Marois exigera des élus la maîtrise du français

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La chef péquiste Pauline Marois était à Montréal, mardi.

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Le Québec en élections

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Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

(Montréal) Pauline Marois rendra obligatoire la maîtrise du français à tout candidat qui veut devenir maire ou conseiller d'une ville, ou encore député à l'Assemblée nationale, qu'il soit immigrant reçu, autochtone ou anglophone du «West Island».

Mardi, à Montréal, la chef du Parti québécois (PQ) a profité de sa première sortie partisane après la tenue de deux débats télévisés des chefs pour réitérer sa volonté de reprendre un projet de loi sur la citoyenneté que le Parti québécois a déposé, en 2007.

Ce ne sera pas une législation uniquement «pour les nouveaux Québécois», a-t-elle insisté, en point de presse. «C'est pour tout le monde», cette obligation qu'elle entend imposer, si elle prend le pouvoir.

Cela vaudrait pour les aspirants, qui se présentent dans des villes anglophones, comme Westmount ou Hamstead, sur l'île de Montréal. Ils ne pourraient briguer les suffrages à moins de se débrouiller dans la langue de la majorité au Québec, poursuivit la leader péquiste.

La règle s'appliquerait aussi aux autochtones qui ne s'expriment souvent que dans leur langue et en anglais, a-t-elle poursuivi. «Je ne connais pas de villes à 100 % anglophones», a expliqué la leader du PQ pour défendre son point de vue.

Mme Marois a été évasive lorsqu'elle s'est fait demander comment déterminer le niveau pour se qualifier aux postes électifs. «Il n'y a pas de tests oraux ou écrits qui sont prévus. Il faudra voir les outils qui existent déjà.»

Elle a rappelé que «des expertises existent» pour mesurer la connaissance de l'anglais ou du français avant d'octroyer la citoyenneté canadienne. L'important, c'est qu'un candidat soit «capable de discuter avec les citoyens, d'expliquer son point de vue, même si parfois, il y a un mot de travers.

«Moi-même, parfois, mon anglais est déficient à l'occasion, vous le savez», a-t-elle tenu à ajouter. Mme Marois a d'ailleurs trébuché à quelques reprises, lors de la période de questions en anglais.

Lorsqu'une journaliste lui a demandé si la menace d'un référendum pouvait amener un effondrement du marché immobilier, elle a rétorqué que ce genre de menace lui rappelle le coup de la Brinks, une firme spécialisée dans le transport de biens et de billets de banque, à la veille du plébiscite de 1980. «The Brinks society decided to go outside of Québec with his big... camions... big trucks.»

«Mais je parviens généralement à exprimer assez bien ma pensée», a-t-elle signalé, à propos de sa capacité à parler anglais. «Alors, on pourra peut-être s'inspirer de mon expérience.»

Mme Marois a mis en garde les médias contre l'interprétation que fait son adversaire libéral Jean Charest qui veut «faire accroire que nous voulons empêcher des gens de voter.» «C'est le droit d'éligibilité» qui fera l'objet de la loi.

RÉACTIONS aux propos de Marois

Propos recueillis par David Rémillard

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Peter Trent

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> «Blessant», dit Peter Trent

La loi que souhaite mettre en place Pauline Marois est une «insulte pour les anglophones», estime Peter Trent, président de l'Association des municipalités de banlieue de l'Île de Montréal.

M. Trent a qualifié le projet de loi de «blessant» et de «méprisant» pour la communauté anglophone.

Il accuse Mme Marois de «sortir un lapin de son chapeau à des fins purement électorales». Selon lui, un projet du genre n'est absolument pas nécessaire, considérant que la majorité des élus municipaux anglophones maîtrisent suffisamment le français. «Je connais peut-être deux exemples qui ne parlent qu'anglais. Deux sur 7000 élus», s'insurge celui qui est aussi maire de Westmount, une municipalité montréalaise à forte concentration anglophone.

Peter Trent dit toutefois être d'accord avec Mme Marois sur le fait que tout élu se doit de maîtriser minimalement le français. Mais de là à imposer un projet de loi, il y a une marge, croit-il.

