Jean Racine est aujourd'hui directeur général de la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec, mais il a été pendant 28 ans garde du corps de plusieurs premiers ministres, de René Lévesque à Bernard Landry. Il a donc regardé avec attention l'opération policière qui a clos avec fracas la soirée électorale.
L'ancien de la Sûreté du Québec explique qu'en campagne électorale, la sécurité est automatiquement augmentée pour tous les candidats susceptibles d'accéder au pouvoir. Mais comme il s'agit d'un exercice de démocratie directe, de rencontre avec le peuple, les agents surveillent plus le dignitaire que les lieux.
Les gardes du corps se tiennent prêts, «ils sont formés pour réagir très rapidement, ce qu'ils ont fait avec brio avec Mme Marois. Vous avez vu que ça n'a pas lésiné. Ils l'ont prise au micro même dans un moment très important de sa carrière. C'était : on vous éloigne du danger. Ils ont très bien agi», explique M. Racine, qui a enseigné à plusieurs agents vus à la télévision.
Toujours branchés à leur oreillette, les gardes du corps sont normalement informés au fur et à mesure de l'ampleur de la menace et de ce qui se passe autour. Ils sont en contact avec les policiers municipaux et même des agents en civil qui peuvent être dispersés dans la foule.
«Toujours surpris»
Le protégé est rarement mis au courant quand ça dérape et donc «toujours surpris» par l'intervention. «Ça se fait tellement vite. Écoutez, on parle de secondes. On ne parle pas de minutes, on parle de secondes. Quand ça se déclenche, ça va très vite et le dignitaire suit», raconte Jean Racine.
Ce dernier n'est pas surpris outre mesure que Mme Marois ait été autorisée à revenir au micro mardi. Comme l'agresseur a été rapidement maîtrisé, le niveau de dangerosité avait considérablement baissé, fait-il remarquer. Pour la dernière portion du discours de la nouvelle première ministre, quatre gardes du corps se trouvaient tout de même sur la scène du Métropolis pour une surveillance «à 360 degrés».
Une sécurité à géométrie variable
C'est la division de la protection de l'État de la Sûreté du Québec qui est chargée de la sécurité du premier ministre et du chef de l'opposition de la province. Pour des raisons stratégiques, il est impossible de savoir combien de policiers sont attitrés à cette tâche. En fait, leur nombre varie en fonction des événements, des foules, bref de la menace à laquelle fait face chaque politicien à un moment donné.
L'ex-premier ministre Bernard Landry, qui dit ne s'être jamais senti menacé alors qu'il occupait les plus hautes fonctions de l'État, se rappelle que deux agents le suivaient systématiquement dans tous ses déplacements, qu'il s'agisse d'une séance routinière à l'Assemblée nationale ou d'un jour de congé. Des locaux avaient même dû être aménagés chez lui pour les recevoir.
Pour le chef de l'opposition officielle, on parle plutôt d'un agent attitré, qui peut s'absenter en période creuse. Pour les autres membres du gouvernement, c'est le ministère de la Sécurité publique qui fournit un garde du corps-chauffeur par ministre.