Depuis la dernière refonte de la carte électorale, Jean-Lesage a accueilli plus de 11 500 électeurs habitués de voter dans la circonscription de Taschereau avec la haute ville. Un terreau où germent bien les propositions péquistes et solidaires, convient le député libéral du coin, André Drolet, qui tente de décrocher un deuxième mandat. «C'est une nouvelle clientèle. C'est un défi.»
Un défi, également, parce que Jean-Lesage n'est pas fidèle! Le libéral a séduit l'électorat en 2008, devançant ses adversaires par plus de 4200 voix. L'Action démocratique du Québec s'était pourtant installée solidement à la tête de la circonscription en 2007, avec une majorité similaire. Et, au milieu des années 90, c'est le Parti québécois qui l'avait emporté, toujours avec une avance équivalente - c'était dans l'ancienne circonscription de Limoilou aujourd'hui disparue.
M. Drolet travaille donc fort pour se présenter aux nouveaux électeurs, pour les charmer. Le matin de notre rencontre, il visitait le Relais d'Espérance, un organisme communautaire planté sur la 4e Avenue. Peu scolarisé, le député de 58 ans dit se préoccuper de la clientèle démunie, puisqu'il aurait lui-même goûté à la pauvreté, jeune, sur la 2e Avenue. Depuis, il a gravi les échelons dans l'entreprise privée : d'abord représentant pour des entreprises de bière et de boissons gazeuses, il est devenu directeur des ventes. Il a aussi été copropriétaire de divers commerces, administrateur de la Chambre de commerce de Québec, président du Carnaval...
Présent dans la circonscription, bien au fait des dossiers locaux, il doit maintenant redoubler ses efforts pour convaincre les citoyens de l'appuyer malgré les «allégations» troublantes circulant au sujet du manque de probité de la classe politique. «On ne mérite pas ça. Les exceptions ne confirment pas la règle. On oublie que le politicien, dans son comté, il travaille 70 heures et il travaille fort.»
Militant aguerri au PQ
Le Parti québécois (PQ) semble aussi convaincu que les 11 500 résidants de Limoilou maintenant rapatriés dans Jean-Lesage influenceront le scrutin du 4 septembre. Les militants ont fait des pieds et des mains pour louer le local vacant trônant à l'intersection de la 3e Avenue et du chemin de la Canardière. Et les membres ont choisi un politicien aguerri dans l'espoir de reprendre le secteur aux rouges.
Pierre Châteauvert n'a jamais été à l'avant-scène. Mais il milite depuis une trentaine d'années chez les souverainistes, assure-t-il. Il a longtemps bossé pour l'ancien ministre Guy Chevrette. Il a aussi occupé la direction générale du parti. Avant la campagne électorale, il travaillait dans le domaine des «affaires publiques» chez Hill+Knowlton Stratégies.
Il est en congé sans solde pour investir toute son énergie dans le ring politique. Et il court. La séance de porte-à-porte à laquelle il nous avait convié était sportive. Une équipe de bénévoles d'un bord de la rue, le candidat de l'autre. On fait vite, il faut rencontrer le plus d'électeurs possible. Au fait, vous a-t-on dit que le secteur Limoilou est important pour les candidats? Surprise! Ce jour-là, autour de la 20e Rue, Pierre Châteauvert a croisé... le candidat libéral André Drolet qui frappait aux mêmes portes!
Comment le péquiste Châteauvert se vend-il aux électeurs? En énumérant quelques priorités locales. Mais, surtout, en insistant sur ses origines : «On dit toujours que les politiciens disparaissent entre deux élections, pour moi ça ne sera pas possible! Je suis né à Saint-Pie X, je vis à Saint-Pascal. Je suis la cinquième génération de Châteauvert dans le coin.»
Séduite par Duchesneau (CAQ)
Décidément, du côté de Jean-Lesage, le recrutement local a porté des fruits. La candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ), Johanne Lapointe, est aussi née dans le secteur. Elle habite toutefois hors de la circonscription, dans Charlesbourg.
Mme Lapointe a sauté dans l'arène un peu plus tardivement que ses adversaires. Elle s'est lancée durant la deuxième semaine de la campagne électorale, après l'annonce de l'engagement de Jacques Duchesneau. «Ça a confirmé que la Coalition prenait un engagement très sérieux [à apporter des changements] et qu'elle prenait les moyens pour y arriver.»
Johanne Lapointe n'avait pas pensé à la politique. Elle ne militait pas. Elle a cependant travaillé au bureau de Québec du député ministre progressiste-conservateur Gilles Loiselle de 1988 à 1993. Depuis 1995, elle navigue au sein d'Arrimage Québec, une entreprise maritime implantée dans 23 ports.
Quand on la questionne sur les enjeux locaux, elle fait plutôt référence aux grands engagements du parti: «Le programme national va finir par avoir un impact local.» La gestion serrée promise par la CAQ libérera des fonds pour les services de proximité, évalue-t-elle.
C'est d'ailleurs chez une sympathisante convaincue du bien-fondé du programme caquiste que nous avons discuté, dans un appartement du boulevard Benoît-XV. La dame a été séduite par la promesse d'assigner un médecin de famille à tous les citoyens. Johanne Lapointe, 52 ans, croit que plusieurs autres électeurs «sont prêts à quelque chose de nouveau».
QS par conviction
Du nouveau, Élaine Hémond en a beaucoup à offrir! Même si Québec solidaire (QS) a récolté moins de 5 % des voix dans Jean-Lesage en 2008, elle juge que le parti pourrait envoyer plusieurs élus à l'Assemblée nationale «si les gens ont le courage de voter selon leurs convictions. Si les citoyens se résignent à voter pour le moins pire, on ne changera rien».
C'est d'ailleurs par conviction qu'Élaine Hémond porte les couleurs de Québec solidaire. Quelques formations la courtisaient. «J'aurais pu aller vers d'autres partis.» L'égalité, l'équité, l'altermondialisme, l'écologie, le partage entre tous, la démocratie participative... Autant de thèmes solidaires qui l'ont convaincue de faire le saut à 66 ans, en rémission d'un cancer - il y a deux mois, elle était encore en traitement, admet-elle ouvertement. «Je suis venue avec l'idée d'aller au bout de mon engagement.»
Résidante de la circonscription (Maizerets), Élaine Hémond connaît bien le microcosme politique. Elle a formé plus de 1000 femmes, au Québec et à l'étranger, pour qu'elles se présentent aux élections. «J'ai été indignée au cours de l'automne, de l'hiver et du printemps. Je n'ai pas travaillé pour cette démocratie-là. J'ai décidé de plonger moi-même après avoir accompagné tant de femmes candidates.»
Est-ce que Jean-Lesage est prêt pour Québec solidaire? Le profil sociopolitique est équivalent à celui du Plateau à Montréal, compare-t-elle. «Le parti n'arrivera pas au pouvoir. Mais si on peut avoir environ six élus, si on peut être les yeux et les oreilles et la voix des citoyens...» Élaine Hémond espère.