Le secteur compte moins de 15 ans d'histoire, si on exclut des projets expérimentaux. Il a été lancé avec plus d'intensité il y a 10 ans, quand le gouvernement du Parti québécois a publié un premier appel d'offres pour l'érection de parcs éoliens capables de produire 1000 mégawatts.
Les libéraux ont pris le relais en 2003. Dans moins de quatre ans, le Québec devrait avoir 4000 mégawatts éoliens installés, et les investissements nécessaires à ces aménagements approcheront les 10 milliards$. Qu'en sera-t-il pour l'après-2015-2016?
Comment les partis politiques voient-ils l'avenir d'une filière qui emploie plus de 1200 personnes en Gaspésie et dans la MRC de Matane, et pas loin de 5000 au Québec?
Québec solidaire (QS) prône carrément la nationalisation des parcs éoliens. Jusqu'ici, le développement de la production a été réalisé par des firmes propriétaires des tours éoliennes, qui vendent l'électricité à Hydro-Québec.
«On nationalise. L'État devient maître d'oeuvre, par le biais de sa filiale Éole Québec. Ça n'empêche pas la gestion locale, par le biais d'ententes. Il y aura de la place pour la sous-traitance donc. On veut aussi une consultation plus élargie pour le développement des parcs éoliens», signale Patricia Chartier, candidate de Québec solidaire dans Bonaventure, en Gaspésie.
Pour le moment, il n'y a pas de cible future de développement en énergie éolienne. «On veut avant tout économiser l'énergie, ce qu'on appelle les négawatts», dit-elle.
Damien Arsenault, député sortant libéral de Bonaventure, croit que les 700 mégawatts annoncés le 20 juillet par le premier ministre Jean Charest, appelés «mégawatts orphelins» parce qu'ils venaient de projets n'ayant pas abouti, pourraient suffire à garantir l'avenir à long terme de l'industrie.
«Les 700 mégawatts devraient permettre la continuité des entreprises établies sur le territoire. Au-delà de ces carnets de commandes, on va revenir dans un cycle de remplacement [des premiers parcs éoliens]», estime M. Arsenault, qui voit aussi «les entreprises [...] capables d'être des fournisseurs pour des parcs éoliens situés hors Québec».
Il est d'avis que l'État devra évaluer la situation dans un prochain mandat, pour déterminer «où nous sommes rendus [...] voir le bout de chemin fait pour s'assurer de répondre aux besoins, et ne pas créer quelque chose qui ne répond pas aux besoins».
Le porte-parole du Parti québécois en matière d'énergie, Bernard Drainville, voit pour l'avenir un changement important dans la façon de développer les parcs éoliens, qui occupent une bonne place dans la stratégie de sa formation.
«Sauf que, on va le faire différemment. Il faut que les communautés soient dans le coup, pour la propriété, pour le contrôle des projets. Il faut faire bénéficier davantage les communautés, par le biais d'un contrôle minimal de 50 %. On s'aperçoit qu'on a beaucoup de résistance, parce que les gens étaient informés par Hydro-Québec quand le projet était annoncé. Il faut viser l'acceptabilité sociale, si on veut que ça marche», aborde-t-il.
«Pour que les gens se disent: "Ça vaut la peine, si vous êtes pour planter des éoliennes proche, on veut être informés et être les premiers bénéficiaires» [...] La dimension d'appropriation des ressources est importante. Il y a eu un transfert des profits vers des groupes qui ne sont pas au Québec», ajoute-t-il.
Le Parti québécois n'a pas de cible de production, mais la prochaine Stratégie énergétique du Québec devra «préserver la masse critique que la Gaspésie a développée, les belles usines de Matane, de Gaspé et de New Richmond», conclut-il.
Gérard Deltell, de la Coalition avenir Québec, croit au développement éolien mais il dit aussi «qu'il est temps de faire le point», de «voir où on est rendus, où on s'en va, quel est le potentiel. On y croit mais il faut le faire de façon responsable [...] On veut développer de façon correcte et rentable».
Faire le point ne signifie pas remettre en question. «Ce n'est pas un arrêt. On va poursuivre. Quel est le bilan actuel et quelles sont les perspectives d'avenir réalistes? [...] C'est plus cher que l'hydroélectricité mais on l'a toujours su.» Il dit que le Québec «a les cerveaux» pour développer la filière.