C'est le calcul que font les transporteurs scolaires du Québec. Si la mesure annoncée par François Legault se concrétise sous un éventuel gouvernement caquiste, ils craignent que le fragile équilibre qui existe pour le transport des écoliers du primaire et du secondaire soit rompu, exprime le directeur général de l'Association du transport écolier du Québec (ATEQ), Luc Lafrance.
En ce moment, le transport est organisé en fonction de deux groupes d'élèves, ceux du primaire et ceux du secondaire, qui terminent les cours à des heures différentes. Les premiers vers 15h30 et les seconds vers 16h. Pour se conformer à une recommandation du vérificateur général du Québec, les commissions scolaires se sont organisées avec les transporteurs pour assurer que chaque véhicule scolaire soit le plus efficace possible, rappelle M. Lafrance.
Ainsi, l'autobus passe prendre les tout-petits à la sortie du primaire, les ramène à la maison et immédiatement après entreprend le même manège cette fois pour les élèves du secondaire.
Mais si ceux-ci terminent une heure plus tard, il y aura bien entendu un «temps mort». Cela entraînera forcément des coûts supplémentaires. «Ce sont des coûts importants. Les commissions scolaires vont devoir choisir entre payer du temps supplémentaire pour les chauffeurs ou recourir à un véhicule de plus qui desservirait uniquement la clientèle du secondaire», analyse Luc Lafrance.
Difficile pour le moment de chiffrer ces coûts, selon M. Lafrance, mais il estime qu'ils s'élèveront probablement à «plusieurs centaines de milliers de dollars». En fait, selon le directeur général de l'ATEQ, il est probable que chaque commission scolaire doive signer des contrat de transport supplémentaires. Un contrat de transport coûte en moyenne à la commission scolaire 50 000$. Quelque 8000 véhicules jaunes circulent sur les routes du Québec pour le compte des 72 commissions.
Horaire de travail
Pierre Tremblay, copropriétaire d'Autobus Tremblay Paradis, qui dessert les commissions scolaires des Découvreurs, des Navigateurs, de la Capitale et Central Québec, voit aussi poindre à l'horizon des problèmes pour arrimer cette mesure aux conventions collectives déjà existantes, qui définissent une journée de travail pour un chauffeur.
Forcément, avec une heure de plus pour les élèves du secondaire, la journée des conducteurs s'allongerait. Sans parler des impacts sur l'environnement qu'implique un plus grand nombre d'allers-retours, dit-il. «Personne n'y trouverait son compte», exprime M. Tremblay.
À la commission scolaire des Navigateurs, la porte-parole Louise Boisvert indique que quelque 150 véhicules seraient touchés par les changements. «Juste pour le salaire des chauffeurs, il faudrait ajouter au moins une heure par jour, au tarif horaire de 20 $ de l'heure.» Et il faut multiplier le tout par 183 jours d'école. Dans le cas précis de l'école L'Horizon, à Saint-Jean-Chrysostome, ce sont 10 véhicules qu'il faudrait ajouter, au coût de 55 000 $ chacun, rapporte-t-elle.
Au bout du compte, affirment MM. Lafrance et Tremblay, la facture sera invariablement refilée aux contribuables, car ce sont eux, par leurs taxes, qui financent le transport scolaire.
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Les municipalités pourraient devoir gérer les autobus
La Coalition avenir Québec (CAQ) n'écarte pas la possibilité de refiler aux municipalités la gestion du transport scolaire si les écoles jugent qu'elles obtiendront un meilleur service de ce côté.
Mario Asselin, candidat de la CAQ dans Taschereau, a ouvert cette porte vendredi en entrevue au Soleil.
Avec la venue des centres de service, qui remplaceraient les commissions scolaires sous un gouvernement de la CAQ, ce seront eux qui auront le mandat d'offrir aux écoles devenues autonomes des solutions pour le transport des élèves.
Les écoles auront donc le choix de la formule qui leur convient le mieux. Le candidat, qui a déjà occupé le poste de directeur d'école, prévoit que «des écoles vont s'unir pour se doter d'un plan de transport intégré». Ainsi, la CAQ mise sur une concurrence qui s'établirait.
Mais dans le cas où les écoles ne trouvent pas chaussure à leur pied, elles pourraient se tourner vers les municipalités, indique M. Asselin.
«C'est un scénario qui n'est pas envisagé, mais c'est un scénario qui pourrait le devenir dans un contexte où les centres de service ne créeraient pas des services à la satisfaction des écoles. [...] Pourquoi pas? Ça fait partie de la concurrence. Ce n'est pas comme ça qu'on le planifie, mais je ne pense pas qu'il faut absolument l'exclure.»
Attention, ajoute-t-il, il faudrait s'assurer que les élèves du primaire ne seront pas mélangés aux élèves du secondaire ou de l'éducation des adultes dans les autobus. Il faudra une «liste de garanties» solide, admet Mario Asselin.