Le Soleil a appelé mercredi dans une dizaine de centres d'hébergement de la région pour constater que les pratiques varient énormément d'une institution à l'autre.
Dans deux établissements, des résidants auraient voté sans avoir la capacité de le faire. Cela aurait été le cas au Centre d'hébergement Le Faubourg, a déploré une infirmière qui a préféré ne pas se nommer, et au CHSLD Domaine Saint-Dominique. «À l'exception de deux personnes, la plupart des gens étaient cognitivement capables de voter» lors du vote par anticipation cette semaine, relate la directrice de l'hébergement, Hélène Bélanger. Si ces deux personnes en «perte cognitive avancée» ont pu voter, c'est parce qu'elles ou leur famille en ont fait la demande.
C'est le personnel du centre qui assure la logistique du vote au centre, avec le personnel électoral. «Il y a des gens qui n'ont pas demandé à voter. Il y en a qu'on savait qu'ils ne sont pas aptes, et on n'a pas insisté.» Or, la question est délicate, admet-elle. «Est-ce que je brime le droit de vote?» Mais d'un autre côté, un résidant ou sa famille a beau demander de voter, ça ne veut pas dire qu'il en a la capacité. «Il y a des gens qui ne sont pas sous curatelle, mais qui ne sont pas là [mentalement]!» lance Mme Bélanger.
Elle croit que les règles en place ne suffisent pas pour résoudre ces dilemmes. «Il n'y a rien d'écrit pour les personnes qui ne sont cognitivement plus là. C'est laissé à notre jugement, [mais] est-ce que ça revient à nous?»
Si certains établissements s'en remettent aux résidants et à leurs familles, plusieurs autres dressent eux-mêmes une liste de leurs pensionnaires qu'ils considèrent comme aptes à voter.
Le Directeur général des élections entend réfléchir à la question après la présente campagne électorale. Mais l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec met en garde contre «un remède [qui] serait clairement plus nocif que le mal», en restreignant le droit de voter pour éliminer quelques cas de choix non éclairés.