Qui prendra soin de la Capitale Nationale?

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Gérard Deltell, Sam Hamad ou Agnès Maltais ont l'un comme l'autre de l'un comme l'autre de bonnes chances de devenir le prochain ministre de la Capitale-Nationale.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Le Québec en élections

Politique

Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Le Soleil a rencontré les têtes d'affiche régionales des trois principaux partis politiques provinciaux pour décortiquer la campagne électorale, résumer les engagements de chacun et parler de l'avenir de Québec. Voici le meilleur de ces échanges. À lire en gardant en tête que l'un comme l'autre a de bonnes chances de devenir le prochain ministre de la Capitale-Nationale.

Agnès Maltais, Parti québécois (PQ)

Politicienne aguerrie, Agnès Maltais, 56 ans, a été élue pour la première fois en 1998. Jusqu'à la fin du règne péquiste, en 2003, la députée de Taschereau s'est promenée en limousine. Ancienne directrice de théâtre - elle a notamment dirigé la Bordée et le Périscope -, elle a d'abord été nommée à la tête du ministère de la Culture et des Communications pour ensuite devenir ministre déléguée à la Santé et aux Services sociaux, puis à l'Emploi et au Développement économique. Dans l'opposition depuis presque 10 ans, Mme Maltais a toujours été porte-parole pour la région de la Capitale-Nationale. Sa candidature avait été évoquée pour la succession d'Andrée Boucher à la mairie de Québec, en 2007, mais elle a passé son tour. Cette fois, elle se mesure à un poids lourd du gouvernement Charest, Clément Gignac, qui tente de lui arracher Taschereau. Les sondages la placent bonne première.

Sam Hamad, Parti libéral du Québec (PLQ)

Originaire de Syrie, Sam Hamad a été vice-président chez Roche et président de la Chambre de commerce et d'industrie du Québec métropolitain avant de faire le saut en politique pour «redonner au Québec ce qu'il m'a permis d'être aujourd'hui». Élu pour la première fois dans Louis-Hébert en 2003, il a presque toujours été ministre. Le libéral a d'abord dirigé le ministère des Ressources naturelles, qu'il a perdu après l'échec de la centrale thermique au gaz naturel du Suroît en 2005. De retour au Conseil des ministres en 2007, M. Hamad a depuis été à la tête de l'Emploi, des Transports et du Développement économique. Il était aussi responsable des dossiers de la Capitale-Nationale. En 2007, M. Hamad avait gagné ses élections de justesse, talonné par l'Action démocratique du Québec. Si on se fie aux intentions de vote, le duel sera encore serré.

Gérard Deltell, Coalition avenir Québec (CAQ)

Gérard Deltell a réalisé son rêve, devenir député de la circonscription de Chauveau, aux dernières élections générales, en décembre 2008. L'ancien journaliste télé, qui a notamment travaillé à TQS (devenu V), Radio-Canada et TVA, portait alors les couleurs de l'Action démocratique du Québec. Son élection était à peine confirmée que le chef et fondateur de la formation politique, Mario Dumont, remettait sa démission. Moins d'un an plus tard, la recrue était appelée à la rescousse pour prendre la place du chef, après une course à la direction déchirante et des démissions fracassantes. M. Deltell a tenu le fort jusqu'à la fusion avec la Coalition avenir Québec, dont il a négocié les conditions. Âgé de 48 ans, le député de Chauveau est aujourd'hui un ardent défenseur du nouveau parti comme du chef François Legault, ex-souverainiste alors que lui est farouchement fédéraliste.

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Leur rêve le plus fou pour Québec?

Agnès Maltais: «Mon rêve le plus fou pour Québec? Qu'elle soit reconnue comme une capitale de niveau international et, évidemment, la capitale d'un pays. Son accession au statut de capitale d'un pays serait quelque chose de formidable pour la région, pis c'est pas des ambassades pis des petits fours. [...] Moi, je pense qu'il faut que la capitale soit au diapason du monde entier, qu'elle soit connue du monde entier. Ça se fait par étapes.»

Sam Hamad: «Les Jeux olympiques. Je pense qu'un jour ça va arriver. Il faut avoir le bon timing pour ça. On a de l'ouvrage à faire. Il faut travailler pour avoir les bonnes conditions pour ça. On a déjà travaillé, préparé le terrain, mais il faut continuer, ce n'est pas fini. Régis [Labeaume] n'a pas dit non aux Jeux, c'est juste le timing.»

Gérard Deltell: «De façon caricaturale, je dirais la Coupe Stanley! Non, je crois qu'on doit poursuivre l'élan de développement économique qu'on a tout en préservant le caractère de belle ville de Québec. C'est fragile. On est rendus à quoi, 700 000 [de population] si on prend la grande, grande, grande couronne. On va taper le million tantôt. Tant mieux, mais il faut que Québec reste avec tous ses charmes et ses bons aspects. Il faut préserver ça.»

