De la rue à l'urne: les jeunes seront-ils au rendez-vous?

Pour bon nombre de la cinquantaine d'étudiants rencontrés... (Photothèque le soleil, Erick Labbé)

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Pour bon nombre de la cinquantaine d'étudiants rencontrés par Le Soleil, le «printemps érable» a sonné le réveil d'une génération pour la politique.

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Le Québec en élections

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Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

(Québec) Lors du dernier scrutin provincial, en 2008, ils brillaient par leur absence: seulement un jeune sur trois s'était déplacé pour aller voter. Après avoir envahi les rues au printemps pour dénoncer haut et fort la hausse des droits de scolarité, les 18-24 ans seront-ils au rendez-vous le 4 septembre?

Mathieu Ladrie n'avait jamais mis les pieds dans une manifestation avant le printemps dernier. Avec un de ses amis, il est allé marcher contre la hausse des droits de scolarité dans les rues de Montréal. «Avant, j'avais zéro intérêt pour la politique. Maintenant, j'en ai pas mal plus qu'avant. Le conflit étudiant, ça m'a aidé à vouloir m'informer sur la politique. Maintenant, je sais une chose: je ne voterai pas pour Charest», lance cet étudiant en arts plastiques au Cégep Limoilou.

Comme plusieurs jeunes, Mathieu n'a pas encore fait son choix. Le coeur penche pour Québec solidaire, la tête pour le Parti québécois. Même dilemme pour Louis-Étienne Vallières-Chabot, qui étudie en sciences humaines. «J'aime les idées de Québec solidaire, mais je veux que Charest parte. J'me dis que je serais peut-être mieux de voter stratégique avec le Parti québécois», explique-t-il.

Parmi la cinquantaine de jeunes rencontrés par Le Soleil aux cégeps Limoilou et F.-X.-Garneau au cours des derniers jours, presque tous ont affirmé qu'ils allaient aller voter le 4 septembre. Pour plusieurs, le «printemps érable» a sonné le réveil d'une génération.

«Qu'on ait été pour ou contre la grève, pour ou contre la hausse, le conflit étudiant a permis de discuter entre nous et de se faire une idée. C'était un peu comme un cours de politique accéléré», lance Amélie, 19 ans, étudiante au Collège F.-X.-Garneau.

Mais de là à dire que ce réveil étudiant amènera les jeunes à voter massivement le 4 septembre... il y a un pas que des experts hésitent à franchir.

La catastrophe en 2008

En 2008, seulement 36 % des 18-24 ans ont exercé leur droit de vote. François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires à l'Université Laval, ose croire qu'il s'agissait d'une exception. En 2007, le taux de participation des 18-24 ans s'élevait plutôtà 54 %.

«Je ne m'attends pas à une situation aussi catastrophique qu'en 2008, mais pas à un revirement aussi important que certains l'annoncent. Je ne suis pas convaincu que la mobilisation étudiante va à ce point changer la donne», affirme-t-il.

L'équation est toute simple. D'abord, les 18-24 ans ne comptent que pour 11 % de l'électorat. Un poids démographique qui pèse moins lourd dans la balance que les baby-boomers, qui vont voter massivement. Ensuite, les jeunes ne sont pas tous étudiants, rappelle M. Gélineau. Moins de la moitié des 18-24 ans poursuivent des études postsecondaires.

«Je ne suis pas convaincu que la mobilisation étudiante affecte à la hausse la mobilisation des non-étudiants, au contraire. Le jeune de 19 ans qui gagne sa vie dans un Couche-Tard, le débat sur les droits de scolarité, j'ai l'impression que ça lui passe 10 pieds par-dessus la tête. S'il y a une mobilisation accrue auprès des étudiants, ça représente seulement une fraction de l'électorat jeune», affirme le professeur de l'Université Laval.

Et ce n'est pas tout: les étudiants comptent déjà parmi les jeunes électeurs les plus susceptibles d'aller voter, puisque plusieurs études ont démontré que la participation démographique varie selon le niveau de scolarité. «Si on voulait augmenter le taux de participation des jeunes aux élections, on ne s'adresserait pas d'abord aux étudiants», résume-t-il.

Campagne de sensibilisation

C'est tout de même ce que font les fédérations étudiantes et collégiales, qui ont lancé une campagne de sensibilisation pour inciter les jeunes à aller voter. À l'entrée du Cégep Limoilou, les deux babillards sont remplis d'affiches incitant les jeunes à aller voter. Des débats entre les candidats des différents partis se sont déroulés dans chacun des trois cégeps de la capitale au cours de la campagne.

Lors du débat qui s'est déroulé au Collège F.-X.-Garneau, la semaine dernière, ils étaient environ 200 étudiants réunis dans l'amphithéâtre ce midi-là, écoutant attentivement les propositions des candidats. Mais ceux qui profitaient du soleil dehors avaient aussi leur mot à dire à propos de la campagne.

Bien des étudiants sont préoccupés par les enjeux entourant l'éducation, dans la foulée du «printemps érable», mais plusieurs s'inquiètent aussi de la corruption et de l'éthique des élus. «Moi, c'est pour ça que je vais aller voter cette année, à cause de la corruption. On a un problème au niveau politique et on ne peut plus jouer à l'autruche. Il faut que ça change», lance Steven, un étudiant en technique policière, qui reprend... le slogan électoral de la Coalition avenir Québec (CAQ).

D'ailleurs, les jeunes de Québec ne semblent pas faire mentir les sondages, qui indiquent que la CAQ est en tête dans la capitale. La Coalition avenir Québec revient souvent dans les conversations des jeunes rencontrés, parmi ceux qui ne sont pas souverainistes et qui ne veulent plus des libérauxau pouvoir.

Appuis aux libéraux

Mais Le Soleil a aussi rencontré des jeunes qui vont voter pour les libéraux de Jean Charest. «De toute façon, tous les politiciens sont corrompus. Et la CAQ, on les connaît pas vraiment, c'est un parti trop jeune qui manque de profondeur», lance Cédric Fréchette, un étudiant en génie mécanique au Cégep Limoilou.

Des étudiants pourraient aussi bouder le scrutin. Mathieu, un étudiant de 22 ans du Collège Garneau, n'est pas certain de vouloir participer à ce système politique en lequel il n'a pas vraiment confiance. «C'est surtout une campagne de publicité qui sert à manipuler la population, lance-t-il. Si on avait un mode de scrutin proportionnel, ce serait déjà plus intéressant.»

De son côté, le politologue Jean-Herman Guay rappelle que pour une partie des jeunes, ne pas aller voter ne veut pas nécessairement dire qu'ils ne s'intéressent pas à la vie politique. «Il y a beaucoup de méfiance envers la démocratie représentative. Mais il faut souhaiter que d'une manière ou d'une autre, les jeunes embarquent.»

Le vote des jeunes en chiffres

Taux de vote des 18-24 ans

1985: 64 %

1989: 62 %

1994: 73 %

1998: 65 %

2003: 53 %

2007: 54 %

2008: 36 %

100 408 jeunes pourront voter pour la première fois le 4 septembre.

Source: Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de Université Laval, Institut de la statistique du Québec

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