Carnets de campagne - 4

Depuis le débat des chefs, Isabelle Brais ne... (Photo La Presse Canadienne)

Agrandir

Depuis le débat des chefs, Isabelle Brais ne lâche plus son mari, François Legault, d'une semelle.

Photo La Presse Canadienne

Partager

Dossiers >

Le Québec en élections

Politique

Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

Nos journalistes Annie Mathieu, Michel Corbeil et Simon Boivin racontent les événements de la campagne électorale vus de l'intérieur des autobus des partis.

Lady Legault

«J'ai des chocolats pour vous!» lance, guillerette, Isabelle Brais en s'invitant à bord de l'autobus des journalistes écrits du parti de son mari, François Legault. L'élégante dame de 54 ans fait quelques pas à l'intérieur du véhicule et offre les friandises confectionnées par son ami, un prestigieux chocolatier montréalais.

«Vous savez, on ne changera pas nos textes», lance un collègue à la blague, traduisant ainsi l'inconfort de voir la femme du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) faire preuve de tant de générosité à notre égard. Mais Isabelle Brais assure que son geste n'a rien de politique et qu'il traduit tout simplement sa personnalité «de mère de famille».

Mme Brais a fait son apparition dans la campagne électorale après les débats des chefs. Avant ce sprint de joutes oratoires, son homme avait été maladroit à l'égard des femmes en commentant les derniers sondages qui indiquaient que celles-ci seraient moins nombreuses à le choisir. À la blague, il s'était interrogé sur le choix de sa cravate et avait également soulevé l'idée que les dames étaient peut-être plus réfractaires aux changements.

Depuis cet incident, elle ne le lâche plus d'une semelle, probablement pour adoucir l'image du chef qualifié de «misogyne» par la Centrale des syndicats du Québec et pour participer à l'opération séduction de la CAQ auprès de la gent féminine.

Elle se mêle aussi volontiers aux journalistes, ce qui a donné lieu à des situations absurdes comme lorsqu'elle a pris le micro à la période des questions pour demander à son mari s'il comptait suivre des cours de cuisine. La veille, il avait tenté, sans grand succès, d'éplucher un navet dans une foire alimentaire en Outaouais.

Un livre ouvert

Isabelle Brais a aussi la confidence facile, notamment avec les représentantes des médias qu'elle perçoit probablement comme des alliées. Elle a par exemple déjà expliqué au Soleil qu'elle était avec son politicien depuis 22 ans parce qu'il la faisait toujours rire ou encore qu'elle trouvait que les ouvriers dans les usines - tout comme son plombier d'ailleurs - étaient de véritables artistes.

Celle qui tient boutique sur la rue Laurier ne passe pas non plus inaperçue avec sa tignasse blonde et ses vêtements griffés. Consciente de son charme, elle ne semble cependant pas savoir quoi en faire, surtout lorsque les caméras sont braquées sur elle.

Sauf peut-être vendredi lorsque la caravane caquiste s'est arrêtée dans le foyer de personnes âgées au Saguenay où son oncle et sa tante, âgés respectivement de 98 et 96 ans, ont accueilli leur nièce et son mari avec émotion. Cette fois, le plaisir n'était pas feint et Isabelle Brais nous est apparue sous son meilleur jour, radieuse et sincère.  Annie Mathieu

****

À vitesse variable

Ne le dites pas trop fort à nos patrons, mais le rythme de la campagne électorale n'est pas si frénétique que cela.

Bon, jeudi soir, à Montréal, Pauline Marois a dit à ses partisans: «J'ai parcouru à date près de 10 000 kilomètres dans mon Petit peu bus. Ça en fait, de l'asphalte, des bosses et des trous.» Et concédons que depuis deux jours, elle «tourne» plus tôt, plus vite.

Tout de même, les caravanes des chefs qui aspirent à la grande victoire électorale ont déjà roulé de manière plus débridée par le passé.

En 1998, le péquiste Lucien Bouchard est parti en tempête à travers le Québec, affamant et épuisant les journalistes qui le suivaient. En 2007, le libéral Jean Charest a conclu par un blitz sur 2470 kilomètres en moins de24 heures, de Victoriaville à Sherbrooke, aux Îles-de-la-Madeleine, à Gaspé, à Québec, pour dormir à Montmagny.

Il y a la belle saison qui facilite les transports. Nous sommes loin des tempêtes de neige de 2007, qui accueillent l'autobus des médias, à minuit, avec redécollage à 6h le lendemain.

La Côte-Nord boudée

En fait, les levers aux aurores sont l'exception. Les folles chevauchées à travers la province aussi. Notons l'effort de Jean Charest. Il aligne, en deux jours, la Mauricie, le Saguenay, le Lac-Saint-Jean, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine et Québec. Mais c'est bien une première: il ne se rendra pas sur la Côte-Nord.

Pauline Marois n'y va pas plus. Les deux grands partis qui boudent ce coin de pays, c'est une première. Un coup d'oeil aux sondages, et le caquiste François Legault a réglé ça: pas de Côte-Nord, pas de Gaspésie, pas d'Abitibi.

