2003-2007
De crise en crise
Jean Charest n'a pas de baguette magique. Son ambitieux programme électoral et son célèbre «Nous sommes prêts» ne tardent pas à devenir un fardeau : l'attente en santé, baisses d'impôt de 5 milliards $, réingénierie de l'État. Même le «trou» de 4 milliards $ dans les finances publiques, selon le rapport Breton, ne le disculpe pas aux yeux de la population.
La pelouse de l'Assemblée nationale devient une destination prisée des manifestants. Les syndicats montent aux barricades contre une modification du Code du travail. La périlleuse saga des défusions soulève les passions. La volonté de privatiser le Mont-Orford lézarde la sacro-sainte unité du PLQ.
La dissidence des Pierre Paradis et Thomas Mulcair scellera leur sort au sein du gouvernement Charest. Une première passe d'armes avec les étudiants, en 2005, sur les prêts et bourses. À bout de patience et de controverses, l'impétueux ministre de la Justice, Marc Bellemare, claque la porte du gouvernement. Les partenariats public-privé (PPP) ne remplissent pas leurs promesses.
Le nouveau premier ministre joue la carte fédéraliste à fond. Il prend en charge la création du Conseil de la fédération. M. Charest obtient une entente en santé qui consacre à son sens le fédéralisme asymétrique. Le règlement sur le déséquilibre fiscal lui permettra à la fois de baisser l'impôt pendant une campagne électorale à la dérive et d'indisposer Stephen Harper. L'état lamentable - voire dangereux - de certaines infrastructures justifie l'injection de 30 milliards $ qui stimuleront l'économie québécoise pendant la crise. M. Charest constitue le premier Conseil des ministres paritaires de l'histoire.
2007-2008
«J'ai compris le message»
Le gouvernement Charest perd sa majorité. Le premier ministre fait son mea-culpa, promet de tendre l'oreille et retire de l'agenda toute mesure controversée. M. Charest s'accapare le portefeuille de la capitale nationale et passe 2008 au coeur des festivités du 400e.
En même temps, il chipe à la nouvelle opposition officielle, l'Action démocratique du Québec (ADQ), ses idées les plus populaires, comme le bulletin chiffré, et les instaure.
Dépossédé, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, devient aussi la cible d'une intense offensive. Jean Charest le dépeint comme une girouette. Des erreurs décrédibilisent l'option adéquiste. La crise économique est enclenchée, M. Charest demande une majorité pour avoir «les deux mains sur le volant» face à une ADQ faible et un chef péquiste, André Boisclair, à des années-lumière de l'unanimité.
2008-2012
Avec le Plan Nord, Jean Charest s'accroche à l'héritage libéral hydroélectrique. Il concourt à des ententes de libéralisation des marchés avec l'Europe et le Canada. M. Charest critique Stephen Harper sur Kyoto et le registre des armes à feu, notamment. Cela n'empêche pas une entente de 2,2 milliards $ sur l'harmonisation de la TPS-TVQ. La même TVQ qui a été augmentée de 1 % en janvier.
Les pertes de 40 milliards $ forcent un remue-ménage à la Caisse de dépôt en 2009. Les histoires sur la corruption entachent la classe politique et les firmes qui gravitent autour. Le ministre Tony Tomassi est exclu du caucus. Une longue agonie pour le gouvernement Charest qui, à défaut d'une commission d'enquête publique, se lance dans la création d'unités policières et de projets de loi. Au bout de deux ans, M. Charest concède la commission Charbonneau. Il a aussi dû témoigner en 2010 lors de la commission Bastarache. Le Vérificateur général a déposé des rapports très critiques de la gestion des permis de garderies, des subventions aux infrastructures sportives, et des contrats au ministère des Transports.