Pendant une heure, ils ont transposé sur le plateau de TVA les échanges qui les opposent depuis des mois, voire des années, au Parlement.
La nouvelle dynamique du «un contre un» a montré son plein potentiel sur la question de la gouvernance, presque entièrement dédiée à la corruption. D'emblée, le chef libéral a déploré les «campagnes de salissage» menées selon lui par le Parti québécois. «Il y a beaucoup d'accusations non fondées qui ont été portées, a-t-il dénoncé. Ça a été fait dans le seul but de nuire et de salir des réputations.»
Il n'en fallait pas plus pour que Mme Marois aligne les dossiers qui ont embarrassé le gouvernement Charest. Les événements qui ont mené à la commission Charbonneau, les démissions des ministres Tony Tomassi et David Whissell, les rapports du Vérificateur général sur la gestion des permis de garderie et des contrats aux Transports.
«Ce n'est pas vous qui allez me donner des leçons d'intégrité, a rétorqué la chef péquiste. Jamais je n'accepterais qu'une de mes ministres aille déjeuner avec un représentant de la mafia.»
Sans se laisser démonter, le chef libéral a répété que le financement du PQ a été critiqué par le rapport Moisan en 2006 et qu'une campagne à la direction de Mme Marois a été financée de manière douteuse. Il a ajouté qu'un gros contrat a été accordé à Tony Accurso par le gouvernement de Lucien Bouchard. M. Charest estime avoir pris ses responsabilités en encadrant le financement des partis et en adoptant des lois pour lutter contre la corruption et la collusion.
«Le contraire de la franchise»
L'enjeu référendaire a de nouveau placé Mme Marois sur la défensive. Elle n'a pu dire si «oui ou non» elle organiserait un référendum dans un premier mandat. Elle a finalement dit qu'elle «souhaite en avoir un», mais seulement lorsqu'elle aura l'assurance de le gagner.
«Vous êtes tout le contraire de la franchise», a chargé le libéral. «La même personne qui veut des élections à date fixe» place une épée de Damoclès au-dessus de la question de l'unité nationale.
Sur la question du français, Mme Marois lui a reproché son laissez-faire. «Quand le français recule à Montréal, le français recule partout.» Le leader du Parti libéral du Québec est convaincu du contraire. «La langue française ne recule pas, elle continue d'avancer.»
La chef du PQ a suggéré que M. Charest est déconnecté... de la rue. «Allez dans les petits commerces, a-t-elle lâché... Mais déguisez-vous, sans ça ils voudront sans doute vous dire autre chose que bonjour.»
En éducation, la collision frontale a été inévitable. Les deux adversaires ont maintenu leurs positions diamétralement opposées sur les droits de scolarité. Souvent à l'offensive, le chef du PLQ a reproché à la péquiste d'avoir porté le fameux carré rouge.
«Vous avez abdiqué devant la rue», a lancé M. Charest. Même un candidat péquiste, Léo Bureau-Blouin, ex-dirigeant de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a reconnu que certains leaders étudiants étaient «intransigeants» par rapport à ce qu'il croit être une réforme juste.
«L'infâme loi 78»
«Un premier ministre ne divise pas ses jeunes», a rétorqué la leader du PQ. Mme Marois a réaffirmé sa position : annulation de l'augmentation, annulation de «l'infâme loi 78» et indexation des droits au coût de la vie.
Pendant que M. Charest dénonçait la violence, Pauline Marois a exprimé sa fierté devant la démonstration monstre du printemps où tout s'est déroulé pacifiquement.
«Reprendra-t-elle, la crise sociale?, a lancé Mme Marois.
- Non, a répondu M. Charest, à moins que vous ne l'alimentiez.»
Lors du segment sur l'économie, la chef péquiste a soutenu que son vis-à-vis a haussé les taxes et les tarifs de 6 milliards $ depuis 2003. Et qu'il prévoit débloquer les tarifs d'hydroélectricité de 1 milliard $. Les Québécois sont néanmoins plus riches aujourd'hui qu'en 2003, a rétorqué M. Charest.
Sur son terrain de prédilection, M. Charest a fait mal paraître Mme Marois lorsqu'il a été question du Plan Nord. Il a vanté le potentiel de création d'emplois liée à l'exploitation des ressources naturelles. «Les jobs dans le Nord sont des jobs dans le Sud», a-t-il affirmé.
Avec la collaboration de Jean-Marc Salvet