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Agnès Maltais

Le Soleil, Yan Doublet

Agnès Maltais: «Venez-vous-en, ralliez-vous!»

Agnès Maltais et Pauline Marois ne peuvent à elles seules porter les projets et les aspirations de la région de Québec dans un éventuel gouvernement péquiste. Il leur faut du renfort à l'Assemblée nationale. C'est la première qui le dit.

«Il ne peut pas y avoir que moi comme députée si on veut porter la région, relever tous les défis», martèle l'élue de Taschereau, soulignant que sa chef, députée de Charlevoix, devra «porter tout le Québec» si elle devient première ministre.

Mme Maltais, qui en est à sa cinquième campagne électorale, est actuellement la seule députée du Parti québécois au coeur de Québec et la seule à qui les sondeurs concèdent facilement la victoire mardi. Si elle demeure convaincue d'avoir fait davantage pour la région que bien des députés au pouvoir, notamment dans le dossier de l'amphithéâtre, elle aimerait avoir de la compagnie, et, surtout, de l'aide pour les prochaines années.

«Il faut qu'il y ait des porteurs des consensus régionaux. On ne peut pas laisser seulement le maire, la première ministre ou moi» faire le travail, insiste-t-elle. «Car il y a une relation entre ce qu'on vit sur le terrain, comment on entend les gens, notre connaissance intime de la région et le gouvernement.»

À quelques jours du scrutin, Mme Maltais veut «dire aux gens de la région : "Venez-vous-en, ralliez-vous!" Il faut qu'il y ait d'autres députés de la région qui soient au pouvoir.»

Son rêve immédiat serait de voir le Parti québécois «sortir trois ministres libéraux du cabinet», soit Clément Gignac, Yves Bolduc et Sam Hamad. Un rêve qu'elle considère comme réalisable malgré la générosité manifeste des libéraux pour la région de Québec, maintes fois reconnue par le maire Régis Labeaume, péquiste dans une autre vie.

Car, selon la députée péquiste, les Québécois associent le gouvernement de Jean Charest à la corruption plutôt qu'aux succès régionaux. «C'est nationalement que les libéraux sont déclassés. Les gens, ici à Québec, ils paient des taxes et des impôts et ils les voient s'enfuir dans un univers mafieux ou dans la corruption et ils voient qu'on n'a pas mis fin à ça. Alors, la sanction, elle vient du côté national.»

La politicienne croit d'ailleurs que les citoyens de Québec sont plus exigeants que la moyenne avec la classe politique en raison de la proximité du pouvoir. «À Québec, on vit avec la classe politique. Alors, quand Québec voit un gouvernement dilapider ses fonds, c'est d'autant plus frustrant que ce sont des gens qu'on croise quotidiennement», dit Mme Maltais en balayant l'air avec ses mains.

Il lui reste à espérer que les électeurs exprimeront leur ras-le-bol en votant pour le Parti québécois et non pour la Coalition avenir Québec, qui a le vent dans les voiles dans la capitale. Pour faire contrepoids aux caquistes qui promettent de «faire le ménage», Agnès Maltais fait valoir depuis quelques jours la capacité de son équipe à s'attaquer aux structures, à «bouger de gros blocs», comme lors des fusions municipales qui ont permis à Québec de «parler d'une seule voix».

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Sam Hamad

Le Soleil, Steve Deschênes

Sam Hamad: bilan régional mis de l'avant

Ses adversaires disent entendre beaucoup, beaucoup parler de corruption, mais le ministre libéral Sam Hamad affirme que le thème est absent de la campagne qu'il mène sur le terrain à Québec et à Saint-Augustin-de-Desmaures. Ses électeurs lui parlent plutôt de référendum.

«Les gens savent que c'est des allégations», tranche le député de Louis-Hébert, l'oeil sévère quand la question la corruption est abordée et aussitôt évacuée.

Ses électeurs s'inquiètent cependant d'un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, dit M. Hamad. «Ça, j'en entends parler. Honnêtement, les gens n'en veulent pas de référendum. Ils veulent un gouvernement rigoureux, un gouvernement responsable.»

Le libéral dit aussi sentir «la satisfaction de ce que nous avons réalisé à Québec» et ajoute que «les gens sont contents, les gens sont fiers». Quand on lui demande de préciser quels projets lui attirent des louanges, il répond «l'ensemble de l'oeuvre», puis glisse sur le futur amphithéâtre, dans lequel son gouvernement investit 200 millions $, l'économie florissante, les travaux routiers.

