Quand le pape craque

Dans Habemus Papam, le réalisateur Nanni Moretti dépeint... (AFP)

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Dans Habemus Papam, le réalisateur Nanni Moretti dépeint les doutes et les angoisses du nouveau souverain pontife, interprété par le grand Michel Piccoli, 85 ans.

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Notre critique de cinéma Normand Provencher est à Cannes à l'occasion du 64e festival dont l'enjeu est l'obtention de la prestigieuse Palme d'or. »

Normand Provencher, envoyé spécial
Le Soleil

(Cannes) À Rome, un nouveau pape vient d'être élu. Une fumée blanche s'échappe de la cheminée de la chapelle Sixtine. Les cloches résonnent. Du haut de la loge des Bénédictions de la basilique Saint-Pierre, le protodiacre annonce la bonne nouvelle au monde entier.

La scène se répète depuis des siècles et des siècles à Rome. Or, dans le dernier film de Nanni Moretti, Habemus Papam (Nous avons un pape), le cérémonial prend une tournure inattendue.

Avant sa première apparition publique, le souverain pontife (Michel Piccoli) pique une crise de panique. Il n'a qu'une seule envie : fuir à toutes jambes ses nouvelles responsabilités, convaincu qu'il n'est pas l'homme de la situation.

Pour la première fois à l'écran, le pape n'est plus un personnage désincarné. L'homme a ses doutes, ses angoisses, ses peurs et surtout un grand rêve jamais assouvi, celui de monter sur les planches. De la même façon, le Vatican n'est plus un endroit froid et sacralisé. Quelques cardinaux souffrent d'anxiété et d'insomnie. Certains doivent prendre des tranquillisants.

Sur Twitter, un site anglais parlait d'une version vaticane du Discours du roi. La comparaison n'est pas bête du tout. À l'image du film de Tom Hooper, Nanni Moretti montre que tous les hommes, même les plus grands, ont leurs failles.

Le grand Michel Piccoli, 85 ans, vu dans plus de 200 films et téléfilms, avoue que l'idée de jouer un «double pape» - «un angoissé et un autre ayant le bonheur de croire en Dieu» - l'a immédiatement séduit.

«Je n'ai même pas eu besoin de réfléchir, car je connaissais tous les films de Moretti», a-t-il dit en conférence de presse. «J'ai dit oui tout de suite, mais pas lui. Il m'a demandé de faire des essais. Il est venu me voir à Paris avec un habit de pape sous le bras. Quelques jours plus tard, il m'a dit : "Le rôle est à vous." Ç'a été aussi simple que ça.»

Habemus Papam n'est pas un film qui cherche à cultiver le scandale. Bien au contraire. Ceux qui croyaient que le réalisateur allait régler des comptes avec le catholicisme se trompent. Tout est fait avec respect. L'approche et la présence de Moretti, à titre de psychanalyste appelé à la rescousse du pape, insufflent en outre une bouffée de légèreté qui fait contrepoids à l'esprit torturé du pape.

Confiné au Saint-Siège, le psy incitera les cardinaux, qui tournent en rond en attendant le retour de la brebis égarée, à participer à un championnat de... volley-ball. On a aussi savouré l'idée d'embaucher un zouave pour faire croire aux fidèles à la présence du Saint-Père dans ses appartements.

Quelques critiques négatives ont été formulées en Italie, à la sortie du film, le mois dernier, mais rien pour alimenter une vague de fond. Il faudrait être de mauvaise foi pour chercher des poux au film. Moretti dépeint avec humanité et tendresse un homme qui s'interroge sainement sur ses capacités à devenir le chef spirituel de l'Église catholique.

«J'ai besoin de temps pour penser aux choses de ma vie», fait savoir le pape au porte-parole du Vatican (Jerzy Stuhr) avant de lui fausser compagnie, lors d'une marche dans les rues de Rome. Incognito, le souverain pontife déambulera ici et là, se liant d'amitié au passage avec les membres d'une troupe de théâtre en pleine répétition de La mouette de Tchekhov.

Moretti n'a pas la foi et ne le cache pas. Le réalisateur de La chambre du fils (Palme d'or en 2001) fait d'ailleurs sienne le célèbre aphorisme de Buñuel, «Dieu merci, je suis toujours athée»...

«Je suis désolé de ne pas croire. Je ne suis pas croyant depuis très longtemps, même si j'ai reçu une éducation catholique. On s'attendait peut-être à quelque chose qui dénonce les scandales pédophiles ou financiers qui ont secoué l'Église ces dernières années, même si je trouve qu'elle a attendu un peu tard pour demander pardon. Mais je ne voulais pas me laisser conditionner par l'actualité. Je voulais raconter mon Vatican, avec mon pape et mes cardinaux.»

Aussi Moretti a-t-il refusé de montrer les tractations de coulisses d'un conclave afin de ne pas amenuiser le personnage de son pape en déroute. «Dans mon conclave, on ne voit pas d'intrigues ou de complots entre les cardinaux. Je ne connais pas la réalité d'un conclave et je n'avais pas envie de la raconter. Le pape de mon film, on le distingue à peine au début. On le voit vraiment pour la première fois quand son nom est prononcé à plusieurs reprises et qu'il est élu. On évitait ainsi de rendre le personnage plus petit.»

Habemus Papam a reçu la bénédiction de la plupart des festivaliers. La route est encore longue avant le fil d'arrivée, mais Piccoli s'impose pour le moment comme un candidat sérieux au Prix d'interprétation masculine. Que Dieu soit avec lui.

La guerre est déclarée

Petit saut du côté de la Semaine de la critique, vendedi, qui présentait en ouverture le second long-métrage de la cinéaste française Valérie Donzelli, La guerre est déclarée.

Un film qui parle d'amour et de résistance, alors qu'un Roméo (Jérémie Elkaïm) et une Juliette (Donzelli) doivent affronter le cancer rare qui frappe leur bébé.

Pas de pathos, pas de crise de larmes, mais une volonté affirmée de la cinéaste (s'inspirant de sa propre histoire) de faire triompher l'amour et l'espoir sur la maladie.

Un petit film lumineux qui fait du bien.

On a vu au Festival

Habemus Papam

Nanni Moretti (Italie)

*** 1/2

La guerre est déclarée

Valérie Donzelli (France)

***

Polisse

Maïwenn (France)

*** 1/2

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