La résurrection d'un homme par une peluche. On a hâte de savoir ce que le doc Mailloux en pense.
On l'attendait à Cannes, ce castor, mais pas pour les mêmes raisons que The Tree of Life la veille. La presse salivait surtout à l'idée de voir débarquer Mel Gibson, l'homme par qui est venu le scandale ces dernières années. Accusations de violence conjugale contre son ex et propos antisémites, dans l'art de se faire des amis, la vedette de Mad Max a échoué lamentablement.
Il lui en reste au moins une, Jodie Foster. La réalisatrice de The Beaver est débarquée à Cannes pour présenter hors compétition son troisième long-métrage. À la conférence de presse, Gibson, son mari à l'écran, brillait par son absence. La raison officielle fournie : des «obligations» le retenant à Los Angeles. La vedette devait toutefois arriver à temps pour la montée des marches de la soirée.
On ne le saura jamais, mais je lance l'hypothèse gratuite et tout ce qu'il y a de plus people que tout cela est de la frime. Gibson avait autant le goût d'affronter le tir groupé d'une centaine de journalistes qu'un castor de construire La Manic avec des cure-dents.
Imaginez le barrage - de castor - de questions. Alors mon Mel, est-ce que ça va mieux dans la boîte à poux? Mel, combien de fois par semaine vois-tu ton psy? Mel, as-tu une bonne blague juive à nous raconter?
The Beaver (à l'affiche au Québec vendredi sous le titre français Le complexe du castor) n'a pas été porté aux nues sur la Croisette, pas plus qu'il a été descendu en flammes.
La dépression au masculin, thème rarement vu au cinéma, est abordée de façon intéressante sous l'angle de l'illusion du bonheur, mais de façon assez conventionnelle. On parle d'un film qui fait la job, comme on dit.
Le jeu de Gibson n'est pas transcendant mais pas mauvais non plus. Le jeune Anton Yelchin s'en tire mieux dans le rôle de l'adolescent en révolte qui développe une peur morbide de ressembler à ce père qu'il considère comme un taré.
Jodie Foster, l'une des actrices américaines les plus brillantes et cohérentes, a défendu avec aplomb son film et son ami. L'enfant prodige de Taxi Driver, maintenant âgée de 48 ans, parle un excellent français, mais c'est en anglais qu'elle s'est résignée à répondre aux questions.
À celle d'une journaliste d'une radio montréalaise, elle s'est même permis un clin d'oeil à la parlure québécoise. «C'est l'fun, fun, fun...» J'ai lu sur Twitter qu'elle avait dit «Tabarnak», mais il n'en est rien. Ne croyez pas tout ce qui se dit sur Twitter. Sinon, vous allez finir à l'asile, à jaser avec la ridicule marionnette de nos annonces de lait.
Toujours est-il que c'est dans la langue de l'oncle Barack que Foster a expliqué son film et pris la défense de Gibson. Elle n'a pas cherché à excuser ses pétages de plomb et frasques des dernières années.
«Il est le seul à pouvoir le faire. Malgré ce qu'on peut penser, il est l'un des acteurs les plus aimés à Hollywood. Comme ami, il est loyal et réfléchi. Je peux passer des heures au téléphone avec lui, à parler de la vie.»
À son avis, le tournage de The Beaver a eu chez lui un «effet thérapeutique», lui permettant de mettre de l'ordre dans sa vie. En tout cas, ses détracteurs ont pu rigoler un moment dans le film, alors qu'une scène montre son jeune fils lui apporter un bricolage à l'hôpital. Un cerveau. «Maman dit que le tien s'est brisé...» Malaise.
Une marionnette castor pour exprimer ses états d'âme est une technique surtout utilisée chez les enfants pour leur apprendre à parler, a-t-on appris. Le scénariste Kyle Killen ne connaît pas de cas chez les adultes.
Qu'importe, avec ce Walter Black qui broie du noir, ça marche. Il l'aime tellement sa marionnette qu'il la porte en permanence au bras gauche. Pour prendre sa douche. Cuisiner. Parler à ses employés. Même pour faire l'amour. Méchant trip à trois.
La présence au générique de Gibson aura-t-elle un impact négatif aux guichets pour The Beaver? Jodie Foster ne le croit pas. Pas plus que le producteur Steve Golin.
«Il est assez difficile de nos jours de faire des films, l'important, c'est d'en être fier une fois qu'il est terminé», lance l'inoubliable Clarice Starling du Silence des agneaux.
À son avis, un réalisateur n'est pas sorti du bois - traduction libre pour les besoins d'un autre jeu de mots, le dernier, promis - s'il tourne en fonction du box-office ou des exigences du public.
Quatre femmes réalisatrices sont en lice pour la Palme d'or. Une situation qui enchante Foster.
«Aux États-Unis, il y a de plus en plus de femmes qui tournent, surtout dans le cinéma indépendant. Il est quand même ironique de voir que la première à remporter un Oscar (Kathryn Bigelow, l'an dernier, pour The Hurt Locker) a réussi l'exploit dans un genre habituellement réservé aux hommes.»