu.
Après avoir kidnappé l'agresseur, le toubib usera de ses talents et de sa peau révolutionnaire pour transformer sa victime en... femme. Pas une femme sortie d'un tableau de Picasso, non. Une superbe femme (Elena Anaya) avec tout ce qui compte à la bonne place. Dans le genre extreme makeover, difficile à battre.
Et comme si ce n'était pas suffisant, le médecin un peu fêlé séquestrera le jeune homme ou la jeune femme dans une pièce de sa maison. Et en tombera amoureux. Le grand melting-pot sexuel aldomovarien dans toute sa quintessence.
On avoue avoir éprouvé un peu de mal à embarquer dans la première demi-heure. Surtout avec le frère lubrique du doc déguisé en tigre. Ça s'est amélioré par la suite, mais on ne crie pas pour autant au meilleur Almodóvar. On est bien loin de Tout sur ma mère. Compte tenu de la qualité des films en compétition cette année, il serait étonnant que le film figure au palmarès.
Pour cette première incursion dans le polar, Almodóvar avoue s'être inspiré des films de Fritz Lang, mais plus particulièrement des Yeux sans visage de George Franju, sorti en 1960. Il a d'ailleurs pensé un moment tourner un film muet et en noir et blanc - la mode The Artist serait-elle en train de faire des petits?
Un lien avec Frankenstein
Ce n'est qu'une fois le film terminé qu'il a aussi fait un lien avec Frankenstein. «Dans l'oeuvre de Mary Shelley, c'est l'électricité qui était la nouveauté de l'époque. Dans mon film, c'est la culture de peau et les manipulations génétiques», a indiqué Almodóvar en conférence de presse.
Du roman de Jonquet, lu il y a une dizaine d'années, le cinéaste avoue en avoir retenu seulement «l'ampleur de la vengeance» du médecin qui porte en lui «une extraordinaire violence», capable d'annoncer une vaginoplastie à un homme comme une prescription de cachets d'aspirine.
«C'est quelqu'un de psychotique, dépourvu d'empathie, insensible à la douleur d'autrui. Pedro m'avait interdit de sourire», explique un Antonio Banderas heureux comme un roi de renouer avec son grand ami et mentor. «Pedro a fait mon éducation artistique. Revenir à Pedro, c'est revenir dans mon pays, avec ses grandeurs et ses misères.»
Almodóvar n'exclut pas que son prochain film, son 19e en carrière, soit aussi un polar. «C'est le genre qui convient le plus à la période de vie que je traverse. J'ai fait de la comédie populaire, du mélo, maintenant c'est le thriller.»
À bord de sa Chevy Impala 1973 retapée, le héros de Drive, Ryan Gosling, se donne des petits airs de Steve McQueen dans Bullitt. Le réalisateur danois Nicolas Winding Refn - retenez bien ce nom - offre une version abrégée de la plus célèbre course de l'histoire du cinéma, dans ce suspense policier conduit avec intelligence.
Cascadeur le jour et chauffeur pour la mafia la nuit, un jeune homme solitaire (Ryan Gosling), capable de faire passer McQueen pour un verbomoteur, noue une liaison avec sa voisine de palier (Carey Mulligan), une mère monoparentale. Lorsque le mari sortira de prison, avec une dette au compteur, le jeune pilote décidera de lui venir en aide. Pour l'amour de sa femme. Erreur fatale. Le héros hyper cool se retrouvera dans le temps de le dire avec la racaille au derrière.
Oubliez les scénarios à la Fast and the Furious qui prennent le champ en première vitesse, Drive roule sur des routes plus subtiles. Plus sanguinolentes aussi. Il n'empêche, on a pris notre pied à voir qu'il peut encore se faire en sol américain des films policiers qui ne prennent pas le spectateur pour un abruti.