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Gérald Lemoyne

> «Pas nécessaire», dit Gérald Lemoyne

Gérald Lemoyne, candidat libéral dans Ungava et maire de Lebel-sur-Quévillon, ne voit pas l'utilité d'un tel projet de loi. Selon lui, c'est aux électeurs «d'élire la meilleure personne pour gérer la ville». «S'il y a des gens qui sont tous des électeurs francophones, il y a peu de chances qu'ils élisent un anglophone», explique-t-il.

M. Lemoyne soulève par ailleurs le cas des communautés autochtones, nombreuses dans la région d'Ungava. Dans le cas des Cris, par exemple, la majorité d'entre eux parlent le cri ou l'anglais, mais très peu le français.

«Si on devait interdire à ces gens-là d'avoir un maire qui ne parle pas français, ils auraient de la difficulté à trouver quelqu'un.» Même chose pour les communautés inuites, dont les principales langues sont l'anglais et l'inuktitut. «C'est à mon avis un projet de loi qui n'est pas nécessaire».

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Julius Grey

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> «Idée terrible», dit Julius Grey

Me Julius Grey, notamment connu pour son désaccord sur certaines dispositions de la loi 101, est foncièrement opposé à l'idée avancée par Pauline Marois. «Sans prêter de mauvaises intentions, je pense que c'est un projet terrible», lance-t-il. «L'idée d'exiger une connaissance du français me paraît manifestement inconstitutionnelle», poursuit l'avocat spécialisé en libertés individuelles.

Selon lui, la langue ne peut être invoquée comme une limite raisonnable pour interdire le droit d'un individu de participer activement à la vie démocratique, droit encadré par les articles 3 et 4 de la Charte canadienne des droits et libertés. «Le but de la démocratie, c'est d'inclure tout le monde», plaide-t-il.

Me Grey croit également qu'un tel projet de loi contribuerait à exclure les immigrants et les minorités de la vie politique. «Chaque citoyen a le droit de se présenter.» Bien que farouchement opposé à l'idée de Pauline Marois, Me Grey précise toutefois qu'il faudra voir comment une telle loi serait appliquée.

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Éric Forest

Photothèque Le Soleil

> «Libre choix», dit Éric Forest

Éric Forest, maire de Rimouski et président de l'Union des municipalités du Québec, admet qu'il serait souhaitable que tout candidat ou élu municipal maîtrise un minimum de français. «Mais il faut tenir compte de la réalité», précise-t-il, ajoutant que certaines communautés n'ont tout simplement pas le français comme langue d'usage. «Si personne parle le français, ils ne vont pas élire un francophone!»

M. Forest dit défendre vigoureusement le droit démocratique des électeurs de voter pour le représentant qui leur convient, indépendamment de la langue qu'il parle. «Le principe de base de la démocratie, c'est de leur [les électeurs] laisser le libre choix.»

M. Forest n'a pas toutefois pas voulu s'avancer davantage. «Il faudra qu'on regarde les tenants et aboutissants» de la loi, juge-t-il prudemment. Mais au-delà du projet de loi de Mme Marois, M. Forest maintient qu'il faut respecter les décisions des électeurs.

INFIRMIÈRES

La leader du PQ s'est présentée à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) pour revenir sur certains points de sa plate-forme électorale. Elle a refait sa profession de foi envers un système public de santé.

Elle a condamné le recours, «ruineux» pour l'État, à des agences privées d'infirmières. La FIQ est aussi opposée à cette tendance.

Pauline Marois a répété qu'elle est favorable à ce que des infirmières puissent élargir le champ des gestes professionnels qu'elles posent. Celles-ci devraient pouvoir en faire plus pour des radiographies ou des tests en laboratoire, a-t-elle évoqué. Mais elle a chassé de son langage les «superinfirmières», qu'elle nommera à l'avenir «infirmières cliniciennes».

Depuis 2003, il se passe rarement un mois sans que le libéral reproche au gouvernement péquiste de Lucien Bouchard d'avoir commis une grave erreur avec la mise à la retraite de médecins et d'infirmières.

Questionnée à ce sujet, Mme Marois, ministre sous Lucien Bouchard, a souligné qu'il «faut se rappeler le contexte» budgétaire. «Et il est arrivé un phénomène imprévu: il y a eu beaucoup plus d'infirmières qui ont décidé de prendre leur retraite que ce qui était initialement prévu.»

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