C'est d'ailleurs son bilan régional que le ministre met spontanément de l'avant quand il fait campagne : 4,2 milliards $ d'investissements et 58 000 jobs, calcule-t-il. «Du jamais-vu.» Selon lui, c'est la forte représentation libérale, qui a «travaillé en équipe», et l'amour du premier ministre pour la capitale qui ont fait la différence. «Il a toujours voulu que Québec soit une bonne ville», souligne M. Hamad comme s'il parlait d'un enfant.

Y a-t-il un danger de s'attirer la jalousie des autres villes, dont Montréal, ou de tarir la source? «Si Québec a été gâtée, le premier ministre, notre équipe et moi, on plaide coupables!» répond-il en riant. Puis il ajoute que «les autres régions ont eu aussi leur part d'une autre façon». Et si elles veulent davantage, elles n'ont qu'à copier Québec. «Ceux qui développent davantage, les villes qui sont plus agressives, qui ont des projets, pis qui amènent des bonnes idées qui sont créatrices de richesses et d'emplois, le gouvernement est partenaire.»

Dans la dernière étape de la campagne, M. Hamad ne s'inquiète pas des sondages qui placent les libéraux au troisième rang des intentions de vote. Il croit encore possible d'obtenir un autre mandat des Québécois, malgré la règle non écrite de l'alternance au pouvoir.

«Il y a eu des gouvernements qui ont gouverné longtemps. On parle de l'Alberta, de l'Ontario. C'est pas unique ça là, c'est pas une découverte. Il y en a eu. Les gouvernements qui savent où ils s'en vont continuent à gouverner», lance le ministre. À son expérience, il oppose le côté «simpliste, pas fiable» de la Coalition avenir Québec et reproche au Parti québécois de vouloir faire non pas un, mais des référendums. Tout comme son chef.

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Gérard Deltell

Le Soleil, Steve Deschênes

Gérard Deltell: le souhait d'être aux «affaires»

La Coalition avenir Québec (CAQ) a beau promettre l'abolition de 7000 postes dans la fonction publique, Gérard Deltell, figure de proue du nouveau parti à Québec, jure que les employés de l'État ne lui en tiennent pas rigueur.

«Tous les fonctionnaires que je rencontre, exception faite des chefs syndicaux et des officieurs syndicaux, me disent : "Vous avez tellement raison qu'on peut être plus efficace"», lance le député de Chauveau, en quête d'un second mandat sous une nouvelle bannière.

Selon lui, il n'y a pas de «mystère Québec». M. Deltell estime logique que la capitale vote massivement pour un parti qui promet de sabrer dans les dépenses publiques, car les citoyens constatent de visu que les ressources ne manquent pas au gouvernement provincial.

«Notre objectif, ce n'est pas de congédier des gens. Notre objectif, c'est d'être plus efficace. On abolit les postes, on n'abolit pas les personnes», prend-il tout de même la peine de dire à ceux qui craindraient de perdre leur emploi.

La CAQ entend en effet profiter de la prochaine vague de retraites pour réduire «dignement» la liste de paie du gouvernement, rappelle M. Deltell. Le ton posé qu'il emprunte ici ne cache pas pour autant son impatience.

«Pour moi, c'est vraiment un défi historique. Je le répète tout le temps : la fenêtre historique est là. Il y a 21 000 personnes qui prennent leur retraite d'ici cinq ans. On veut abolir 7000 postes. C'est un sur trois seulement. Ce n'est pas la fin du monde. C'est là que ça se passe. Si on ne fait pas ça là, [ce sera] trop tard, pis nos arrière-petits-enfants vont nous haïr de ne pas avoir fait le ménage nécessaire», plaide le politicien.

Mieux gérer l'État, contrôler les finances publiques, c'est précisément pour ça que Gérard Deltell fait de la politique. Plusieurs fois en cours d'entrevue, ses phrases commencent par «si j'ai la chance d'être aux affaires», une formule qui trahit sa haute estime pour les fonctions politiques.

Régionalement, son parti est le moins porté sur les promesses. Un seul élément de la liste de priorités du maire Régis Labeaume a trouvé spontanément grâce aux yeux des caquistes et c'est celui du droit de lock-out pour les municipalités. Les investissements dans les infrastructures sportives et la promenade Samuel-De Champlain se feront après et non avant l'étude des dossiers.

L'anneau de glace, c'est «pas tout de suite». «Il faudrait d'abord trouver un partenaire privé», dit Gérard Deltell.

Engagé dans une course à trois dans la région de Québec, son parti ne peut s'empêcher de parler au conditionnel. Pour l'ancien journaliste, c'est un carburant plus qu'un frein. «Dans la région, je ne sais pas, mais au Québec, c'est la campagne la plus spectaculaire des 50 dernières années, minimum, bien plus hot que 1976. Honnêtement, il n'y a pas personne de sérieux qui va prétendre affirmer de façon définitive: voilà ce qui va se passer, et on est à cinq jours du vote.»

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