Sans jamais faire référence à la dernière enquête d'opinion parue, vendredi, dans Le Soleil, qui prédit son accession au pouvoir, mais sans une majorité de sièges, Mme Marois a soutenu qu'une telle hypothèse n'augurerait rien de bon pour la cause qu'elle défend comme élue depuis plus de 30 ans.
De passage à Gatineau, en Outaouais, la chef du Parti québécois a de nouveau mis en garde les partisans de l'indépendance sur la nécessité de ne pas diviser le vote. «Il y a une illusion chez les gens dans le fait qu'un siège ou deux qui iraient à Québec solidaire, par exemple, pourrait faire la différence.
«Si nous sommes réellement minoritaires, nous nous ferons attaquer de toutes parts par deux partis fédéralistes à l'Assemblée nationale», le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec. «Si nous n'avons pas une majorité, [...] c'est sûr que cela ferait reculer le projet de souveraineté.»
La leader péquiste semble anticiper des problèmes sur un autre front, celui de ses relations avec le premier ministre fédéral Stephen Harper, qu'elle entend rencontrer à la première occasion pour réclamer une série de pouvoirs que contrôle Ottawa. Minoritaire, elle ne peut que s'engager à défendre les intérêts des Québécois, sans plus.
Tête-à-tête avec Harper
Si le nombre de ses députés la met en contrôle de son destin à l'Assemblée nationale, elle prendra l'initiative pour un tête-à-tête avec le conservateur Stephen Harper. Elle revendiquera le rapatriement des pouvoirs pour l'assurance emploi, la culture, les communications et la langue.
Elle n'a pas encore décidé si ce sera une seule liste ou encore un examen au cas par cas des dossiers. Chose certaine, la question au français se trouvera en tête de liste. Il s'agit d'un point crucial pour un des dossiers qu'elle entend régler dans les 100 premiers jours d'un gouvernement qu'elle dirigerait : l'adoption d'une nouvelle loi 101.
Le fait qu'elle se présentera chez son homologue en ne cachant pas son ambition de faire accéder le Québec au rang de nation ne lui apparaît pas comme un obstacle. Elle a répondu à un journaliste que cela ne sera pas une séance de confrontation avec son homologue.
«J'adopterai une attitude de respect, a-t-elle avancé. J'ai été capable de discuter avec des premiers ministres [fédéraux] avec qui j'étais en profond désaccord. Je pense, entre autres, à Jean Chrétien», le libéral qui a été un politicien détesté des souverainistes.
En toute fin de journée vendredi, à Saint-Eustache, dans Deux-Montagnes, que le PQ tente de récupérer du transfuge caquiste Benoît Charrette, Pauline Marois a attaqué le chef de la Coalition avenir Québec qu'elle donne comme un ami du conservateur Harper. «Voter pour la CAQ, c'est faire plaisir à Stephen Harper. On va pas lui faire ce plaisir-là!»