En entrevue au Soleil, vendredi, la chef péquiste s'est dite tentée de demander ceci à ces électeurs : «Êtes-vous des souverainistes? Êtes-vous des progressistes? Si vous êtes des souverainistes, ne divisez pas le vote souverainiste. Si vous êtes des progressistes, ne divisez pas le vote progressiste.»
«Si vous le faites, vous allez faire passer ceux qui ont des politiques allant complètement à l'encontre de ce que le Parti québécois défend.»
Pauline Marois veut dire à ces électeurs que ce qu'elle propose est beaucoup plus près de leurs valeurs que les programmes portés par les libéraux de Jean Charest et les caquistes de François Legault.
Au créneau rapidement
Les premiers gestes d'un gouvernement du Parti québécois au titre de la «gouvernance souverainiste» porteraient sur l'assurance emploi et le vaste domaine de la culture et des communications, a annoncé la chef durant l'entretien. La culture et les communications, ainsi que «leurs prolongements», a-t-elle précisé en évoquant la langue et l'immigration.
Un gouvernement de Pauline Marois ne tarderait pas à monter au créneau, peut-on comprendre. Il réclamerait d'Ottawa le rapatriement à Québec de tous les pouvoirs et prérogatives en ces matières.
La «gouvernance souverainiste» est au coeur du projet de Pauline Marois. Elle l'a fait entériner par toutes les instances de son parti, parfois contre vents et marées.
La chef péquiste affirme qu'elle serait mieux outillée que ses adversaires pour cogner à la porte du gouvernement canadien. «Charest ne demande rien. Et l'autre leur dit d'avance : "Je renonce..."»
Elle assure vouloir négocier en toute bonne foi et affirme pouvoir réussir. Elle rappelle que la formation souverainiste a déjà négocié avec succès des rapatriements.
Mais que se passerait-il si le gouvernement fédéral ne se rendait pas à ses arguments? «"Ils" savent qu'à partir du moment où ils nous diront non, ce sera encore une fois la démonstration qu'on ne veut pas reconnaître la différence québécoise.»
Jean Charest et François Legault ne s'étonneront pas de l'entendre aussi dire qu'«"ils" savent très bien [à Ottawa] que nous, ce qu'on veut, c'est faire la souveraineté. Alors, ça va nous aider à faire la souveraineté».
Le chef libéral et le leader caquiste ne s'en étonneront pas, mais remarqueront, comme les péquistes, la clarté du propos. Chaque camp les appréciera différemment.
«Retrouver un certain calme»
Son cadre financier présenté, Pauline Marois croit avoir désormais tout en main pour rassurer les Québécois.
«Rassurer.» Démontrer qu'elle est «responsable». Voilà ce à quoi elle s'emploiera au cours des prochains jours. Un message qui s'adressera plus particulièrement aux sympathisants caquistes.
Les «batailles de structures» que veut mener François Legault, qu'elle tacle beaucoup, ne donneraient pas les résultats escomptés, a insisté la péquiste. Une affirmation qu'elle a remartelée : «Je ne veux pas perturber le fonctionnement normal et naturel de l'État.»
Elle a laissé entendre que les «bouleversements» qu'engendrerait le chef caquiste, s'il prenait le pouvoir, pourraient déboucher sur des conflits sociaux.
Première ministre, elle veillerait à ce qu'il n'y ait pas de «perturbations» lors de l'implantation des changements qu'elle préconise - de l'élargissement de la loi 101 à l'augmentation des redevances versées par les minières.
Elle estime que son parti serait un meilleur garant de la paix sociale que l'actuel gouvernement de Jean Charest. Elle se demande d'ailleurs si la réélection des libéraux ne serait pas le prélude à un retour de manifestations d'étudiants, à un retour de la crise sociale.
«On va retrouver un certain calme» avec un gouvernement du Parti québécois, a-t-elle dit.
Prêts à voter pour une femme
Les Québécois sont prêts à faire confiance à une femme pour occuper les plus hautes fonctions politiques au Québec, assure Pauline Marois. La campagne en cours l'en a convaincue, même si plusieurs, y compris l'un de ses anciens députés, ont déjà émis des doutes à ce sujet. «Je ne suis pas inquiète de ça», a-t-elle dit, vendredi.
Première ministre, Pauline Marois «aimerait beaucoup» former un Conseil des ministres comptant autant de femmes que d'hommes. «Mais je n'en prendrai pas l'engagement aujourd'hui. Comme je ne dirai pas qui je vais nommer ministre. Je ne suis pas assez présomptueuse pour ça. Je vais attendre le scrutin.»