«Je fais un appel à la population» pour obtenir «le gouvernement le plus majoritaire possible afin de réaliser les changements qu'on propose», a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) en entrevue au Soleil, vendredi.
François Legault a lu le sondage CROP indiquant que bien des citoyens jugent ses engagements irréalistes. Il ajuste le tir. «Le message que je veux passer, c'est un peu comme Obama : Yes, we can. On peut le faire. Mais pour le faire, on a besoin de l'appui de la population.»
Il n'aurait évidemment pas les coudées aussi franches à la tête d'un gouvernement minoritaire. «Ce serait plus difficile, car les deux vieux partis [le Parti libéral du Québec et le Parti québécois] défendent le statu quo. Ils essaient de faire peur aux Québécois en disant que les changements qu'on propose engendreront le "chaos".»
À l'évidence, François Legault n'en peut plus d'entendre ses adversaires répéter ce mot ad nauseam - même s'il a lui-même déclaré qu'il allait «venter fort au Québec» advenant l'élection d'un gouvernement caquiste. Aujourd'hui, il veut dissiper les inquiétudes.
Dans un gant de velours
François Legault assure être capable de s'entendre avec les syndicats. Comme gage de sa bonne foi, il se dit prêt à négocier les modalités des changements qu'il préconise.
S'il devient premier ministre du Québec, il annonce qu'il pourrait «compenser» financièrement les organisations syndicales pour les pertes de cotisations qu'elles subiraient avec son plan prévoyant l'abolition de 7000 postes dans la fonction publique et chez Hydro-Québec.
«Une des conséquences des abolitions de postes pour les syndicats, c'est des pertes de cotisations», a-t-il commenté pendant l'entrevue avant de lui-même poser une question inédite : «Est-ce qu'on peut les compenser pour ces pertes de cotisations?»
Pressé d'aller plus loin, d'expliciter, il a justifié cette éventualité en disant que «ce serait des peanuts par rapport aux économies qu'on pourra faire. Nous, on veut faire quelques milliards de dollars d'économies dans les dépenses de bureaucratie. Si ça nous coûte quelques millions de dollars [de compensation] pour être souple... Je suis un homme pragmatique.»
Il répète vouloir «être ferme sur les objectifs, mais souple sur les moyens».
François Legault garantit qu'il peut aussi s'entendre avec les fédérations étudiantes, sauf peut-être avec la CLASSE, «qui veut détruire le système capitaliste». «Le choix que je fais, c'est de mettre un milliard dans les écoles pour travailler tôt sur l'égalité des chances, pour qu'il y ait plus de jeunes qui aient la chance de se rendre jusqu'aux portes de l'université.»
Oui? Non?
Si le PQ était élu et déclenchait un référendum sur la souveraineté, l'ancien ministre péquiste voterait Non, mais serait d'abord et avant tout «dans le camp de ceux qui se battront pour dire qu'il ne doit pas y avoir de référendum. Ce serait la pire chose qui pourrait arriver à la nation québécoise».
«Je n'embarquerai pas dans le jeu de M. Charest, qui a fait toute sa carrière politique contre la souveraineté. Il aimerait bien avoir une autre campagne électorale où l'on soit obligé de se camper : est-ce qu'on serait dans le camp du Oui ou dans le camp du Non?»
L'enjeu vaut aussi pour son propre parti, qui ne survivrait pas si son chef annonçait qu'il allait travailler pour un camp ou l'autre dans une campagne référendaire. «Ce n'est pas vrai qu'on va détruire la Coalition, dit-il. On a des gens qui viennent du Parti libéral, d'autres du Parti québécois.» Ils sont là pour «faire le ménage».
Éducation: des valeurs à changer
«Au Québec, on a 20 % de taux de décrochage. En Finlande, c'est 1 %. Je regarde les 12 écoles juives au Québec, c'est 1 %.» Sans compter «les Asiatiques», qui sont souvent «premiers de classe», note encore le chef caquiste.
Le terrain est glissant. François Legault cherche à en tirer avantage. «Je persiste et je signe : on a un problème au Québec. On ne valorise pas assez l'éducation. On ne valorise pas assez l'effort. On ne valorise pas assez le dépassement de soi. Ça concerne toute la société. Les parents, les jeunes, les enseignants, les politiciens.
«Si on n'inverse pas les tendances, nous ne serons pas capables dans 10 ans, dans 20 ans, de se payer les mêmes programmes sociaux qu'aujourd'hui.»