Ce qui n'a pas ralenti, c'est la vitesse à laquelle voyage l'information. Pas de frein, qu'un accélérateur. Les chaînes d'information en direct pour les élections de 1998. Les BlackBerry, en 2004, au fédéral. Les téléphones intelligents, en 2007.

La nouveauté marquant 2012, c'est Twitter. Deux minutes et quart, et le bon mot, le faux pas, l'esclandre ou la sortie assassine se retrouve dans la twittosphère. Les collègues sont vraiment prompts à réagir.

En Abitibi, les journalistes font pression pour un arrêt à Malartic pour voir le «trou», la mine d'or à ciel ouvert. Le belvédère est là, mais impossible d'y accéder. Une gardienne de sécurité dit: «Dommage, Pauline Marois l'a fait, permission de la compagnie.» Quoi? Elle s'y rend sans le dire aux médias! Et les gazouillis d'enflammer la bulle.

Cinq minutes, démenti. Une délégation s'est rendue sur place, mais c'étaient des élus libéraux. Mme Marois était dans un CHSLD. Regazouillis, contrits, «à cause» de la gardienne... Mais le mal est fait.

«La réalité, Mme Marois ne va pas à la mine; les journalistes y vont», rage un collaborateur de «Pauline». «La perception, Mme Marois a été à la mine; les journalistes n'y ont pas été!» Que voulez-vous, monsieur, on n'arrête pas le progrès.  Michel Corbeil

****

Jean Charest était de passage vendredi à Saint-Sévère,... (Photo La Presse Canadienne) - image 3.0

Agrandir

Jean Charest était de passage vendredi à Saint-Sévère, où il a pris le temps de déguster un vin de glace avec sa femme Michèle Dionne.

Photo La Presse Canadienne

Encore une bataille dans le corps

Il a été donné si souvent pour mort que Jean Charest aime bien défier ceux tentés d'écrire encore une fois la chronique nécrologique de sa vie politique.

Presque chaque jour, un nouveau sondage lui arrache tantôt le pouvoir, tantôt sa circonscription de Sherbrooke. Souvent les deux. «Je ne gagne pas les sondages», se plaît à répéter le chef libéral. «Ce n'est pas ça ma spécialité», rappelle-t-il, pour suggérer sa victoire lors des trois dernières élections.

Reste que l'inquiétude gagne les rangs libéraux. La presse anglo-canadienne a laissé tombé le Parti libéral du Québec (PLQ). Les Québécois n'écoutent pas son appel à tourner le dos à François Legault. L'appui des francophones demeure au plus bas. Depuis une dizaine de jours, quelques membres du personnel du PLQ ont abordé avec Le Soleil la question de «l'après». Certains ont déjà reçu une offre. D'autres s'interrogent sur ce qu'ils feront. L'incertitude est palpable.

Soutenir le moral des troupes

«Il se passe quelque chose», a insisté le chef libéral, mercredi, dans son fief de Sherbrooke, devant une vingtaine d'intervenants du coin. Le taux de vote par anticipation est au-dessus des 20 % dans la plupart des circonscriptions de l'Estrie, a lancé M. Charest. Puis les autres arguments. Les indécis sont encore nombreux. Les sondages ne sont «pas fiables». La course à trois rend la lutte imprévisible dans une multitude de circonscriptions. Tout pour soutenir le moraldes troupes.

Le chef libéral fait tout pour que rien ne puisse lui être reproché dans cette campagne. Il a commencé les bains de foule cette semaine. Certains disaient qu'il avait «peur du monde». Il entreprend un blitz pour fouler du pied le Saguenay, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, alors qu'il était accusé de délaisser certaines régions.

Son femme Michèle et son fils Antoine sont avec lui pour cette dernière semaine. Il serre des mains, multiplie les blagues et élude certaines questions avec tout le talent qu'on lui connaît. S'il est démonté, il n'en laisse rien paraître. Jean Charest aurait pu démissionner, comme le lui suggérait sa famille, et laisser à d'autres la défense de son bilan. Mais son côté irlandais avait envie d'une autre bataille. À un journaliste qui l'interrogeait sur sa présence dans l'Outaouais, M. Charest a même lancé : «Je suis venu ici lors de la dernière élection, et j'y viendrai probablement dans la prochaine.»

On dit souvent que Jean Charest, comme un chat, a neuf vies politiques. Quelqu'un a fait le décompte?  Simon Boivin

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • Carnets de campagne

    Élections québécoises

    Carnets de campagne

    Nos journalistes Annie Mathieu, Michel Corbeil et Jean-François Cliche racontent les événements de la campagne électorale vus de l'intérieur des... »

  • Carnets de campagne - 2

    Élections québécoises

    Carnets de campagne - 2

    Nos journalistes Annie Mathieu, Michel Corbeil et Simon Boivin racontent les événements de la campagne électorale vus de l'intérieur des autobus... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer